PROMETHEUS
Etats-Unis / Angleterre - 2012
Image de « Prometheus »
Réalisateur : Ridley Scott
Durée : 125 minutes
Distributeur : 20th Century Fox
Date de sortie : 30 mai 2012
Film : note
Jaquette de « Prometheus »
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LE PITCH
Suite au décryptage d'un message vieux de plusieurs dizaines de millions d'années, l'équipage du vaisseau Prometheus se rend sur la lointaine planète LV-223 dans l'espoir de trouver des réponses à l'origine même de la vie sur Terre.
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Adulé dans l'oeuf

Trois ans déjà que les fantasmes les plus fous se propagent parmi les amateurs de science-fiction pour adultes. Tenu éloigné du genre depuis 1982, Ridley Scott avait-il réellement la moindre chance de tenir ses lourdes promesses ?

 

Ne gardant jamais sa langue dans sa poche quand il s'agit d'ironiser sur la qualité des séquelles de son cultissime Alien, Scott se frotte avec Prometheus à la situation la plus risquée de toute sa carrière. Les ambitions largement médiatisées du cinéaste, notamment sa volonté de ne pas enfermer le long-métrage dans son statut de préquelle, constituaient finalement un alibi idéal - pour ne pas dire quelque peu mensonger. Car à bien y regarder, Ridley Scott semble pris à son propre piège durant toute la durée de Prometheus, son projet d'œuvre métaphysique kubrickienne (le plan d'ouverture est équivoque) se heurtant frontalement au cahier des charges imposé par la Fox, laquelle peut être excusée pour avoir eu l'audace de produire un film "Rated R" budgété à plus de 150 millions de dollars. Pour être commercialement viable, un Alien doit rester un Alien. Logique, par conséquent, que les scènes clés de la saga répondent l'une après l'autre à l'appel : exploration d'un temple aux parois organiques, découverte d'une salle remplie d'étranges œufs, attaque de face-huggers fécondant sauvagement leurs victimes, giclées acides, androïdes démembrés dans des flots laiteux... Geek parmi les geeks, le scénariste Damon Lindelof redistribue avec une malice et une jubilation évidentes des cartes connues de longue date. En résulte une structure à l'ancienne, ravie de prendre son temps à soigner argument et suspense (les quarante-cinq premières minutes sont en tout point remarquables). En découlent également une demi-douzaine de grandes séquences attendues, détournant les fondamentaux horrifiques ou science-fictionnels des films d'origine pour mieux les réimposer au public du XXIème siècle. S'il ne retrouve jamais la sourde terreur de l'ouverture de l'œuf du premier opus, ou du jeu du chat et de la souris entre l'Alien et Ripley dans la navette de survie, Scott se fend tout de même de quelques sursauts créatifs pour le moins démoniaques, dont une scène de chirurgie aussi viscérale que claustrophobique.

 

Projet bicéphale

 

Le cahier des charges de la saga en vient malheureusement à troubler la raison d'être de Prometheus, le script préférant éluder le potentiel thématique quasi-infini du mythe éponyme au profit d'une énième histoire de croquemitaines, aux desseins certes plus audacieux que la moyenne, et qui plus est politiquement très connotés. Dès lors, impossible de ne pas regretter que les bonnes idées de départ (le portrait de Weyland est par exemple très représentatif du Scott des dernières années, à la fois dans son portrait monarchique évoquant Gladiator, Kingdom of Heaven ou Robin des bois, et dans sa crainte que l'Au-delà ne soit que néant) tournent court. L'épilogue ouvert souligne à ce titre la dichotomie tonale régissant le script bicéphale de Prometheus : d'un côté, on peut dénoncer la facilité presque malhonnête d'une transition vers une séquelle à venir (on reconnaît bien ici un cliffhanger télévisuel façon Alias ou Lost), de l'autre, saliver aux promesses d'une nouvelle saga en devenir, parallèle à celle que nous connaissions déjà. Le cul entre deux chaises, Scott n'aura pas voulu choisir. Peut-être était-il trop occupé à peaufiner son univers futuriste et à raccorder visuellement les wagons avec son illustre chef-d'œuvre ; connu pour être un visionnaire, un créateur de mondes cinématographiques comme on en voit peu, Ridley Scott comble les espoirs les plus fous dans cette tâche spécifique, ordonnant à son équipe artistique l'un des vaisseaux spatiaux les plus crédibles de l'histoire du cinéma (voir l'iconisation presque obsessionnelle des scènes d'errance spatiale ou du magnifique atterrissage), mais aussi l'une des extrapolations technologiques les plus passionnantes jamais vues en salles obscures. Prolongeant le travail de James Cameron sur Avatar, Scott filme gadgets, accessoires, hologrammes, écrans tactiles, costumes et casques comme autant de personnages, leur cohabitation fusionnelle avec les protagonistes de chair et d'os leur conférant un rôle actif dans le récit. Véritable déclaration d'amour à la science, à ses évolutions possibles et à son rapport toujours plus charnel avec l'humanité, Prometheus parvient à retrouver le naturalisme d'Alien dans sa banalisation de l'impossible, dans sa vulgarisation d'un futur hallucinant. Rien que pour ça, Prometheus mérite bien d'être vu et savouré sur écran géant.

Alexandre Poncet






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