ENTRETIEN AVEC IAN CHURCHILL, AUTEUR DE MARINEMAN
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King of Oceans

Ayant su se couler dans le moule, Ian Churchill aura, malgré quelques jolis succès chez Marvel ou DC, finalement traversé les années en dessous des radars. Un peu de Deadpool, un peu de Superman, et puis finalement le virage Supergirl / Hulk qui aux côté du scénariste Jeff Loeb, aura dévoilé un artiste bien plus pertinent et original qu'on aurait pu le penser. Avec Marineman, l'artiste passe carrément à l'écriture avec un « creator own » qui nage à contre-courant. Pas de relecture cruelle de l'univers des super-héros ici, ce nouvel « homme de l'Atlantide » sent bon le sable chaud, les aventures débridées et les super-héros d'autrefois. Un Golden Age retrouvé en somme.

 

Cela fait combien de temps maintenant que vous êtes devenu dessinateur de Comics ?
Cela doit bien faire vingt ans que j'ai décroché mon premier job. C'est quelque chose que j'avais toujours eu envie de faire. Je travaillais alors dans le design, et j'en ai eu vraiment marre. J'ai dessiné quelques illustrations de Captain America et suis parti sur une convention pour avoir quelques retours et conseils de professionnels. Il y en a un qui me semblait très pertinent dans ses avis et je me suis donc rapproché de lui pour lui montrer mes quelques travaux. Il s'est avéré que c'était Bob Harris, éditeur alors des X-Men, et qu'il a apprécié ce que je faisais. Après quelques menus travaux pour voir si je pouvais tenir les délais, il m'a fait embarquer pour New York et depuis je n'ai cessé de dessiner. J'ai eu énormément de chance : au bon endroit, au bon moment. Bon je reconnais que dans les années 90 les choses étaient beaucoup plus faciles pour un artiste débutant, l'industrie était en plein boom éditorial et les petits jeunes comme moi pouvaient avoir leur chance. 

Vous vous êtes d'ailleurs vite fait remarquer puisque vous vous êtes retrouvés sur des personnages très particuliers : Cable et Deadpool. Deux mutants uniques, mais loin des attentes que provoque un Wolverine.
Je ne voyais pas vraiment la différence finalement. Je travaillais dans l'univers des X-Men et c'était déjà formidable. En somme, la seconde série Deadpool a été mon premier job régulier, et les retours ont été plutôt bons. Du coup je me suis retrouvé à faire un numéro fill-in sur Cable, que Jeff Loeb a apprécié. Il a donc ensuite demandé à ce que j'en sois l'illustrateur principal. Je ne faisais pas trop attention au succès ou aux ventes, j'ai eu la chance d'avoir simplement à suivre les offres qu'on me faisait. Il faut dire qu'au départ, j'avais un style très « cartoony », et que l'on m'a gentiment dirigé vers une touche plus musclée, avec des effets de flairs, des détails plus marqués, histoire de me rapprocher des planches de Jim Lee ou de Marc Silvesti qui se vendaient très bien à l'époque. C'est ce qui m'a sauvé à l'époque. Aujourd'hui les choses ont changé, on voit cohabiter dans les comics énormément de styles différents alors que dans les années 90, il fallait qu'on soit tous dans la même dynamique.

Il est de bon ton aujourd'hui pour les auteurs et artistes de se montrer assez dédaigneux, mais étiez-vous vraiment fan des super-héros ?
Toujours. De toute façon c'est 90 % des publications et c'est ce qui nous a tous donné envie de lire des comics étant gamins. Alors oui, ça a un côté ridicule de voir ces mecs super musclés en collants et en cape. Mais quand on a 7 ans, on trouve cela parfaitement logique. Personnellement, c'est ce qui m'a donné l'envie de dessiner. Et plus exactement un vieux numéro de Marvelman que m'avait offert ma grand-mère. J'adorais ces couleurs brillantes, flashy, ce côté très fantaisiste... C'est amusant parce que c'est en reparlant de cet amour pour les comics « à l'ancienne » avec Richard Starkings (créateur de Hip Flask, ndlr) que j'en suis venu à Marineman. Je m'extasiais de ces costumes colorés, de ces personnes positifs, et il m'a conseillé justement d'utiliser tout cela et de créer mon propre super-héros. J'ai juste eu à combiner cette idée avec des dessins que j'avais faits gamin...


Oui, on les voit dans le volume français. C'est impressionnant de voir à quel point vous l'avez peu changé !
En fait Marineman est la combinaison de tout ce que j'aimais à l'époque. J'aimais les super-héros, en particulier le Submariner Namor, et je passais mon temps à regarder les documentaires de Jacques Cousteau avec mon grand-père. Au fil des années, le personnage a toujours été présent, j'ai peu à peu étoffé son univers, je l'ai vieilli un peu, j'ai amélioré son costume... Mais c'est vraiment cette conversation qui a fait qu'il est revenu définitivement sur le devant de la scène.

Marineman est aussi très proche du Superman des origines, toujours souriant, toujours optimiste...

