ENTRETIEN AVEC IVAN REIS, ILLUSTRATEUR D’AQUAMAN
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Like fish in water

Après avoir participé activement à la restauration du Green Lantern et de toute sa famille cosmique, le dessinateur Ivan Reis a décidé de revenir sur Terre... ou plus particulièrement de plonger dans les abysses pour y sauver le « ringard » Aquaman. Une prouesse effectuée aux côtés du scénariste et ami Geoff Johns, et qui débarque enfin en album chez Urban Comics. Rencontré au dernier Comic Con français, le dessinateur revenait pour nous, avec humour, sur la renaissance du Roi des Mers.

 

Avec Geoff Johns vous avez réussi à donner une nouvelle impulsion à l'univers de Green Lantern, en le modernisant, en le réinventant, en revisitant sa mythologie... Une opération que vous avez de nouveau effectuée sur Aquaman. C'est un exercice qui vous plaît, ou DC vous prend pour une équipe de sauvetage ?
Effectivement, il se passe un truc très bizarre depuis que je suis chez DC. Sur Blackest Night je devais dessiner Mera et Atom, sur Brightest Day c'était Aquaman, Firestorm ou Deadman... donc effectivement, on peut dire que je suis habitué aux personnages secondaires, ou plutôt aux figures moins populaires. Mais cela n'a pas vraiment d'importance. Quelque soit l'aura du personnage, en tant que dessinateur on se doit de livrer le meilleur éclairage possible. Chaque personnage est un challenge à part. Et si c'est sans doute plus gratifiant d'une certaine manière de dessiner la dernière série de Batman ou de Superman, avec des personnages moins attendus, on est beaucoup plus libre d'essayer des voies inédites, de remanier un peu les détails et le background, de les amener dans des directions plus osées. On peut dire que j'aime beaucoup ça en effet.

 

Aujourd'hui, on a du mal à vous imaginer loin de Geoff Johns, il y a comme une alchimie entre son écriture et vos dessins. D'où vient-elle à votre avis ?  

Question difficile [rires]. J'ai commencé à travailler avec Geoff Johns sur Vision, une minisérie pour Marvel, et on a rapidement enchaîné sur un épisode des Avengers. Point. Nous avons ensuite travaillé chacun de notre côté pendant pas loin de dix ans. Mais immédiatement, en termes artistiques, tout cela relevait de l'évidence. On a sans doute un feeling, une énergie, en tout cas une vision de la bande-dessinée excessivement proche. Difficile à expliquer, mais lorsqu'on discute travail, cela peut donner quelque chose comme ça : « J'ai une idée. Imagine un truc dans l'espace, il y a ça, ça, le machin... et là WHOUAAAA ! » et l'autre répond « whouais... ». C'est finalement très simple comme relation. On retrouve cela dans nos méthodes de travail parce qu'il n'hésite jamais à me suggérer des choses sur mes dessins ou mon découpage, et respectivement, on discute beaucoup de l'histoire ou de la direction des évènements en amont. Mais après on se fait une confiance presque aveugle.

 

C'est la septième fois que la série Aquaman connaît un relaunch. Comment expliquez-vous que le personnage ait tant de mal à se trouver un lectorat stable ?
A tel point d'ailleurs qu'il ne devait pas faire partie des New 52, avant que je ne signale mon intérêt pour le personnage. « Pauvre homme ». La situation était d'ailleurs très amusante. J'étais avec les éditeurs de DC et mon agent (Joe Prado) qui me demandaient quelle série je voudrais dessiner parmi les nouvelles séries à venir, et je leur ai répondu : « Aquaman ! ». Ils ont insisté pour que je m'intéresse à autre chose, à un personnage plus marquant, au projet Before Watchmen... mais non : « Aquaman ! ». Personne ne voulait miser un centime sur ce personnage. Même mes collègues sont venus me voir pour compatir parce que DC m'avait refourgué cette série. Ils ne voulaient pas me croire que j'avais insisté pour l'avoir. C'est d'autant plus gratifiant alors, lorsque l'on voit à quel point on a réussi à lui donner suffisamment de force pour remonter dans les listes de ventes et être proposé en version reliée. Cela montre vraiment qu'avec beaucoup de passion, et en trouvant l'angle idéal, tous les super-héros, aussi impopulaire soient-ils, peuvent avoir leur chance.

