ENTRETIEN AVEC LEINIL FRANCIS YU, DESSINATEUR
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Artiste vengeur

Nouveau dessinateur star de Marvel, Leinil Francis Yu se voit désormais confier la plupart des gros projets de la firme : Les Vengeurs, Secret Invasion, Ultimate Avengers... La liste est longue, et l'artiste compte désormais de nombreux admirateurs. Cela ne l'empêche pas de rester très humble, presque timide, et d'une grande gentillesse.

Vous vivez aux Philippines et pourtant pour dessinez dans les comics américains. Quelle a été la passerelle qui vous a permis de travailler aux Etats-Unis ? 
Il y a eu une bourse aux talents, et j'y ai été remarqué en même temps que quelques camarades. Et ce n'est pas nécessaire quand on travaille dans la BD de vivre aux Etats-Unis. Avec les technologies modernes on peut communiquer avec le scénariste ou l'éditeur via Internet, envoyer ses épreuves par Fedex. Mais si vraiment il n'y avait pas eu ces possibilités, j'aurais sûrement déménagé.

 

Mais cela doit rester limité si jamais vous voulez vraiment échanger des idées, vous impliquer dans le scénario ?
Non vraiment cela ne me gêne pas. Je n'interfère jamais vraiment avec le travail du scénariste. Quand j'étais chez Wildstorm, j'envoyais avant le travail d'écriture quelques croquis, des designs pour qu'il les intègre dans le scénario, mais c'est tout. Chez Marvel c'est encore plus simple, je me contente d'adapter visuellement ce que l'on m'envoie.

 

Ce sont des artistes philippins qui vont ont donné envie de devenir un illustrateur vous-même ?
Non, j'ai surtout été inspiré par les comics. Adolescent, j'étais un grand lecteur d'Image Comics. Je suis un fan de Spawn, de Wildcats... mais en dehors de ça, ce sont surtout les dessins animés qui m'ont nourri. Je passais beaucoup de temps à essayer de reproduire les Transformers, des trucs comme ça.

Peu d'artiste peuvent se vanter d'avoir pris les commandes d'un crossover complet. C'est votre cas sur Secret Invasion. Cela doit être un travail colossal ! Comment s'est déroulée votre collaboration avec Brian Michael Bendis ? Entre ses idées et les problèmes d'univers partagés, avez-vous pu y insuffler votre personnalité ?
Pour être honnête je n'ai lu aucun des comics qui y étaient liés. Je me suis contenté de m'imprégner du récit principal. Justement, vu que c'était la première fois que je me chargeais d'un tel évènement, j'étais extrêmement concentré sur mon propre travail et en particulier sur le respect du planning. Mais en dehors de mon propre rythme pour dessiner, ce n'était pas si dur, parce que c'était une histoire qui se suffisait à elle-même.  Le plus compliqué était d'apprendre à illustrer ces nombreux personnages que je ne connaissais pas, de trouver des références graphiques et de les adapter à mon style.

 

Certains illustrateurs sont plus à l'aise sur les histoires concernant un seul personnage, avec Ultimate Avenger, les X-men, votre run sur New Avenger, on vous placerait plutôt dans la seconde catégorie...
Je préfère largement lorsqu'il y a peu de personnages. Ca permet de prendre vraiment du temps pour les soigner, ajouter des détails, les rendre plus vivants.

Mais justement vous avez travaillé sur énormément de séries avec des équipes...
Une fois que l'on a prouvé que l'on pouvait le faire, les gens de Marvel sont rapidement plus enclins à nous confier des séries de ce type. Mais c'est beaucoup plus fatigant. Je sais le faire, mais je suis souvent assez insatisfait, justement parce que je n'ai pas pu passer le temps que je voulais sur tel ou tel héros.

