SPIDER-MAN 3
Etats-Unis - 2007
Image de « Spider-Man 3 »
Jaquette de « Spider-Man 3 »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Tandis que Peter et Mary-Jane savourent enfin quelques moments de bonheur, Harry Osborn prépare sa vengeance. Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seul, Flint Marko, le véritable tueur de l'Oncle Ben, s'évade de Prison et, poursuivi jusque dans un site d'expérimentations génétiques, se transforme en créature mi-chair, mi-sable. Un adversaire à qui Spidey compte bien rendre la monnaie de sa pièce...
Partagez sur :
Sympathy for Mister Vengeance

Après trois années de gestation, Sam Raimi conclut l'ensemble des enjeux laissés en suspens depuis 2004 et clôt par la même sa trilogie Spider-Man. Ce qui aurait dû être l'apogée dramatique et spectaculaire d'une saga singulière ne convainc hélas que sporadiquement.

 

Avant même que l'on puisse tenter une quelconque approche analytique, un aspect de Spider-Man 3 saute aux yeux : à la retenue exceptionnelle du second opus (un méchant, un point de vue majoritaire, trois scènes d'action) répond ici une démesure à tous les niveaux. Le film met déjà Peter, Harry et Mary-Jane sur un pied d'égalité, la progression du long-métrage se nourrissant de chacun de leurs choix. Aussi, les intrigues s'entrechoquent : la descente aux Enfers de Pete et sa rédemption douloureuse, la soif de vengeance de Harry, l'isolement progressif de MJ, la quête désespérée de Flint Marko / Sandman et la naissance psychologique puis physique de Venom. Les morceaux de bravoure, enfin, voient incontestablement plus grand que les épisodes précédents, jusqu'à repousser certaines limites créatives en termes de grand spectacle. Le premier affrontement entre Harry et Peter donne le ton, Raimi se permettant de supplanter techniquement en première bobine la célèbre scène du train de Spider-Man 2, pourtant devenue une référence dans le genre. Le tout porté par une partition aux proportions épiques, où Christopher Young troque les cordes lyriques de Danny Elfman contre des cuivres et des choeurs brutaux.

 

Les héros dans la toile

 

Ce bouillonnement scénique digne d'un Martin Scorsese (en un sens, le rythme et le montage ne sont pas sans rappeler Casino) amènent malheureusement Raimi à trahir ce qui faisait tout le sel des deux premiers opus d'un point de vue narratif. Ainsi, alors que ces derniers rebondissaient constamment d'un enjeu à l'autre, parfois d'un plan sur l'autre au sein d'une même séquence, Spider-Man 3 avance par à-coups, au rythme de freinages intempestifs et de raccourcis malheureux, à la façon du terrible Spider-Man 2.1 commandé à Raimi par ses producteurs. Les transitions saccadent, empêchant les intrigues parallèles de se marier avec fluidité. Les pièces rapportées (comprendre imposées par Avi Arad et Sony) jurent dès lors comme jamais, d'un Venom ajouté artificiellement à l'intrigue à un traitement en faire-valoir de Gwen Stacy, personnage pourtant déterminant de la bande-dessinée. C'est d'autant plus dommage que Raimi prend le temps de signer quelques unes des séquences les plus marquantes de sa filmographie, qu'elles soient humoristiques (un dîner dans un restaurant français renvoyant à Blake Edwards), émotionnelles (la naissance de Sandman en plan-séquence est absolument bouleversante) ou dans un registre d'action pure (l'accident de grue, le braquage de fourgon).

 

Bouillon de cultures

 

Inégal dans son interprétation (Maguire en petite forme, Dunst et Franco au sommet), maladroit dans son emphase héroïque (le climax rythmé par les commentaires lyriques d'une reporter TV), inconsistant dans ses rebondissements scénaristiques (l'amnésie d'Harry n'était pas une mauvaise idée en soi ; son chantage envers Mary-Jane, en revanche...), Spider-Man 3 respecte tout de même les principes chers à Raimi, le film reproduisant ou détournant certaines séquences majeures des épisodes précédents. Souvent pour le pire hélas, notamment lors d'une embarrassante scène de déambulation en ville de l'evil Peter Parker ou un tango façon Les Valeurs de la Famille Addams mettant en évidence les lacunes de l'acteur principal. On appréciera tout de même certains choix, comme celui d'entremêler des tonalités et des genres différents via l'exposition des bad guys : Flint Marko répond autant de l'anti-héros de polar que du bad-guy de bande dessinée ; Venom se pose en Némésis mythologique de Spidey et lui impose d'achever physiquement un combat jusqu'alors intérieur ; la trajectoire de Harry, enfin, renvoie à un répertoire tragique (opératique, bien sûr, mais surtout théâtral). Pour mieux souligner leur essence respective, Raimi dédie à chaque personnage une introduction éloquente (dans un théâtre pour Harry, dans une ruelle pour Marko, dans une église pour Venom) et adapte sa mise en scene en fonction : plans serrés et montage elliptique lorsqu'une voiture de police poursuit Marko ; lente envolée d'appareil et champ / contre-champ au couteau sur les visages de Harry et Pete ; plongées extravagantes et panoramiques circulaires tandis que le symbiote s'empare du corps d'Eddie Brock.

 

Doux amer

 

Ces bonnes idées se voient hélas contrebalancées par des sorties de route incompréhensibles de la part de Raimi, quelque soit le bad guy : le dilemme d'Harry est résolu en deux secondes grâce à un majordome tout de même très commode, l'humiliation d'Eddie Brock à l'origine de sa métamorphose semble tout droit sortie d'une sitcom pour ados, et l'identité de Sandman remet en question la genèse même du personnage de Spider-Man, le drame fondateur du premier opus se voyant jeté aux orties sans que les scénaristes ne prennent en considération les conséquences possibles sur les motivations de Parker. Constat doux-amer au final pour Spider-Man 3, dont les défauts évidents ne suffisent pas à en faire le nanar tant dénoncé par les geeks les plus haineux, mais dont les meilleurs moments auraient, dans un monde parfait, dû en faire un authentique chef-d'oeuvre.

Alexandre Poncet
















Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2022