THE CROW : MEMENTO MORI
The Crow : Memento Mori #1-4 - Etats-Unis - 2018
Image de « The Crow : Memento Mori »
Dessinateur : Werther Dell’Edera
Scenariste : Roberto Recchioni
Nombre de pages : 112 pages
Distributeur : Vestron
Date de sortie : 26 mai 2022
Bande dessinnée : note
Jaquette de « The Crow : Memento Mori »
portoflio
LE PITCH
Dans les rues de Rome, David est devenu le nouveau Corbeau, en quête de vengeance après avoir été tué avec sa petite amie lors d’une attaque terroriste…
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présomption d'innocence

La saga The Crow quitte un temps le continent américain pour faire un détour par l'Italie. Là-bas aussi les drames sont légion et la vengeance fait entendre sa colère... mais avec quelques subtilités toutes européennes.

Profondément américaine dans son approche frontale et souvent cathartique de la loi du Talion, la mythologie de James O'Barr a cependant inspiré les auteurs européens à quelques occasions (comme avec le collectif French Crow). Memento Mori a ainsi entièrement été conçu et imaginé par une équipe européenne. A commencer par l'artiste Werther Dell'Edera, aidé au couleur par Giovanna Niro (Grendel, Kentucky) qui offre à l'album un trait nerveux, sensible venant constamment rappeler autant la rage qui habite le personnage que sa fragilité profonde. Depuis appelé sur la série Something is Killing the Children, il manie parfaitement le spectaculaire des comics (l'attaque du centre d'endoctrinement façon Old Boy est terriblement efficace et percutante) avec une délicatesse plus franco-belge qui s'avère idéale pour l'histoire proposée par Roberto Recchioni, scénariste incontournable de la scène BD italienne. Aux commandes du retour de Dylan Dog, auteur des séries Orphelins et Monolith, il incarne son ange punitif dans les tragédie qui habitent notre continent depuis quelques années faisant de David la victime d'un attentat dévastateur perpétré par des extrémistes musulmans.

 

"on abattra tes murs..."


Avec ses longues citations bibliques, ses flash-back révélant sa fascination pour un prêtre charismatique et son amour profond pour la belle et pieuse Sarah, elle aussi tuée dans l'assaut, Memento Mori se donne de faux airs de manifeste prosélytiste, de justification de guerres de religion. Outre l'aspect forcément touchant du sacrifice du jeune homme et la compression profonde du besoin de justification, l'album joue surtout avec les souvenirs récents du lecteur, évoquant en filigrane quelques évènements forcément encore dans les mémoires (Le Bataclan, la charge d'un véhicule lourd à Nice...) pour mieux installer son ambiguïté et questionner la moralité de la réponse donnée. Car bien entendu Memento Mori s'avère bien plus subtile qu'un discours xénophobe et obscurantiste d'une présidentielle française et s'efforce de renvoyer dos à dos les fondamentalistes des deux camps, rappelant au passage, comme l'actualité nous l'a encore montré récemment, que la femme est souvent la première victime dans ce double jeu.

Une nouvelle preuve de l'étendu et de la vitalité de la licence The Crow accompagnée par les quatre courtes histoires de quatres pages proposées en suppléments dans la version kiosque américaine, là aussi confiés semble-t-il à des artistes italiens venant donner quelques pistes originales. C'est souvent bien trop cours pour vraiment convaincre, mais les touches graphiques, en particulier les deux peintes en couleurs directes, ne manquent pas de poésie.

Nathanaël Bouton-Drouard


 

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