POLARIS OU LA NUIT DE CIRCé
France - 2018
Image de « Polaris ou La Nuit de Circé  »
Dessinateur : Gwen de Bonneval
Scenariste : Fabien Vehlmann
Nombre de pages : 160 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 3 octobre 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Polaris ou La Nuit de Circé  »
portoflio
LE PITCH
Jeanne sépare soigneusement sa vie de flic et ses activités libertines nocturnes. Mais cette frontière vole en éclats quand elle va devoir enquêter sur le meurtre d’une jeune femme impliquant Circé, un cercle mystérieux cherchant à réinventer l’art érotique grâce à d’étonnants jeux sous contraintes, comme l’Oulipo le fit jadis avec la littérature.
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intimités

Auteur de quelques unes des plus récentes aventures de Spirou et créateur de Seuls, deux succès grands publics de la BD, Fabien Vehlmann revient, après le livre concept L'Herbier sauvage, à son exploration de la sexualité via une enquête policière dans le milieu très codifié du libertinage.

Polaris n'a donc rien de prime abord de l'œuvre purement érotique ou pornographique, mais plutôt d'un véritable travail de recherche transformé en bande dessiné. Troisième collaboration étroite avec l'illustrateur Gwen de Bonnebal après Samedi et Dimanche et Les Derniers jours d'un immortel, le récit en question a essentiellement été construit autour de leur envie mutuelle de partir à la recherche d'un monde célébrant l'expérimentation sexuelle. Certains jeux plus ou moins complexes exposés dans Polaris ont d'ailleurs été mis en pratique par d'authentique membre de club libertin, permettant ainsi de les inscrire dans une véracité et une crédibilité certaine. L'angle de l'enquête policière et sa lente avancée dans des strates faites de secrets, d'antichambres obscures et de révélations sur le passé du Cercle de Circé, a d'ailleurs été choisi pour ses possibilités narratives (l'ambiance mystérieuse, les éléments révélés un à un et la violence sous jacente) et ses petites astuces scénaristiques.

 

club privé


Le scénario en lui-même n'en reste pas moins très solidement construit, assez complexe même parfois, mais sait laisser la place de manière de plus en plus évidente aux routes parallèles soulignées entre la quête intime de la détective Jeanne et la nécessaire évolution du fameux club. Le meurtre inaugural n'est d'ailleurs que l'un des symptôme de la perte de repère du Cercle de Circé, où les orgies incroyablement codifiées, les petits jeux sexuels contraignants et la hiérarchie inaccessible vont ben entendu à l'encontre de la créatrice iconisée, ancienne prostituée s'étant offerte dans une bacchanale tenue sous silence : La Nuit de Circé. Si parfois la lecture perd de son sel à cause d'une intellectualisation trop inquiète de l'auteur et un travail graphique sombre et lourd se refusant exagérément un érotisme affriolant, elle n'en reste pas moins constamment intrigante et intéressante dans ses réflexions très actuelles sur la quête de l'orgasme, le jugement porté aux sexualités plus extravagantes que la norme et la notion de consentement. Jamais moralisateur Polaris fait plus qu'entrouvrir légèrement une porte sur des soirées olé-olé, mais sait y poser les bonnes questions, se révélant le plus chaleureusement dès lors que la systématisation est laissée de cotée au profit de sentiments plus enjoués, de camaraderie coquines ou de sentiments amoureux. Là, le noir et blanc presque triste fait place à des couleurs pastelles joyeuses et sensuelles.

Nathanaël Bouton-Drouard


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