BLACK KISS
Etats-Unis - 1988
Image de « Black Kiss »
Dessinateur : Howard Chaykin
Scenariste : Howard Chaykin
Nombre de pages : 136 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 24 mars 2010
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Black Kiss »
portoflio
LE PITCH
À la recherche d'une vidéo compromettante, Dagmar, transsexuelle provocante, et sa compagne Beverly, ancienne gloire du cinéma des années 1950, font appel aux services de Cass Pollack, jazzman et ex-junkie, afin de mener l'enquête. Plongés dans les milieux hollywoodiens dépravés, ils se heurteront à une secte sataniste bien décidée à exploiter les secrets enregistrés sur cette vidéo...
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Pile ou face

Après Les 110 pilules, Emmanuelle ou Iron Devil, la collection Erotix de Delcourt continue de réveiller les sens en ressortant de l'oubli éditorial les grands classiques de la BD méchamment sexuée. Avec le petit dernier, on touche encore au chef-d'œuvre. 

 

Artiste de renom ayant œuvré autant sur la saga Star Wars (en l'occurrence l'adaptation du premier film) que sur l'animé culte Metal Hurlant, Howard Chaykin reste dans le cœur des amoureux du comics pour deux œuvres majeurs : American Flagg, détournement délirant et sexy de SF rétro et le présent Black Kiss... ce qui en argot ricain signifie ni plus ni moins qu'une caresse buccale sur/dans l'anus (pour le dire poliment). Un titre qui annonce clairement la couleur puisque l'artiste va à l'encontre directe des habituels tabous de la BD américaine en montrant plus ou moins frontalement des rapports sexuels assez crus, voire carrément déviants. Entre une partouze ringarde organisée par une secte satanique, la sublime Dagmar qui possède un « petit truc en plus » et un mercenaire lourdement membré qui a tendance à violer tout ce qui bouge, Black Kiss fait dans la grande poésie érotique ! Mais loin d'une œuvre bêtement scandaleuse, l'album, qui connut une première publication houleuse, se nourrit justement de ce mauvais goût assumé pour réveiller (comme certains Watchmen ou The Dark Knight Returns à la même époque) un médium souvent autocensuré, pudibond et narrativement coincé dans un classicisme envahissant.

 

La Morsure de la nuit


Beaucoup de cul donc, mais au service d'un polar hard boiled vénéneux, manipulateur et pervers où l'on ne sais jamais très bien qui se joue de qui. Conçu comme une version flinguée des romans de gare avec leurs blondes peroxydées et leurs porte-flingue aux impers cradingues, Black Kiss sème le trouble, brouille les pistes et s'amuse à mélanger les genres quitte à s'achever dans un délire grand guignol (et particulièrement sanglant) aussi tragique qu'hilarant. Une œuvre qui prend le lecteur à contre-pied mais qui maîtrise constamment ses effets de style, contrebalançant ses hésitations avec une irrévérence et une décontraction qui imposent le respect. Surtout qu'en plus d'être un écrivain hors pair, Chaykin étale sur chaque page son talent d'illustrateur et de metteur en scène. Télescopant les situations, affirmant les superpositions et construisant le tout dans un noir et blanc cassant, l'artiste plonge immédiatement le lecteur dans une œuvre d'un noir profond mais brillant.

Nathanaël Bouton-Drouard


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