PHéNIX L'OISEAU DE FEU T.1
火の鳥 - Japon - 1954 / 1967
Image de « Phénix l'oiseau de feu T.1 »
Dessinateur : Osamu Tezuka
Scenariste : Osamu Tezuka
Nombre de pages : 640 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 10 août 2022
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Phénix l'oiseau de feu T.1 »
portoflio
LE PITCH
Le Phénix, un oiseau immortel ! Une créature flamboyante qui vit au sein des volcans ! La légende dit que celui qui réussira à boire son sang obtiendra la jeunesse éternelle...
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Il suffira d'une étincelle

Fresque fleuve d'Osamu Tezuka, presque point central dans une œuvre déjà des plus vastes, Phénix l'oiseau de feu est une fable à travers le temps qui avec ses 3000 pages (et des poussières d'étoiles) explore le destin d'une humanité en quête d'immortalité. Forcément la réédition « Perfect » de Delcourt était attendue.

Consacré père du manga (moderne), Osamu Tezuka est aussi un artiste qui se sera constamment remis en question, quêtant systématiquement de nouvelles grammaires, de nouveaux genres et de nouveaux lectorats. Ainsi, Phénix est d'une certaine façon une réponse à l'apparition de lecteurs plus âgés, qui ont grandi avec les premières publications enfantines, et qui cherchaient alors au mitan des années 50 des publications plus sophistiquées et matures. Parsemé de faux départ, de publications inachevées, de reprises dans différentes revues et de volumes régulièrement réorganisés, la production de Phénix va s'étaler sur plus de trente ans et va opter pour une chronologie assez déroutante, démarrant (comme c'est le cas dans le volume présent) par le chapitre L'Aube, utilisant en toile de fond la fondation des premiers contours de ce qui deviendra le Japon, enchainant ensuite par Les Temps futurs se déroulant sur une terre exsangue et une humanité vouée à disparaitre. L'idée de Tezuka étant que ce va et vient constant entre passé et futur, se rapproche progressivement du monde contemporain et devait même s'achever par une rencontre entre Astro et le Phenix (dans Atom) et enfin Temps présents qui aurait du servir de conclusion si la mort de l'auteur ne l'avait empêché.

 

en deux temps


Un autre œuvre inachevée pour Tezuka où le fil rouge est certes le fameux oiseaux mythologique renaissant de ses cendres, pourchassé par les hommes pour sa capacité supposée à offrir l'immortalité à celui qui boira son sang, mais dont les différents récits sont surtout reliés par une étude humaniste de notre espèce, scrutant aussi bien les travers, les espoirs, les victoires et les défaites de personnages alternativement muent par leurs ambitions, leur besoins d'amour, leur recherche d'un sens et, bien souvent, leur rapport à la mort et donc à l'ultime inconnu. Dans ce premier volume de cette édition définitive, il est donc question d'un empire encore écrasé sous les guerres et les conquêtes successives où quelques reines et chefs de guerre espèrent laisser leur marque dans l'histoire, alors que les véritables héros, un jeune guerrier et son père adoptif auto-proclamé ne cherchent que quelques instants de paix. Un récit épique et antique dont le pseudo réalisme historique (Tezuka aime à jouer avec les anachronismes et l'humour cartoon) contraste avec la seconde partie se déroulant à l'opposé du spectre temporel et à une échelle apocalyptique. Un récit qui débute comme une nouvelle variation autour du Metropolis de Fritz Lang pour s'achever dans un trip à travers les millénaires faisant du final de 2001 L'odyssée de l'espace un aller-retour à Vesoul. Malgré le regard souvent bienveillant du Phénix, son amour manifeste pour l'étincelle de vie qui habite les petits humains qui grouillent autour de lui, le manga est frappé par un certain fatalisme, observant un besoin d'autodestruction, un égoïsme misérable et une faculté à la posture apathique qui ne peut qu'entrainer une décadence programmée. Chez Tezuka l'espoir est mince, mais reste présent, lorsque l'auteur fait varier l'optique de son zoom prenant notre planète la Terre comme véritable centre névralgique de Phénix. Dans son éternel recommencement, son éternelle renaissance, il y a une mince possibilité qui s'offre à nous et Tezuka nous invite désespérément à la saisir.

Nathanaël Bouton-Drouard


 

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