SEUL LE SILENCE
France - 2021
Image de « Seul le silence »
Dessinateur : Richard Guérineau
Scenariste : Fabrice Colin
Nombre de pages : 104 pages
Distributeur : Philéas
Date de sortie : 28 octobre 2021
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Seul le silence »
portoflio
LE PITCH
Nouvel incontournable de la littérature polar, R.J. Ellory (Le Carnaval des ombres...) a sans doute signé avec Seul le silence son roman le plus sensitif, le plus éprouvant, le plus humain. Pas étonnant que ce celui-ci ait donné envie à deux auteurs de BD d'en signer une remarquable adaptation.
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Anges damnés

Nouvel incontournable de la littérature polar, R.J. Ellory (Le Carnaval des ombres...) a sans doute signé avec Seul le silence son roman le plus sensitif, le plus éprouvant, le plus humain. Pas étonnant que ce celui-ci ait donné envie à deux auteurs de BD d'en signer une remarquable adaptation.

Romancier lui-même, Fabrice Colin n'en est d'ailleurs pas à son coup d'essai puisqu'il avait déjà remodelé Chicagoland à la grammaire du 9ème art en 2015. Il semble d'ailleurs en avoir gardé un lien privilégié puisque Ellory a directement apporté son soutient à cette opération. Un vrai respect de l'œuvre originale donc, qui en extrait d'ailleurs une partie des textes dans les dialogues, mais aussi et avant tout dans les cartouches, qui s'efforcent constamment de rendre au mieux ce mélange de voyage intime et de roman ample s'étalant sur plusieurs décennies. Une longue quête pour Joseph, jeune garçon découvrant le corps d'une fillette qu'il connaissait bien, et qui va continuellement être hanté par cette disparition et les meurtres sordides que subiront d'autres fillettes par la suite. L'enfant devient homme, s'efforce de se créer une vie normale, de concrétiser ses ambitions de romancier, mais continuellement les ténèbres qu'il a entrevu viennent l'empêcher d'accéder au bonheur... Surtout que le meurtrier semble refaire surface et n'hésite pas à s'en prendre aux femmes qu'il aime.

 

petites filles perdues


Forcément le passage d'une structure littéraire à l'autre entraîne une certaine forme d'épure ou en tous cas des choix parfois drastiques. Ici clairement Seul le silence se recentre plus largement sur l'enquête proprement dites, soit le fil rouge, laissant finalement la peinture ténébreuse et cruelle d'une humanités apeurée, esseulée, pleine de préjugées (en particulier dans ces années de Seconde Guerre Mondiale) légèrement en retrait. On en perçoit les effluves, on l'aperçoit dans les atmosphères lourdes des cette communauté rurale enfermée sur elle-même dépeinte avec beaucoup de justesse par l'illustrateur Richard Guérineau (Le Chant des Stryges). Il scrute avec rondeur et crudité les ténèbres qui enserrent des planches baignées dans un jaune crépusculaire et les traits de personnages expressifs et vibrants. Reste le cœur de l'histoire, Joseph, véritable héros tragique dont la vie n'est ponctuée que de drames et d'espoirs de renouveaux anéantis les uns après les autres, et dont le cheminement naturellement obsessif rappelle celui des protagonistes de Zodiac, jusque dans cette sensation que la résolution de l'enquête, précieusement préservée comme pour le roman, aux toutes dernières pages, est presque anodine face à la peinture d'une existence brisée et gâchée par les horreurs du monde. Entre le grand roman noir à l'américaine et la chronique de l'Amérique profonde à la Stephen King (le héros romancier, les gamins qui créent un groupe de défense..), Seul le silence happe le lecteur de bout en bout, et c'est ce petit miracle que réussissent à reproduire Fabrice Colin et Richard Guérineau.

Nathanaël Bouton-Drouard


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