Superman a toujours été mon personnage préféré ! Tous mes collègues ne parlent que de leur rêve à tous de dessiner Batman, mais bizarrement j'ai toujours préféré le boyscout de DC.

Pourquoi ne pas avoir simplement démarché Marvel ou DC pour relancer leur propre personnage aquatique ?
J'ai travaillé un peu sur Namor, et je n'ai finalement lu des épisodes d'Aquaman que très tard alors que je travaillais sur Supergirl. DC m'envoyait encore à ce moment-là toutes les publications et je me suis ainsi penché sur un gros volume d'intégrale d'Aquaman. C'était vraiment pas mal, mais d'une certaine façon je le trouve trop sérieux, trop dramatique. Il ne m'a pas vraiment influencé sur Marineman. Ensuite, si j'avais proposé ce genre de choses à DC ou Marvel, je sais que je n'aurais jamais eu la même liberté. Il aurait déjà fallu qu'ils acceptent qu'un dessinateur devienne scénariste pour la première fois... Là, travailler seul sur mon personnage, l'amener dans la direction que je souhaite, ça a vraiment été une bouffée d'oxygène. Et c'est amusant parce que depuis, DC m'a justement proposé de reprendre un temps Aquaman... mais bon j'ai préféré opter pour The Ravagers.

Le retour au style cartoony contribue d'ailleurs à ce retour aux sources, à une BD qui ressemble à celle que vous lisiez étant gamins.
Cela ne s'est pas forcément passé aussi simplement que ça. En fait je m'étais gravement blessé au bras il y a quelques années, et j'en ai gardé une douleur vive qui s'accentuait avec la fatigue, pendant très longtemps.  Mais Jeff Loeb voulait que je collabore avec lui sur la série Hulk. Du coup sachant que j'aurais des difficultés à tenir les délais si je restais dans un style très détaillé, je lui ai proposé de faire Hulk en revenant à quelque-chose de plus rond, de plus léger. Coup de chance, ça lui a plu et ça a plu à Marvel, et j'ai ainsi pu revenir vers ce style plus personnel. Maintenant les lecteurs et les éditeurs savent que je peux aborder les séries avec ces deux styles très différents. Sur The Ravagers par exemple on m'a demandé le côté précis, alors que pour Marineman, c'était effectivement l'approche cartoony qui collait le mieux. Cela montre ma polyvalence... ou mon inconstance.

 

Marineman porte les mêmes chaussures que vous. Et ce n'est pas le seul point commun que vous avez avec votre personnage...
Oh oui, et sans doute plus encore que je ne le pense. Effectivement le personnage a en grande partie été nourri de ma passion de la mer et de la plongée... c'est une version plus glamour de moi, plus musclée aussi. Mais il doit y avoir aussi une part de moi dans les autres personnages. Même si c'est manifestement bien moins visible.

Seul le premier arc a été publié pour l'instant. Avez-vous le plan global en tête. Avez-vous déjà détaillé les futurs évènements de la série ? Parce-que votre narration repose sur beaucoup de twists assez amusants.

L'histoire a fortement évolué avec les années, s'est complexifiée. Et effectivement je me suis beaucoup amusé à disposer quelques retournements de situation à des points bien précis. Je voulais que ce soit une lecture énergique, surprenante et rythmée. Le twist principal (que je ne divulguerais pas ici pour ne pas « spoiler » ceux qui ne l'ont pas encore lu) était bien évidement prévu de longue date... j'ai oublié de préciser qu'outre Superman, j'étais aussi un grand fan de Captain America. Ceci expliquant sans doute cela. En tout cas l'écriture était une expérience nouvelle pour moi, et je me suis rendu compte que d'une certaine façon, une histoire évoluait d'elle-même, que sa logique se construisait au fur et à mesure des inspirations, naturellement. La dernière pièce du puzzle est d'ailleurs venue en voiture, alors que je rentrais avec ma femme d'un mariage. Boum ! C'est arrivé comme ça et j'ai su que j'étais prêt.
Quant à la suite de Marineman, j'ai déjà la structure des quatre premiers numéros et le plan d'ensemble du second volume. Je me suis inspiré des méthodes de travail de Richard Starkings en utilisant un système de tableaux et de notes qui me permettant de déplacer les évènements, de tester les dialogues (plus c'est court mieux c'est), etc. J'ai trouvé un bon équilibre sur le premier arc. Le problème c'est que je ne travaille ma propre série que lorsque j'ai un peu de temps. Ce qui est assez rare en définitive. J'ai des engagements chez DC actuellement, avec mon contrat sur The Ravagers, mais je supervise aussi la série No Place Like Home (sorte de version horrifique du Magicien d'Oz). C'est signé Angelo Tirotto et Richard Jordan et ça rencontre actuellement un très beau succès aux USA. Mais ne vous inquiétez pas, Marineman reviendra à terme. Comme il l'a fait la première fois : sans que je m'y attende.


Remerciements à Sophie Caïola (Glénat)

Nathanaël Bouton-Drouard












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