 

Mais pourquoi Aquaman ?
Mais tout le monde aime Aquaman ! J'ai même vu une grande manifestation pour la protection des océans où trônait au milieu un énorme poster du personnage avec le titre « Roi des océans ». Le problème vient je crois de l'image assez crétine qu'a véhiculée la série animée des années 60 et des couleurs du costume qui, avouons-le, n'ont jamais vraiment fonctionné ensemble. Mais pour de bonnes ou de mauvaises raisons, à l'arrivée tout le monde le connaît. Même ma grand-mère sait qui il est ! Et d'ailleurs la question principale de cette nouvelle série repose là. On nous a incités à changer au maximum le costume, le rendre plus actuel, plus vendeur. Mais il n'en était pas question pour nous, on voulait le vrai Aquaman, la figure iconique avec sa coupe parfaite, ses collants verts et son buste orange. Et malgré tout ça, on a réussi à le rendre plus populaire que n'importe quel personnage Marvel ! Les gens ont toujours aimé Aquaman, mais en général n'osaient pas l'avouer [rire].  Finalement avec notre série j'ai l'impression qu'on a réussi à décoincer tout cela, car sur les dernières conventions que j'ai visitées, j'ai vu de plus en plus de fans déguisés en Aquaman. C'est une preuve, non ?

 

Que pensez-vous de l'opération « The New 52 » ?
J'aime beaucoup parce que ce type de démarche est important pour l'industrie du comic. Chaque génération a eu son reboot. Pour la mienne c'était Zero Hour : Crisis in Time, pour d'autres ça a été Final Crisis ou Crisis on Two Earth... The New 52 aura le même impact. Et cela n'a pas qu'un attrait commercial pour DC, ça permet surtout de remettre les compteurs à zéro. Au fur et à mesure des publications et des events, les histoires deviennent de plus en plus importantes, entrelacées et complexes dans leur chronologie et cela peut devenir extrêmement contraignant pour un nouveau lecteur ou quelqu'un qui n'a pas envie de tout suivre. Outre le fait de pouvoir repartir sur des bases assainies, un tel reboot permet aussi aux auteurs et aux illustrateurs d'expérimenter de nouvelles pistes, de retourner à l'essence même des personnages tout en les rapprochant au plus près des lecteurs contemporains.

 

Mais alors dans ce cas, pourquoi continuer l'air de rien des séries comme Batman ou Green Lantern ?
Pourquoi changer ce qui marche parfaitement ? En termes de narration et de chiffres de ventes, il n'y a pas grand-chose à redire, alors pourquoi changer une équipe qui gagne ? Ils ont modifié deux-trois détails pour que cela s'imbrique naturellement dans le reste des New 52 et cela me semble parfaitement logique. Le plus important avec toute cette opération c'est que cela a permis à des personnages comme Animal Man, à Swamp Thing et à Aquaman de décoller à nouveau.  

 

Cela fait maintenant un bon moment que vous travaillez dans l'industrie du comic, mais finalement on vous connaît surtout ces dernières années pour vos illustrations de super-héros. Seriez-vous intéressé par d'autres genres ?

Je ne me suis jamais vraiment penché sur la question parce qu'au cours de ma carrière tout est arrivé assez naturellement. J'ai une bonne poignée d'années derrière moi en tant qu'illustrateur professionnel et j'ai au final parcouru pas mal d'univers différents entre les récits de science-fiction, l'action, l'horreur et effectivement beaucoup de super-héros ces derniers temps. Et même avec ces personnages, mine de rien, chacun apporte un angle différent et permet de voyager un peu, en particulier quand, lorsque comme moi, on vous laisse la latitude pour en creuser les moindres détails. Je suis ainsi resté sur Green Lantern pendant presque six ans ! Du coup, je n'ai pas encore de regrets ou d'attentes sur ce que j'aurais dû faire ou ce que j'aimerais faire. Pour l'instant les séries que l'on me propose me conviennent totalement. J'ai juste ce souhait que je traîne depuis mes débuts. Dessiner un jour les aventures de Conan, en noir et blanc, comme à la grande époque. C'est cette série qui m'a donné envie de dessiner étant gamin.  

Nathanaël Bouton-Drouard









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