GOAT MOUNTAIN
France - 2022
Image de « Goat Mountain »
Dessinateur : O. Carol
Scenariste : Georges Van Linthout
Nombre de pages : 144 pages
Distributeur : Philéas
Date de sortie : 14 avril 2022
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Goat Mountain »
portoflio
LE PITCH
L'année de ses onze ans, "Fiston" a enfin le droit de tirer son premier cerf. Mais alors que son père l'invite à observer un braconnier dans le viseur de son arme, le garçon commet l'impensable et n'en ressent aucune honte.
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The deer hunter

Éditeur spécialisé dans les adaptations de romans à succès, Philéas publie ici une version BD du quatrième roman traduit en France de David Vann (Sukkwan Island, Désolation, Impurs) . Une partie de chasse familiale qui, comme trop souvent, tourne au drame, voir au sordide, mise en forme et illustré par le duo Georges Van Linthout et O. Carol.

Grand nom du nouveau roman américain, David Vann questionne au travers de ses romans autant son héritage américain (les vétérans de guerre, la NRA...) que son héritage familial. Si Sukkwan Island, Désolation et Impurs ne sont jamais à proprement parler des œuvres autobiographiques elles sont systématiquement traversées par des parallèles on ne peut plus évidents avec des drames et des fantômes qui lui sont propre. Le dessinateur Georges Van Linthout (les adaptations de Sur les quais chez Dargaud ou Ils étaient dix chez Paquet) ne s'y est d'ailleurs pas trompée lorsqu'il s'est manifestement inspirée directement d'une photo du romancier, gamin, en tenue de chasseur prêt à accompagner le paternel dans l'une de ces traditions ancestrales dont l'être humain a le secret. Vann ne cache pas qu'enfant il était justement fasciné par les armes, par leur puissance, tout autant que par la sensation de transmission qui les accompagne souvent. Dans Goat Mountain c'est même un rituel, perçu par les mâles de la famille comme un passage à l'âge adulte : le premier cerf mort. Et le gosse du roman, et désormais de la BD en présence, attend ce moment depuis longtemps fébrile.

 

tu seras un homme mon fils


Reprenant directement quelques instants de narration du roman, mais laissant une belle part à l'exploration visuelle, au travail sur les ambiances jouant forcément du contraste entre l'agitation humaine et l'immuabilité naturelle, O. Carol capture parfaitement cette fin de l'innocence. Enfin une innocence déjà bien entamée puisque la première créature vivante tuée par le garçon n'est pas un animal mais bien un être humain, soupçonné de braconner sur les terres du grand-père, ne provoque pas un grand émoi. Tout au plus une déception de voir que les adultes ne le félicitent pas comme il se doit. La promenade bucolique se transforme alors en tragédie campagnarde, en thriller intime ou l'inhumanité supposée du gamin, l'absence de courage du père, la lâcheté et l'immoralité partagées vont se heurter à la brutalité d'un grand-père auto-déclaré dépositaire des valeurs et de l'autorité familiale. Tout n'est que question de legs douteux, d'hérédité de la violence, d'omniprésence de la mort et d'appauvrissement de l'environnement, dans un drame au contour de survival psychologique. Une expérience parfaitement rendue dans cette relecture en bande dessinée dont les petites coupes et raccourcis n'entament jamais la compréhension du récit et surtout la le développement de son message, et où même les planches aux dessins étrangement fragiles, plus atmosphériques que réalistes, viennent appuyer la sensation d'un immense gâchis.

Nathanaêl Bouton-Drouard


 

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