EXCELLENCE T.1
Excellence #1-6 - Etats-Unis - 2019
Image de « Excellence T.1 »
Dessinateur : Khary Randolph
Scenariste : Brandon Thomas
Nombre de pages : 160 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 5 mai 2021
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Excellence T.1 »
portoflio
LE PITCH
Spencer Dales s'apprête à rejoindre l'Aegis, une société secrète de magiciens noirs dirigée par des maîtres invisibles, à laquelle appartient son père. Leur but est d'améliorer la vie des autres - ceux qui ont un plus grand potentiel - mais tout ce que Spencer voit est un système imparfait qu'il veut changer.
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Black Magic

Le monde de la magie existe bel et bien, mais il est secret, caché à la vue des simples humains. Et Spencer est l'un deux, mais sa relation particulière avec celle-ci le destine à changer le monde et à briser les règles. Duels de baguettes magiques, ordres mystérieux et secrets interdits... Pourtant on n'est vraiment pas dans le décors rassurant de Poudlard.

La culture pop américaine est en mouvement, et on aperçoit une passionnante vague de réappropriations de celle-ci par la communauté noire et ses artistes. Et on ne parle pas là de quelques remises en avant des rares personnages de couleur, mais bien de réinventions, de transformations de genres et de récits jusque-là plutôt white. A l'instar de la saga Harry Potter de J.K. Rowlings dont les adaptations au cinéma avaient opté pour une couleur de peau assez uniforme alors que la romancière laissait la liberté d'interprétation (d'où d'ailleurs une Hermione noire sur la scène londonienne). Impossible de ne pas reconnaître dans Excellence des échos à la fois de cet univers et des réflexions qu'il a pu provoquer. Il y a évidement des concordances dans la manière dont la magie y est dépeinte, existante depuis toujours, mais dont les pratiquants doivent constamment rester invisible au commun des mortels. Les symboliques baguettes magiques personnalisées et attachées leur sorcier sont elles aussi de retour, tout comme la thématique de la parentalité et surtout de la transmission, mais incarnés dans un contexte beaucoup plus contemporain et ancrée dans une réalité sociale beaucoup plus nette.

 

prédestination


Dans Excellence les sorciers ne peuvent être que des hommes noirs, élevés pour être les meilleurs et dans un but unique, permettre à leur pupilles d'atteindre leur plus haut potentiel. Dans l'ombre ils font ainsi plier les évènements et la réalité, quitte à faire disparaître menaces ou écarter les romances non désirés, pour que ces protégés deviennent des rouages performants de la société. Subtilité, ces derniers sont tous blancs. Un système entièrement contrôlé et dirigé par des « superviseurs » sans visage, reflets de l'injustice flagrante et de ses inégalités structurelles. Un univers fort pour une réflexion qui manie habilement la fantasy avec l'allégorie politique, mais qui se voit cependant alourdie par un mélange de monologue redondant et d'artifices inutiles qui complexifient inutilement la trame principale. Le destin de sauveur de Spencer, façon Neo dans Matrix, son opposition à un père asservis au système et le complot qu'il a affronté se suffisait à lui même. Manque dans cet album finalement assez bavard une véritable envolée plus nerveuse, une avancée plus poussée par l'action et... la magie. Dommage car le travail visuel de Khary Randolph est là aussi très intéressant, se dotant de contours volontairement urbains, de designs et de formes fluides et modernes, tout en nimbant le tour de vision fantastique tribale plutôt emballante et de quelques notes de blackploitation. Un énorme potentiel pour Excellence qui pèche peut-être par excès de confiance ou en voulant trop en faire. On a connu pire défaut.

Nathanaël Bouton-Drouard


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