TER T.1: L’éTRANGER
France - 2017
Image de « Ter T.1: L’étranger »
Dessinateur : Christophe Dubois
Scenariste : Rodolphe
Nombre de pages : 80 pages
Distributeur : Editions Daniel Maghen
Date de sortie : 13 avril 2017
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Ter T.1: L’étranger »
portoflio
LE PITCH
Un homme est découvert par Pip, un jeune filou, pilleur de tombes de son état, qui le récupère endormi au fond d’une sépulture. Il est nu et ne parle pas. Seul signe distinctif : sur son bras un tatouage figurant une main, qui lui vaudra le surnom de Mandor (« Main d’Or ») Pip l’emmène avec lui — parmi le butin dont il fait partie — à Bas Courtil, bourg primitif accroché à une butte rocheuse. Le village l’intègre sans difficulté, tant il est simple et facile à vivre. Pe...
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L'homme de nulle part

Sans passé, sans identité, sans signe distinctif autre qu'un drôle de tatouage, un homme est découvert au fond d'un cimetière enfoui. Est-il le messie dont parlent les textes sacrés ? Va-t-il devenir le guide de cette communauté humaine comme figée hors du temps ? Rodolphe et Christophe Dubois renouent joliment avec le monomythe analysé par Joseph Campbell.


Auteur à la longévité impressionnante et à la production aussi disparate qu'imposante, Rodolphe est capable de passer du petit polar avec Une Aventure de Cliff Burton aux facéties des sales gosses Tom Tom et Nana, mais le lecteur a toujours la sensation que son talent éclate véritablement lorsqu'il s'approche de la science-fiction. Enfin la SF, une fantasy futuriste plutôt, cherchant dans un lointain avenir ou une anticipation plus curieuse, une poésie aventureuse sur des planètes lointaines, des uchronies directement encrées sur la notre. Kenya, Amazonie, Namibia, Centaurus... Et aujourd'hui Ter, véritable invocation d'une vision du genre parfaitement européenne, de Stefan Wull à Caza en passant par les films d'animations de René Laloux, où finalement la destination, soit la révélation finale, n'est jamais plus importante que le voyage proposé. Car oui la planche final de ce premier album a un coté déjà vu (ne serait-ce que dans le récent Centaurus du même auteur), mais gageons que le lecteur a de grande chance de deviner assez vite dans quelle direction Rodolphe l'entraine.

 

gravé dans la pierre


Mais cela n'empêche en rien de dévorer les pages de L'Etranger, dans lequel le narrateur, un homme nu et sans mémoire, se construit à chaque page et découvre un univers atemporel , entre vestiges d'une modernité disparue et civilisation proche de la terre, mais déjà encadrée par un ordre religieux sectaire. Le scénariste excelle dans la mise en place de son microcosme immédiatement cohérent, entre les ruines d'un Atlantide du futur, des créatures sauvages aux designs originaux, une certaine célébration de la vie naturelle, pour un tableau dont l'évidente simplicité n'est pas sans rejoindre le Avatar de James Cameron. Mais rien d'américain ici, dans les veines de Ter circule décidément un ADN purement franco-belge, comme le prouvent encore les planches de Christophe Dubois, presque échappé d'un numéro perdu de Vécu. Après le fantastique Le Cycle d'Ostruce et le maritime La Ballade de Magdalena, l'artiste semble mêler les deux antipodes pour donner corps à un environnement souvent grandiose, dans lequel les humains, aux contours fins, légèrement tremblants, semblent toujours un peu fragiles. Et sa colorisation, une peinture directe, ne fait que sublimer encore le tableau, entre ses jeux d'ombres et de lumières ravissants, ses dégradés tout en finesse avant de faire exploser un vert lumineux... Pas étonnant que l'éditeur / galeriste Daniel Maghen ait jeté son dévolu sur ce futur triptyque, fournissant au passage un magnifique cahier graphique d'une quinzaine de page en fin d'album.

Nathanaël Bouton-Drouard


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