SURVIVORS CLUB T.1
Kyôshitsu Jibaku Club / 教室自爆クラブ - Japon - 2017
Image de « Survivors Club T.1 »
Dessinateur : Anajiro
Scenariste : Aoisei
Nombre de pages : 192 pages
Distributeur : Tonkam
Date de sortie : 19 mai 2021
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Survivors Club T.1 »
portoflio
LE PITCH
Un élève absentéiste nommé Hijiri Nakagoshi fait exploser une salle de classe de 5e au collège Shiroiwa. Trois ans plus tard, les sept survivants de cet attentat décident de tous s'y retrouver. C'est alors que Takumi Shindô surprend ses six anciens camarades en leur révélant que l'un des leurs aurait fourni à Hijiri Nakagoshi la bombe de l'attentat.
Partagez sur :
Bombe à retardement

Nouvel exemple de ces survival manga transformant ces pauvres lycéens soit en bourreaux, soit en chair à canon, Survivors Club pourrait tirer son épingle du jeu grâce à son refus des effets faciles, du graveleux, retrouvant finalement ce qui faisait le premier attrait de ce type de thrillers : le suspens.

A force de réunir quelques jeunes gens dans des salles de classes et de leur offrir des moyens plus ou moins scabreux de s‘humilier et de se massacrer, les survival manga ont finalement presque atteint un point de non retour en se vautrant allègrement dans les travers qu'ils étaient censés dénoncer. Un titre comme Dead Tube n'est-il pas devenu, sous couvert d'une critique de la course au like, un énorme déversement de perversions, de gore et de sexe gratuit ? En l'occurrence, le présent Survivor's Club se présenterait plutôt à l'autre bout du spectre. Ménageant ses effets, limitant sa violence graphique à deux ou trois exactions, ce premier volume en préserve la force de frappe, la puissance d'évocation et sa terrible violence. L'explosion première, celle provoqué par un jeune homme en pleine salle de classe se décompose ainsi en deux pleine pages, avant / pendant, puis une succession d'inserts brefs montrant sans détours les corps dévastés, les visages arrachés et les membres amputés. Durs, ces premiers instants de lecture vont alors rester en mémoire tout du long, que ce soit lorsque les survivants de la classe se retrouvent quelques années après, exposant leurs membres artificiels comme des vétérans d'un club étrange, ou lorsqu'une jeune fille apparaît à son tour armée d'une bombe en plein cours à l'autre bout du pays.

 

Tragédie contemporaine


Les effets sont connus, reste désormais à découvrir les causes puisque bien entendu les deux évènements sont liés, orchestrés dans l'ombre par une personne à l'identité bien dissimulée. Plus qu'un simple jeu de massacre, Survivors Club, alterne donc les deux évènements, suivant d'un coté la vengeance de l'élève mettant à nu (psychologiquement et littéralement) ses camarades, et ce groupe d'anciens amis où comme dans un bon Agatha Christie on quête le traître du lot en énumérant les motivations possibles de chacun. Pour l'instant totalement inconnu chez nous, le scénariste Aoisei se montre assez habile pour brasser les deux actions en parallèle, les faisant se répondre, montant graduellement la pression, tout en s'appuyant sur l'une des terribles réalités de la vie lycéenne : le harcèlement ordinaire. Ceux dont les gamins veulent se venger ici ne sont pas tant les petites frappes ou les petites pestes habituelles, mais presque surtout ceux qui ont laissés faire, ceux qui ont tourné le regard de l'autre coté comme ce professeur persuadé que cela fait partie naturellement du parcours de vie, que cela peut être formateur. Un regard assez pertinent sur le milieu scolaire (peut-être encore plus traumatisant au Japon ou aux USA) qui offre des contours relativement réalistes et crédibles aux évènements. Croisé sur le déjà très joli Man in the Window, le dessinateur Anjiro apporte de la même façon un trait plutôt subtile et délicat, particulièrement adéquate pour restituer les sentiments tranchés, qui traverse les adolescents, de la peur la plus profonde à la culpabilité en passant bien entendu par quelques petites doses de sadisme. Une mini-série en seulement trois volumes qui a su ici placer très efficacement ses pions.

Nathanaël Bouton-Drouard


Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2021