LE 3E GéDéON T.1
Dai3 No Gideon - Japon - 2015
Image de « Le 3e Gédéon T.1 »
Dessinateur : Taro Nogizaka
Scenariste : Taro Nogizaka
Nombre de pages : 208 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 8 mars 2017
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Le 3e Gédéon T.1 »
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LE PITCH
À la veille de la Révolution, Gédéon rêve de représenter le Tiers-État aux états généraux pour sauver la France de la misère. Georges, duc de Loire, n’aspire quant à lui qu’à détruire l’ordre établi. Quel avenir la rencontre de ces deux hommes apportera-t-elle à la France ?
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"le tiers état c'est moi !"

Les affres et les crises de la vieille Europe semblent de nouveau donner l'inspiration aux auteurs de BDs japonaises. Après le très réussi et cathartique Le Couvent des damnées (le tome 2 vient de sortir), Glénat propose dans une veine équivalente le plus historique Le 3e Gédéon, soit un regard romanesque sur la Révolution française.

A la différence de l'autre titre susnommé, cette nouvelle série n'est pas le départ de la carrière d'un jeune manga-ka, mais bien la confirmation de la solidité d'un auteur déjà remarqué sur Team Medical Dragon et surtout l'atmosphérique La Tour Fantôme. Taro Nogizaka qui séduit une fois encore par la finesse immédiate de ses illustrations, signant avec efficacité quelques designs de personnages assez classiques, mais toujours très expressifs et reconnaissables, mais qui surtout s'empare totalement du contexte historique particulier (le 18ème siècle en France) imprimant de superbes costumes, des environnements sobres et réalistes. Mais c'est aussi une ambiance idéale, réussissant à passer d'un certains misérabilisme nécessaire (la condition humaines des serfs et braves gens...) au faste stylé de certaines nobles sans oublier quelques touches d'humour décalées typiques du manga. Nogizaka est véritablement doué - ses duels à l'épée sont tranchants - et impose sans soucis sa patte, et ce même si une fois encore il change totalement de genre et d'époque. Pas très loin de ce que les plus vieux ont connu sous le nom de Lady Oscar (alias La Rose de Versailles), Le 3e Gédéon se veut une relecture actuelle d'évènements largement contés dans les livres d'histoire.

 

les deux visages de l'hexagone


Si ajoute forcément le regard lointain d'un auteur aux antipodes géographiques, mais qui ici semble surtout prendre une légère distance (et non, pas d'énormes anachronismes à prévoir), pour proposer une allégorie d'un pays à la veille de l'une de ses plus grandes transformations. Une symbolique à double visage avec d'un coté le Gédéon du titre, roturier élevé par un noble qui rêve de devenir député pour porter la parole du peuple, et de l'autre George, Duc androgyne et séducteur, manipulant ses contemporains, et menant sa justice le sabre à la main. Frères d'adoption, séparés par une tragédie exposée dès le premier volume, ils veulent tous les deux la Révolution (comme Jennifer... pardon) mais l'un pour construire un monde meilleur, l'autre anarchiste sadien, pour le plonger dans le chaos. Un récit ambitieux, qui n'hésite pas à citer quelques grands textes entre les lignes (De L'égalité devant la loi de Rousseau...), à réinventer quelques authentiques figures historiques (Robespierre, Saint-Just), mais qui tout autant construit un feuilleton plein de surprises, d'aventures et d'action. Un mélange étonnant et bien dosé, qui se permet alors de croiser des destins aussi tragiques que révélateurs du régime des privilèges : familles qui assassinent leurs nouveaux nés pour résister à la famine, pauvre mendiante qui meurt de froid, gamins violés par leur gentil curé, peuple harassé par les impôts... Le 3e Gédéon est bel et bien souvent très sombre, violent, mais l'engouement de Gédéon pour l'avenir, son optimisme, sa foi en un pays dont la devise serait « Liberté, égalité, fraternité » emmène le récit avec prestance.

Nathanaël Bouton-Drouard


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