CHEVAL DE GUERRE
War Horse - Etats-Unis - 2012
Image de « Cheval de Guerre »
Genre : Drame, Guerre
Réalisateur : Steven Spielberg
Musique : John Williams
Durée : 147 minutes
Distributeur : Walt Disney Pictures
Date de sortie : 22 février 2012
Film : note
Jaquette de « Cheval de Guerre »
portoflio
LE PITCH
Une amitié exceptionnelle unit un jeune homme, Albert, et le cheval qu’il a dressé, Joey. Séparés aux premières heures du conflit, l’histoire suit l’extraordinaire périple du cheval alors que de son côté Albert va tout faire pour le retrouver. Joey, animal hors du commun, va changer la vie de tous ceux dont il croisera la route : soldats de la cavalerie britannique, combattants allemands, et même un fermier français et sa petite-fille…
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Le secret de la Licorne

On ne l'arrête plus. Quelques mois après Les Aventures de Tintin, et tout juste avant Lincoln et la fresque de science-fiction Robopocalypse, Steven Spielberg se risque au genre notoirement casse-gueule du drame animalier. Sa vision du monde et une remise en question systématique de son propre cinéma auront tôt fait d'insuffler au projet des qualités loin d'être évidentes sur le papier.

 

Dans la conférence qu'il donnait à la presse en janvier 2012, Steven Spielberg balayait d'un revers de manche une théorie pourtant pertinente, insinuant que son implication dans un long-métrage aussi classique que Cheval de Guerre représentait une manœuvre consciente de sa part ; une sorte de plongeon dans ses propres racines cinématographiques après les expérimentations technologiques des Aventures de Tintin. Effectivement, l'explication ne peut être aussi simple, l'argument même de Cheval de Guerre appelant du réalisateur des recherches narratives tout aussi sophistiquées que celles de son film en Performance Capture. N'importe quel cinéaste aurait abordé le drame animalier de Cheval de Guerre sous l'angle de la baudruche familiale, en tenant pour acquise la capacité de fascination de la créature vedette sur un public depuis longtemps habitué à s'émouvoir davantage du sort des bêtes que de celui des hommes. Réalisateur humaniste par excellence (il ne nous a pas habitués à filmer le sauvetage d'un chien en pleine bataille du Soldat Ryan, dans le Massasshusetts dévasté de La Guerre des Mondes, ou au milieu des camps de La Liste de Schindler), Spielberg avait besoin de croire lui-même qu'un étalon pourrait porter sur ses épaules une tragédie cinématographique dans son ensemble. Tout Cheval de Guerre met ainsi en exergue la démarche interrogative du metteur en scène, dont les plans iconiques sur l'animal éponyme suscitent autant le questionnement qu'une fascination presque fantasmagorique, faisant souvent passer le long-métrage dans le registre du conte.

 

Le conte est bon

 

Ainsi, plutôt que d'adopter constamment le point de vue de l'animal à la manière des Babe de Chris Noonan et George Miller (des référence pourtant évidentes, si l'on en juge par la description de la ferme en premier acte), Spielberg accompagne la créature avec une prudence mêlée d'admiration, et la décrit souvent comme une licorne aux pensées insondables. Cheval de Guerre, dès lors, n'a plus guère de classique que la qualité tactile de ses superbes costumes et décors : multipliant les travellings avant et circulaires sur le visage de la bête, imprimant sur la pellicule un instant de terreur partagée par plusieurs étalons lorsqu'un de leurs congénères est froidement abattu, innovant en terme de suggestion (l'exécution sous le moulin est glaçante), détournant les figures du cinéma épique (la grande charge des cavaliers perce le cadre de la droite vers la gauche, soulignant le passéisme stratégique de l'armée anglaise), alignant transitions audacieuses, symboles puissants (cf. la confrontation entre le cheval et un tank) et plans-séquences totalement impensables (celui voyant Joey dévaler une tranchée, disparaître, réapparaître dans le champ, changer de direction, grimper un muret, s'effondrer et se relever encore, s'apparente à de la magie pure), le réalisateur fait perpétuellement avancer son cinéma. Il n'en retombe pas moins sur ses pieds, l'amitié au cœur de l'intrigue renvoyant directement au délicieux mélodrame d'E.T., dont Spielberg avait confié le script à Melissa Mathison, scénariste de... L'Etalon noir. Encore capable à 66 ans de s'investir dans de purs rêves d'enfants, qu'il agrémente de sa précieuse expérience d'adulte, Steven Spielberg semble continuer d'élargir, film après film, ses horizons créatifs. C'est à se demander s'il ne nous garde pas en réserve ses plus grands chefs-d'œuvre pour dans quinze ans.

Alexandre Poncet




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