LA NUIT DES TEMPS
France - 2021
Image de « La Nuit des temps »
Dessinateur : Christian De Metter
Scenariste : Christian De Metter
Nombre de pages : 168 pages
Distributeur : Philéas
Date de sortie : 10 décembre 2021
Bande dessinnée : note
Jaquette de « La Nuit des temps »
portoflio
LE PITCH
A la veille d'un conflit mondial, dans les profondeurs de l'Antartique, une expédition scientifique internationale découvre un couple cryogénisé, survivant d'une civilisation disparue il y a 900 000 ans. L'héritage de cette population miraculeusement tirée de son sommeil pourrait être le salut de notre monde, fragile entre amours et trahisons... "Barjavel met chaque homme en face du problème de la signification de la vie".
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Les amants oubliés

Peut-être le plus grand romancier français de science-fiction, René Barjavel n'est bizarrement pas le plus sollicité comme source d'adaptations. Après Ravage en 2016 c'est au tour du tout aussi célèbre La Nuit des temps d'être porté en BD avec cette fois Christian De Metter aux pinceaux.

Un artiste justement connu à la fois pour ses adaptations réussies de romans modernes, comme le fabuleux Shutter Island de Dennis Lehane, et son approche peinte, en couleurs directes, qui assurent une matière et une émotion graphique toujours très présente. Une esthétique souvent sombre, aux contours lourds et fortement noircis qui se prête admirablement aux atmosphères de thriller, de vieux polars, mais pas forcément à priori à une fable SF comme La Nuit des temps. Jamais naïf et plutôt frontal dans son approche des zones sombres de l'âme humaine, Barjavel fait cependant souvent glisser le récit d'anticipation vers une fantaisie plus lumineuse, plus poétique, comme c'est le cas ici lorsqu'il évoque le monde lointain de la belle Eléa et l'amour immodéré qui l'unie à son promis Païkan. Sortes de Roméo et Juliette échappés d'une lointaine civilisation oubliée, mais bien plus avancées que la notre. Même ce romantisme exacerbé est ici teinté de teintes crépusculaires, de contours inquiétants et opaques, manquant alors peut-être de fractures plus présente avec le contexte contemporains du récit.

 

la lumière du jour


Celui d'un groupe de scientifique du monde entier, associés malgré les dissonances des états politiques (le roman fut écrit en pleine Guerre Froide) pour découvrir les secrets d'une mystérieuse sphère enfouie sous la glace de l'antarctique. Bien entendu le passé de ces êtres oubliés du temps, les visions d'une guerre insoupçonnée s'étant déroulée il y a des millions d'années viennent éclairer les tensions militaires qui agitent toujours l'humanité. Et le combat des jeunes amants se fait presque un écho de la collaboration pleine d'espoir entre les membres de la mission qui s'efforcent de garder à distance les intérêts économiques et militaires de leurs découvertes. Si Christian de Metter reste extrêmement fidèle au roman de Barjavel autant dans l'importance laissée au moindre personnage secondaire que dans le rythme volontairement lent de la trame et son déroulé général, il a forcément effectué quelques coupées nécessaires pour mieux se contraindre au nouveau format et aux limites de pagination. Il a surtout brillamment modernisé le contexte du récit, le déplaçant dans notre contemporanéité et remplaçant la menace d'une guerre nucléaire entre les deux pôles idéologiques, par l'incapacité des nations à s'unir face à la menace écologique qui pèse sur les épaules des jeunes générations. Là, Eléa et Paikan ne sont plus uniquement un message d'espoir rescapé du passé, mais bien des émissaires d'une prise de conscience pour le futur.

Nathanaël Bouton-Drouard


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