TROLLS DE TROY T.25 : ON NE BADINE PAS AVEC LES MOUCHES
France - 2021
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Dessinateur : Jean-Louis Mourier
Scenariste : Christophe Arleston
Nombre de pages : 48 pages
Distributeur : Soleil
Date de sortie : 31 mars 2021
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Victime d'une machination, le vénérable Rysta Fukatou a bu un philtre qui le rend éperdument amoureux de Puitepée et réciproquement. Il emmène sa belle velue à Eckmül, où la meilleure société de la ville se met vite à l'heure trolle. Naît alors une mode surprenante où il est de bon ton de ne pas se laver et de manger de la viande crue. Mais Tetram est bien décidé à reconquérir le cœur de sa belle.
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Love actually

Née dans les pages de Lanfeust de Troy, voici presque 25 ans que la bruyante et peu hygiénique famille de Trolls imaginée par Arleston et Mourier n'en finit pas de mettre le boxon chez les humains trop précieux de la cité voisine Eckmül. Mais il parrait que l'amour peut abattre toutes les frontières...

Peuplade agitée, bouffant tout ce qui passe, préférant largement la nature aux gloires trop humaines, les Trolls n'avaient au départ qu'un seul visage dans Lanfeust de Troy. Celui d'Hébus, guerrier embarqué malgré lui dans l'épopée, dont le décalage et la brutalité, humoristique, ont tôt fait de séduire son créateur et les lecteurs. Construit comme une longue série d'albums indépendants avec son lot de péripéties improbables et de querelles familiales s'achevant sur un gueuleton, Trolls de Troy a permis de découvrir les joyeux us et coutumes de cette peuplade primitif, mais pas totalement primaire, et d'en développer à chaque opus autant l'humour (Arleston est un féru d'humour à répétition), que son organisation, ses traditions et donc de les rendre plus attachants encore. Une opération sans doute facilité par le personnage central de Waha, humaine adoptée (et pas boulottée) parfaitement intégrée mais qui se permets un regard doucement ironique sur sa famille plus poilue qu'elle. Et question coutûmes, Arleston et Mourier n'avait pour l'instant qu'à peine évoqué les mœurs amoureux de ces derniers. C'est enfin chose faite avec On ne badine pas avec les mouches, où l'on découvre que pour séduire sa femelle il vaut mieux lui faire une maison solide, bien harnachée et sans effet catapulte intempestif.

 

Dites-le avec des fleurs


Sur un départ faussement documentaire digne du Marsupilami, le récit dévie forcément dès que quelques sage d'Eckmül ourdissent un plan pour destituer Rysta Fukatou grâce à un filtre d'amour lié à Puitepée. Un nouveau couple est né, passionnel et enflammé, au grand drame de Tetram. Bien entendu ce dernier et Waha vont tout faire pour sauver môman. Mais entre temps le lecteur se délectera d'une parodie hilarante de la comédie romantique classique, et une autre beaucoup plus féroce de la vacuité de ces fameux people et de leurs effets de modes stupides. Une quarantaine de pages toujours aussi réjouissantes, menées tambour bâtant et constamment nourries par un déluge de jeux de mots totalement abusés, de second degré poussif et d'une bonne humeur générale qui, heureusement, n'empêche pas les petits débordements sanglants et les glissements vers l'humour noir. Sans jamais perdre de vue la référence absolue qu'est Astérix pour Trolls de Troy (les parallèles sont légion), il est d'autant plus étonnant de voir comment Arleston réussit à se renouveler encore 25 tomes plus tard, et à apporter une vraie fraîcheur à ce petit monde de cogneurs rigolards. Même santé du coté de Jean-Louis Mourier (Les Feux d'Askell) dont le trait et l'énergie n'ont eu de cesse de s'affiner d'années en années. Si l'on sent toujours une certaine jubilation aux explosions de crânes et dégustations toutes crues, il développe avec une belle expressivité autant les émotions de ses personnages qu'une multitudes de détails croustillants. Si Lanfeust de Troy a quelque-chose aujourd'hui d'un classique moderne de la BD, Trolls de Troy ressemblerait presque à une institution. Pas sûre que les Trolls apprécient ce nouveau statut cela dit.

Nathanaël Bouton-Drouard


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