LA PLANèTE DES SINGES PAR ROD SERLING
Rod Serling Planet of the Apes : Visionaries - Etats-Unis - 2018
Image de « La Planète des singes par Rod Serling »
Dessinateur : Chad Lewis
Scenariste : Dana Gould
Nombre de pages : 128 pages
Distributeur : Vestron
Date de sortie : 26 juin 2020
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Thomas arrive sur La Planète des Singes, un endroit qui n’a rien de primitif … Ici les immeubles pointent vers les cieux et les routes sont bondées d’automobiles. L’arrivée de cet homme va changer la façon dont les singes – et les humains- se voient.
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Relique de la zone interdite

Après l'Alien 3 de William Gibson, Vestron continue dans son exploration des scénarios inédits, ou avortés, remis en avant par la collection Visionaries de Boom Studios ! Peut-être plus mythique encore, la première mouture de La Planète des singes imaginée par Rod Serling renait de ses cendres et c'est forcément un indispensable pour les fans de la saga.

Comme de nombreux grands projets hollywoodiens, le premier long métrage de La Planète des singes diffusé sur les écrans en 1968 a connu en coulisses quelques remaniements. Pas forcément des coups bas fomentés par la Fox ou des scripts jetés au bûcher mais dans le cas présent quelques aménagements voués à permettre au film de naitre dans les meilleurs conditions possibles. Créateur de la série culte La Quatrième dimension, Rod Serling proposa en l'occurrence une adaptation du roman de Pierre Boule qui lui était infiniment personnelle et pas forcément réalisable à l'époque autant pour des questions financières que d'accessibilité du public. Il sera donc quitte, comme beaucoup, d'une réécriture logique aux cotés de Michael Wilson (pour un rendu moins cérébral, plus musclé), puis d'un assouplissement de la trame pour correspondre à la figure puissante et misanthrope de Charlton Heston. Le film de Franklin J. Schaffner est un chef d'œuvre indiscutable et une date importante dans l'histoire du cinéma de science-fiction, mais redécouvrir la vision originale de Serling n'a pas de prix. Il y a bien entendu là aussi, comme l'explique parfaitement le scénariste Dana Gould (comédien et scénariste de sitcom diverses) dans les suppléments en fin d'album, un travail d'adaptation au format de la bande dessinée, mais il est indéniable que cette Planète des singes là impose constamment une structure et une personnalité excessivement proche de la série anthologique de son créateur.

 

D'une branche à l'autre


A commencer par le héros Thomas beaucoup plus « regular guy » et positif que Richard Taylor, largement moins dans l'opposition avec ce peuple simiesque que porté sur le dialogue et une quête de compréhension. Leur civilisation est d'ailleurs plus "évoluée" que dans le film, se donnant des airs d'Amérique dorée des 50's où finalement le mystère final est jalousement préservé comme pouvaient l'être les secrets d'états dans les thrillers des 70's. Un aspect film noir parano original qui entraine un scénario beaucoup plus charpenté et complexe que celui finalement préservé avec quelques grandes scènes de suspens et d'action que réussit à rendre parfaitement Chad Lewis (Wizard Beach) malgré un trait parfois un peu fragile. Mais au-delà du jeu des comparaisons et des petits variations (et elles sont nombreuses) une telle publication est surtout l'occasion de mesurer tout ce que doit le long métrage, et par extension tous les films qui suivront, à la plume inspirée, moderne et humaniste de Rod Serling. Le parallèle entre les deux peuples et le renvoi constant à des oppositions raciales et politiques (la question des afro-américains, la Guerre froide...) mais aussi au traitement par l'être humain des autres espèces, tout cela provient de son ambition de poser inéluctablement les bonnes et importantes questions. Jusque dans le final aussi violent que pertinent (l'image est plus ou moins la même) qui trouve dans ces pages un désespoir, voir un nihilisme, plus douloureux encore. Un document passionnant et un superbe hommage à un géant du genre.

Nathanaël Bouton-Drouard


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