TOMORROW
Tomorrow #1-5 - Etats-Unis - 2020
Image de « Tomorrow »
Dessinateur : Jesus Hervas
Scenariste : Peter Milligan
Nombre de pages : 128 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 8 septembre 2021
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Tomorrow »
portoflio
LE PITCH
Alors que la société s'éffondre à cause d'un virus informatique qui a franchi la barrière des espèces, le prodige musical Oscar Fuentes est séparé de sa sœur jumelle, Cira. Parviendront-ils à se retrouver ou seront-ils tous deux perdus à jamais, dans une civilisation en pleine décadence qui remplace sans pitié le passé ?
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des lendemains qui déchantent

Publication entamée début 2020 chez Dark Horse, Tomorrow a eu un sacré timing puisque son sujet n'est nul autre que les conséquences sur notre monde d'une vaste pandémie qui touche principalement les adultes... Coup de chance ou sale coup du hasard, en tout cas la dernière création de Peter Milligan résonne étrangement.

Pas question de taxer le scénariste d'opportuniste puisque bien entendu la série a été pensée bien avant le développement du COVID. Il semblerait même que la publication en ait été aux USA une victime collatérale, car seuls ses deux premiers chapitres ont été prépubliés en librairie avant de revenir bien plus tard, accompagné des trois autres, sous la forme immédiate d'un recueil. Un récit auto contenu donc, mais où va constamment surnager la sensation que la trame a été compactée à l'extrême, parsemée d'ellipses parfois drastiques, entraînant une nette accélération des évènements dans les dernières pages... et ce jusqu'à une conclusion franchement abrupte. Etrange car Milligan (X-Statics, Human Target, Enigma...) n'est pas franchement connu pour avoir un style particulièrement ramassé, ou cultiver ce type de raccourcis scénaristiques. Il semble évident que ce qui devait être une aventure post-apocalyptique à l'échelle du Fléau de Stephen King s'est largement vue restreinte pour des questions éditoriales. Tomorrow ne rejoindra donc pas ses plus grandes réussites, mais reste une expérience particulièrement accrocheuse et certainement dotée de quelques angles visionnaires. A commencer par ce virus fulgurant, version muté d'un virus informatique russe, qui ne touche que la population adulte en contacte justement avec la technologie moderne, et les écrans. Un moyen pour l'auteur de mettre à l'épreuve la notion souvent évoquée d'une nouvelle génération qui seule serait à même de changer les choses.

 

deuxième vague


Non sans ironie, la trame alterne alors la quête d'Oscar avec le destin d'autres survivants, pour dresser un état des choses : sa sœur déjà, qui sera endoctrinée dans un culte matriarcale, une équipe de football américain qui tourne au parfait petit fasciste, les cols blancs d'une entreprise en plein séminaire survivaliste qui vont redécouvrir la loi du plus fort, ou un informaticien américain et son homologue russe qui tentent de trouver un remède malgré les distances et les frontières culturelle. Pendant ce temps là, la nature reprend ses droits et la civilisation se délite revivant les meilleurs passages de Sa Majesté des mouches et autres contes bucoliques. Alternant les délires un peu bis (les gangs de gamins cannibales...) ou une collapsologie plus appliquée et réaliste, Tomorrow voit naître des rapports humains crédibles, en tout cas touchants, d'autant plus lorsqu'ils en passent par le regard particulier d'Oscar, se déclarant neuro-atypique, et dont le rapport aux autres, froid et biaisé, fini par trouver sa voie au sein de ce chaos. Un voyage qui deviendrait cependant presque agréable tant le travail de l'illustrateur Jesus Hervas s'avère particulièrement réussi. Artiste croisé sur les saga soleil Orcs & Gobelins ou Androïdes, mais aussi sur le diptyque Déluge avec Nicolas Pona, l'espagnol offre des personnages profondément humain, bourrés de détails, de vitalité et d'expressions, tout en peignant une atmosphère noire, angoissante, mais jamais désespérée. Comme son titre l'indique, Tomorrow n'est pas que le récit de la fin du monde, car en amorce apparaît la naissance d'un autre... Ni meilleur ni pire.

Nathanaël Bouton-Drouard


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