HARLEY / JOKER : CRIMINAL SANITY
Harley / Joker : Criminal Sanity #1-8, Harley / Joker : Criminal Sanity Secret Files - Etats-Unis - 2019/2021
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Scenariste : Kami Garcia
Nombre de pages : 312 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 20 août 2021
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Profiler de renom, Harleen Quinzel est embauchée par le GCPD pour enquêter sur une vague de crimes particulièrement sordides. Mais elle est elle-même hantée par une affaire passée lorsque sa colocataire a été sauvagement assassinée par le tueur en série surnommé le Joker.
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Why so serious ?

Nouveau venu dans le giron Black Label de DC Comics, Harley / Joker : Criminal Sanity est un nouvel album dédiés aux deux stars actuelles de l'éditeur Harley Quinn et le Joker. Deux amants, parfois ennemis, au tango qui fait tourner (et tomber) les têtes, que Kami Garcia ré-imagine ici comme les acteurs d'un Seven en plein Gotham. Étonnant.

Romancière ayant connu une certaine renommée avec sa saga Sublimes Créatures et ayant déjà travaillé pour DC comics sur deux spéciaux de Teen Titans, Raven et Beast Boy, Kami Garcia est essentiellement connue pour son approche young adult, voir très ado. Pourtant les épisodes de la mini-série Harley / Joker : Criminal Sanity en sont très très loin, s'apparentant ouvertement à un psycho-thriller des plus détaillés, une quête policière sur les traces d'un serail killer particulièrement sadique et imaginatif. Ainsi en se basant sur de longues recherches et s'aidant de la collaboration d'un véritable profiler et psychiatre judiciaire, l'auteur s'efforce d'aborder les deux figures indissociables, ou presque, par le prisme d'un réalisme détaillée et d'une psychologie qui s'écarte de l'habituel divertissement comics et ses raccourcis. Le Joker n'est plus ce mystérieux tueur ricanant, génie du crime et showman mortel, mais bien un serial killer aux obsessions plus médicalement probables et Quinnzel devient une profileuse œuvrant de concert avec la police (le commissaire Gordon, seul personnage qui reste inchangé) de plus en plus fascinée et absorbée par son enquête. Bien entendu entre les deux personnages, liés par un crime plus ancien, la course poursuite à vite tendance à ressembler à une parade de nuptiale des plus troubles et malsaines.

 

"hello, clarice"


Construit comme un polar à la Fincher dans ses meilleurs moments, ou d'un épisode d'une quelconque série tv dans les moins bons, l'album cultive jusqu'au bout son ultra réalisme en laissant aux artistes le soin d'approcher constamment une matière presque photographique, que ce soit dans les évènements « présents » affichés dans un noir et blanc très tranché, ou dans les flashbacks en couleurs. Ces derniers on tendance à trébucher d'ailleurs dans le premier chapitre où le travail visuel de Mike Mayhew (cover artiste sur The Pulse, She-Hulk) ressemble trop à du roman photo basique. L'aspect plus comics de Jason Badower (Wonder Woman 77', Arrow...) et surtout le trait plus sec à la Lee Bermejo de Mico Suayan (X-Men Legacy, Harbringer) offre une tonalité vraiment à part à Harley / Joker : Criminal Sanity. Celle d'une proposition qui, même si elle parait un peu basique dans son évolution narrative et son final légèrement expédié, reste très intéressante et risquée en s'efforçant de construire un véritable portrait psychique du Joker quitte à prendre une vraie distance avec la figure que l'on connait. Quelque part entre le Joker de Brian Azarello et Lee Bermejo, ses versants cinématographiques croisés dans The Dark Knight et le Joker de Todd Phillips, et un psychopathe à la hauteur d'un Hannibal Lecter, le serial killer répond aux maltraitances traumatiques en éliminant des hommes violents (auxquels il adjoint un sourire provoqué par du fil de fer placés dans la bouche), puis en reproduisant des œuvres d'art aussi spectaculaires que L'Homme de Vitruve ou la Femme tiroir avec les corps de ses cibles. Les pages du numéro spécial Harley / Joker : Criminal Sanity Secret Files permet même de découvrir entre les notes d'Harleen quelques croquis en aquarelles du Joker, peints pour l'occasion par le talentueux David Mack. Pas vraiment beaucoup de place pour l'humour là-dedans, mais au moins un regard qui change sur deux personnages que l'on pensait connaître par cœur.

Nathanaël Bouton-Drouard



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