LA LIGUE DES GENTLEMEN EXTRAORDINAIRES - CENTURY T1 : 1910
The League of the Extraordinary Gentlemen - Century vol 1 1910 - Angleterre - 2009
Image de « La Ligue des Gentlemen Extraordinaires - Century T1 : 1910 »
Dessinateur : Kevin O'Neill
Scenariste : Alan Moore
Nombre de pages : 80 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 17 février 2010
Bande dessinnée : note
Jaquette de « La Ligue des Gentlemen Extraordinaires - Century T1 : 1910 »
portoflio
LE PITCH
Dans les souterrains du British Museum, le célèbre chasseur de fantômes Carnacki est assailli par les visions d'une secte occulte invoquant l'Enfant Lunaire et la fin du monde. Sous les ordres des services secrets de Mycroft Holmes, l'aventurier Allan Quartermain, le voleur repenti Anthony Raffles et la mystérieuse Miss Murray, membres de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, mènent l'enquête...
Partagez sur :
Sinking London

Après avoir sauvé le monde, que peut-il rester pour la crème des héros littéraires du siècle dernier ? Le sauver à nouveau, même si à force d'essayer on finit par tout prendre en pleine figure ! C'est un peu le pitch pas flamboyant du tout de la suite de l'une des œuvres indispensables d'Alan Moore (V pour Vendetta, The Killing Joke) qui n'a manifestement pas fini de faire souffrir les vieilles icônes.

 

Dans la carrière pourtant déjà bien alambiquée d'Alan Moore et dans son rapport analytique perspicace avec la mythologique héroïque à l'américaine, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires a immédiatement eu un statut à part. En premier lieu parce que c'est tout simplement l'un des projets qui lui tient le plus à cœur (quitte a le continuer alors qu'il disait en avoir fini avec la BD), mais aussi parce qu'il permet de mélanger sa relecture jouissive d'un genre entier (voir les Watchmen, Supreme...) tout en reprenant à son compte les icônes de la littérature populaire européenne ayant nourri l'esprit des lecteurs de la fin du XIXème / début du XXème siècle. Un exercice purement jouissif qui a déjà donné lieu à deux volumes (plus le hors série Black Dossier inédit en France), aussi intelligents que débridés, permettant de faire se croiser un certain Nemo, Homme Invisible ou Docteur et Mister Hyde tout en se rejouant la Guerre des mondes. Mais de ces heures glorieuses de la ligue, il ne reste dix ans plus tard qu'un Quatermain rajeuni mais perdu, une Mina Harker plus froide que jamais... A ce couple incapable de toute forme de leadership éclairé, il faut désormais ajouter l'immortel Orlando (issu des textes de Virginia Wolfe),  Anthony Raffles l'Arsène Lupin british (dû à la plume de E.W. Hornung, accessoirement beau-frère de Conan Doyle) et Thomas Carnacki le détective du surnaturel (créé par William Hope Hodgson)... Clairement moins impressionnants et « pulps », il est vrai, que leurs homologues précédents.

 

Eventrations


Dans les faits cela se vérifie aussi. Et pour cause, ayant désormais quitté le giron de DC avec une certaine délectation, Moore entame sa troisième « saison » de la ligue avec une atmosphère plus feutrée, plus mystérieuse. Héros de leurs temps, les Gentlemen contrastent ainsi constamment dans leur quête d'une étrange machination mystique, avec la réalité bien plus cruelle des rues londonienne. Un jeu des contrastes souligne autant l'absurdité de l'un ou de l'autre, qui définit par touches subtiles la bêtise humaine et sa condition pathétique d'animal primaire. Une violence gratuite dont va d'ailleurs faire les frais la fille d'un Capitaine Nemo mourant.... Des trajectoires qui se croisent un peu à la manière du travail effectué sur From Hell (auquel l'auteur s'offre un joli clin d'œil) et qui amène la série vers une maturité nouvelle et surtout un script aussi désenchanté que grotesque... Autant en somme que les extraits de l'Opéra de quat'sous de Bertolt Brecht qu'entonnent les prostituées locales à maintes reprises. Une tragédie stupide, sobrement humaine que vient dépeindre admirablement le trait rude et crue de l'indispensable Kevin O'Neill, plus intimiste que jamais... mais capable d'exploser les mirettes du lecteur lors du massacre des bas quartiers par l'équipage du Nautilus. Premier jalons donc de ce Century, 1910 (qui sera suivi de 1969 et 2009) laisse donc libre court à l'imagination des deux artistes tout en emportant la série vers un océan de couches de lectures imposantes et d'événements incongrus dont les réponses devront se faire attendre... et ça va être très long.  

Nathanaël Bouton-Drouard


Partagez sur :
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2022