SHIGAHIME T.1
屍牙姫 - Japon - 2016
Image de « Shigahime T.1 »
Dessinateur : Sato Hirohisa
Scenariste : Sato Hirohisa
Nombre de pages : 192 pages
Distributeur : Mangetsu
Date de sortie : 16 février 2022
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Shigahime T.1 »
portoflio
LE PITCH
Osamu Hirota est un lycéen à l'existence banale et ennuyeuse. Son quotidien va prendre un tournant radical à la suite de sa rencontre avec l'envoûtante Miwako, une vampire immortelle, et de son ancien serviteur Soîchi Tachibana. Devenu à son tour son familier, il doit chasser ses semblables pour garder forme humaine. Comment Osamu fera-t-il face à sa nouvelle vie ?
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à coeur ouvert

Découvert en 2017 chez nous avec le thriller implacable Assassin, Sato Hirohisa s'offre une nouvelle traduction française pour sa seconde série, Shigahime, plongeant corps perdu dans une horreur nauséeuse. Un manga au trait d'une rare beauté pour une revisitation du mythe vampirique d'une rare cruauté.

De part sa culture fermement ancrée dans l'ero guro, le manga d'horreur a su comme aucune autre forme de BD marier de manière troublante et choquante l'érotisme et le macabre le plus graphique. Seconde création donc de Sato Hirohisa après une sorte de Léon à la japonaise bien plus glauque que l'original, Shigahime s'inscrit totalement et généreusement dans cette mouvance que certains apparenteraient aisément à du pur mauvais goût. Il est pourtant impossible de qualifier ce titre ainsi. En premier lieu parce que le mangaka est un dessinateur au talent incroyable, au trait d'une impériale fermeté. Ses personnages sont finement définis, avec une ligne fine mais on ne peut plus expressive, chaque planche ou mouvement est un petit trésor de détails et de réalisme et la délicatesse constante de ses portrait ne trouve d'égal que dans la justesse presque réaliste de ses débordements gores. Les jeunes adolescents charmants aux traits naïvement juvéniles sont tout aussi séduisants que la terrible Miwako est à la fois monstrueuse et désirable.

 

Lady dracula


Troublant assurément, ce personnage de vampire mystérieuse attendant ses victimes telle une araignée, isolée dans sa demeure, résume à elle seule l'attrait de l'ero guro, se mettant totalement à nue devant un jeune garçon qui vient de lui être offert en sacrifice, le poussant au bord de l'explosion sexuelle avant de lui arracher le cœur d'un coup vif pour s'en repaître. Là encore la délicatesse de son visage, la fermeté de ses courbes qu'elle étale sans pudeur et sans vulgarité, contraste terriblement avec la noirceur d'une âme dont le pauvre Osamu va faire les frais. Transformé en familier malgré lui, version goule de sa maîtresse, affublé d'un masque de serial killer pour cacher le visage monstrueux qui est le sien lorsqu'il est affamé, Osamu est pris en otage par sa nouvelle nature et son besoin de protéger sa petite amoureuse Chika. Ici l'élégance et la noblesse du vampire classique est reléguée aux oubliettes, les créatures étant plutôt décrites comme des prédateurs aux chairs malléables,, dérivants vers un body-horror mêlé aux pouvoirs exponentiels dignes d'un shonen, et une figure absolument tragique d'innocence sacrifiée. Une mythologie habilement revisitée et modernisée que Sato Hirohisa scrute avec une fascination morbide, mais aussi une certaine malignité dans sa construction, rejouant le petit coup du faux départ à la Psychose question de déstabiliser encore et toujours le lecteur. Prévu en cinq volumes, Shigahime commence fort.

Nathanaël Bouton-Drouard


 

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