 

Vous êtes devenu l'un des dessinateurs privilégiés de Brian Michael Bendis. Etant lui-même au départ un dessinateur, vous confie-t-il quelques travaux préparatoires, des spécifications visuelles ?
Chez Marvel, tout le monde, ou presque, fonctionne avec la même méthode.  Le scénariste nous envoie un scénario très complet, détaillé, mais tout ce qui est visuel est laissé à l'imagination du dessinateur. C'est très segmenté.
Brian Michael Bendis est quelqu'un d'infiniment sympathique. On s'entend très bien, donc c'était facile de travailler avec lui. Et puis c'est un écrivain vraiment doué.  En même temps j'ai beaucoup de chance de ce côté-là depuis le début, j'ai pu travailler avec énormément de grands talents.

Vu le succès que vous avez chez Marvel, on imagine très bien que DC vous fait les yeux doux...
J'ai fais quelques petites choses pour eux dans le passé, mais cela fait un moment que je ne reçois plus de coups de téléphone de leur part [rires]. Je ne suis pas sûr qu'ils soient aussi emballés par mon travail que Marvel peut l'être. Mon style n'est peut-être pas forcément aussi bien adapté à leur univers. Ca n'empêche pas que je ne serais pas contre faire un Batman dans le futur.

Vous avez un style très particulier, anguleux, brut d'une certaine façon... Cela vous a-t-il empêché d'obtenir certains projets?
Pour l'instant je n'ai plus vraiment à m'embêter avec ce genre de questions, puisque Marvel s'occupe très bien de moi et me confie constamment des séries très intéressantes. L'autre avantage, c'est que je maîtrise plutôt bien les deadlines et donc Marvel n'a jamais vraiment besoin d'artistes pour venir me remplacer sur un numéro ou quelques pages pour rattraper le retard. Et là c'est sûr que la différence se verrait. J'ai fait quelques pages de-ci de-là sur Wolverine par exemple, mais en l'occurrence c'était plutôt comme « invité spécial » et du coup c'était le contraste qui était recherché.

 

Pourquoi la publication d'Ultimate Wolverine vs Hulk a pris autant de temps ?
Le scénariste a été très pris par la série Lost... Du coup j'ai été on ne peut plus compréhensif : je suis un grand fan de Lost. Je préférais presqu'il se concentre sur le show et continue de fournir d'excellents épisodes, plutôt qu'il m'envoie la suite du comics [rires]. Surtout que je n'étais pas désœuvré pendant ce temps, puisque Marvel m'a trouvé d'autres travaux en attendant, comme Les Vengeurs... ce qui n'a rien d'une punition. Quand on a pu y revenir et achever l'histoire, il y avait un côté très agréable à retrouver cette énergie particulière, à s'approcher au plus près de ce que j'avais dessiné sur les premiers numéros. Et puis c'est toujours un plaisir de dessiner Wolverine, en particulier quand on rend hommage à sa toute première apparition. 

En parlant de Lost... qu'avez-vous pensé de la fin ?
Je l'attendais avec impatience, et a contrario de beaucoup, elle ne m'a pas dérangé tant que ça. Mais je comprends les nombreux spectateurs qui étaient en colère. Le manque de réponses sur certains points, quelques idées un peu ridicules... mais on a déjà beaucoup de chance de pouvoir visionner une vraie conclusion.

J'ai été très surpris de découvrir que vous aviez travaillé comme designer sur Serenity, le film de Joss Whedon. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience ? Voudriez-vous la renouveler ?  
Ma participation a été assez discrète. J'ai fait quelques designs pour des vaisseaux en arrière-plan. C'est Jeph Loeb qui a glissé mon travail à Joss Whedon, et celui-ci a alors pensé me confier un poste de production-designer. Même si tous mes designs n'apparaissent finalement pas dans le film, ça a été une expérience très amusante et rafraîchissante, et le film est vraiment génial et original. A priori j'aimerais bien renouveler ce genre d'expérience, mais cela prend tellement de temps et cela m'éloigne tant des comics, que pour l'instant ce n'est pas d'actualité.

Interview réalisée le 2 juillet 2010 au Comic Con.
Remerciements à Vincent Dufresne (LaBoite Com.) et Audrey Bonnemaison (Undergram)

Nathanaël Bouton-Drouard










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