BUBBA HO-TEP
Etats-Unis - 2006
Image de « Bubba Ho-Tep »
Réalisateur : Don Coscarelli
Musique : Brian Tyler
Durée : 100 minutes
Distributeur : WE Productions
Date de sortie : 1 mars 2006
Film : note
Jaquette de « Bubba Ho-Tep »
portoflio
LE PITCH
Elvis n'est pas mort ! Après avoir échangé son identité contre son sosie le plus ressemblant, et s'être brisé la hanche lors d'un petit concert de province, le King a été interné dans une maison de repos où rode, visiblement, une momie en quête d'âmes fraîches...
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La seconde vie du King

Un Elvis grisonnant, un John F. Kennedy black, une momie portant bottes à éperons et chapeau de cow-boy... Bienvenue dans l'univers décalé de Don Coscarelli, dont le Bubba Ho-Tep, d'ores et déjà culte aux Etats-Unis, aura mis quelques temps à se payer le luxe d'une sortie en France. Retour sur un film fantastique pas comme les autres.

Aussi décevant fût-il, Phantasm IV aura au moins permis à Don Coscarelli de démontrer aux investisseurs sa capacité à bricoler un long-métrage professionnel avec un budget microscopique, inférieur à certains Z produits par ce vieux garnement de Lloyd Kaufman. Sans atteindre fort heureusement l'inanité filmique (décors vides, effets spéciaux obsolètes) et le vide stylistique (cadre fonctionnel avant tout) de son grand frère, Bubba Ho-Tep profite ainsi à plusieurs niveaux de l'exercice Phantasm IV, tout particulièrement dans une écriture en huis-clos permettant au cinéaste de replacer l'emphase sur la trajectoire du personnage principal, sans jamais tomber dans la digression ni l'ennui.

Exploitation

Se tenant par principe le plus éloigné possible des grands studios (qui de toute manière survivent très bien sans lui), le réalisateur de Beastmaster a toujours su trouver l'équilibre nécessaire pour transformer les concepts d'exploitation purs et durs en véritables projets intimes. Tourné pour une bouchée de pain, avec l'aide de gueules légendaires telles Bruce Campbell ou Ossie Davis, Bubba Ho-Tep n'échappe pas à la règle. Le film s'apparente bien sûr à un Mummy-movie à part entière, avec son lot de cervelles extraites par le nez, de corps desséchés et de scarabées géants pétrifiant de peur leurs proies. Comme le veut la tradition, le monstre ne se nourrit pas d'hémoglobine ou de chair humaine, mais aspire plus volontiers les âmes de ses victimes, leur fermant à jamais les portes célestes d'un monde meilleur. On notera tout juste un travestissement de l'imagerie ancrée depuis des siècles dans l'inconscient collectif : une énergie virile succède à la démarche lente et douloureuse de la bête, et les bandes pendantes laissent place à une parure de cow-boy, thématiquement bien moins fantaisiste qu'on pourrait le croire au premier abord.

Le genre comme un outil

Comme on pouvait s'y attendre, Coscarelli use de la superficie de son intrigue ainsi que de son design de production pour définir l'essence même du métrage. Campant dans l'enceinte d'une maison de retraite dont les locataires tombent comme des mouches sous les assauts de sa momie, et dont la répétitivité du mode de vie se traduit par des gimmicks de mise en scène et des renvois de dialogue savamment dosés, Bubba Ho-Tep devient insidieusement, entre les lignes, un poème nostalgique sur la vieillesse et l'attente de la mort. Comme en apesanteur, bercé par une partition douce-amère du décidément très prometteur Brian Tyler, le film impose de par ses enjeux une relecture de son existence au personnage principal. Et quel personnage : Elvis Presley himself (extraordinaire Campbell), hospitalisé et quasi-immobilisé pour avoir brisé sa hanche dans un concert de fortune. Pas mort Elvis ? Bien sûr que non : las d'une renommée qui le menait droit à la folie, le King avait procédé à un échange de vie avec son sosie le plus doué. La perte d'identité, les remords, les espoirs déçus, le regard des autres, les désirs à jamais inassouvis (ne serait-ce que parler à sa propre fille) deviennent vite le cœur de Bubba Ho-Tep, jusqu'à ce que le protagoniste ne décide de prendre son destin en main.

Imparfait mais profondément touchant et attachant, à l'image de sa filmographie dans son ensemble, Bubba Ho-Tep est une fable onirique concernée avant tout par les états d'âmes humains. On ne félicitera jamais assez Don Coscarelli d'avoir dissimulée cette évidence sous les atours drolatiques et décomplexés d'une petite comédie d'horreur.

Alexandre Poncet






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