CHRONIQUES DE TCHERNOBYL
Chernobyl Diaries - Etats-Unis - 2012
Image de « Chroniques de Tchernobyl »
Genre : Horreur
Réalisateur : Bradley Parker
Musique : Diego Stocco
Durée : 86 minutes
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Date de sortie : 11 juillet 2012
Film : note
Jaquette de « Chroniques de Tchernobyl »
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LE PITCH
Six jeunes vacanciers en quête de sensations fortes engagent un guide pour une «expérience extrême». Ignorant les mises en garde, l’homme les conduit dans la ville de Pripyat, toute proche de Tchernobyl. Vingt-cinq ans plus tôt, lorsque le réacteur avait explosé, les lieux avaient été évacués dans l’urgence. Après une brève exploration, le petit groupe se retrouve piégé dans la ville fantôme. Et ils ne sont pas seuls…
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Grand maitre du film foundfootage, qu'il a grandement participé à populariser grâce à sa saga Paranormal Activity, faisant ainsi entrer le cinéma d'horreur contemporain dans une ère nouvelle pour le moins soporifique, cheap et sans intérêt sur le long terme, Oren Peli revient aujourd'hui sur le devant de la scène cinématographique mais cette fois en temps que producteur. Après avoir donné des pesetas pour voir se concrétiser le génial Insidious et son horreur de fête foraine, ce prince de l'esbroufe présente le dernier né de ses productions fauchées, Les Chroniques de Tchernobyl. Mais, surprise en dépit de son titre ridicule le film se révèle plutôt sympathique.
 

Introduit par le sempiternel film de vacance qui ouvre aujourd'hui tous les films d'horreur touristiques de Hostel à Paradise Lost en passant par Les Ruines ou Borderland, l'histoire de ces trois américains parcourant toute l'Europe en direction de Moscou et faisant escale en Bulgarie où vit le frère d'un des personnages, transpire le manque d'originalité et ressemble au début comme deux gouttes d'eau au diptyque d'Eli Roth. Ce n'est alors pas l'arrivée de Yuri, ex-militaire des forces spéciales, leur « guide de l'extrême » pour l'excursion à Pripyat, qui arrange nos soupçons quant à la révélation torture-porn du film de Bradley Parker. Pourtant, de nombreux éléments nous détournent de ces coïncidences quelques peu grossières et nous entrainent peu à peu sur des chemins insoupçonnés, assez surprenants et réellement intéressants. En premier lieu, on s'étonne de l'abandon presque immédiat du mode de filmage « foundfootage » autour duquel était pourtant vendu le film (tire et bande annonce) et qui nous laissait présager une autre production désastreuse en caméra subjective. Le réalisateur de Paranormal Activity, ici scénariste y fait d'ailleurs directement référence avant de s'en écarter lors de la séquence de l'accident du van filmée au téléphone et regardée en différée par les personnages survivants. On constate ensuite avec surprise que pour une production à un million de dollars les personnages s'avèrent assez bien écrits, pas trop bête et interprétés avec talent par des acteurs sans doute motivés par le cadre naturel flippant et un tournage apparemment très axé sur l'improvisation. Ce qui nous amène à la plus grande qualité du film, ses décors et son ambiance, rouage indispensable au bon fonctionnement de cette production.

tourisme mortel

 

La reconstitution de Pripyat et de ses décors figés et totalement silencieux est en effet absolument bluffante. Chaque nouveau lieu découvert nous sidère par leur beauté, soulignée par une photographie qui sublime parfaitement les tons grisonnants et mélancoliques de chaque décor, chaque bâtiment délabré, diffusant ainsi une ambiance pesante, presque fantastique qui rappellera aux amateurs leurs longues pérégrinations dans le jeu S.T.A.L.K.E.R. À l'instar du Monsters de Gareth Edwards, le soin apporté aux décors et leur importance dans chaque plan donne alors à ce film petit budget une plus value considérable et participe activement à la mise en place de son ambiance lourde et dérangeante. En effet, même si certains cinéphiles aguerris avaient déjà pu contempler les paysages morbides de Tchernobyl et de ses environs dans des films témoignages comme La Terre outragée de Michale Boganim, ou de façon détourné  dans le niveau de sniper de Call of Duty : Modern Warfare, la ville abandonnée où se rendent les personnages du film a été très rarement utilisée comme cadre de film horrifique. De ce fait, le spectateur s'identifie très facilement à l'égarement des héros et voit sa tension monter face aux événements mystérieux qui se déroulent devant ses yeux, des morts énigmatiques aux hurlements retentissant dans la nuit en passant par les les formes indistinctes qui traversent le cadre. Ainsi, même si la narration s'articule autour d'un certains nombres de passages obligés, on se prend facilement au jeu, happé par quelques séquences d'une très grande maitrise (on pense notamment à la séquence de nuit dans le van ou encore à celle de l'enfant). On regrette alors fortement que la réalisation soit globalement détestable et viennent noircir l'ambiance somptueuse de ce petit film. En effet, en rejetant l'argument du foundfootage et à la vue du soin consacré à la direction des acteurs et à la conception des décors on était en droit d'attendre une réalisation soignée. Pourtant, c'est une mise en scène exclusivement composée de plans caméra à l'épaule, typiques de film comme [Rec] ou Paranormal Activity, qui nous est ici servi, se transformant en un véritable enfer illisible lors des séquences les plus stressantes qui ont malheureusement pour effet de déconstruire quelque peu la tension que les décors et la narration avaient mis en place.

 

Les Chroniques de Tchernobyl s'avère donc être un film intéressant ne serait-ce que pour ses décors et l'ambiance qu'il parvient à créer. Malheureusement, il souffre de sa réalisation hasardeuse qui témoigne sans doute de l'indécision du réalisateur et de son producteur sur la nature exacte du film et son lien avec le genre « foundfootage ».

Quentin Boutel














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