L’HOMME QUI TUA LUCKY LUKE
France - 2016
Image de « L’Homme qui tua Lucky Luke »
Dessinateur : Matthieu Bonhomme
Scenariste : Matthieu Bonhomme
Nombre de pages : 64 pages
Distributeur : Lucky Comics
Date de sortie : 1 avril 2016
Bande dessinnée : note
Jaquette de « L’Homme qui tua Lucky Luke »
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LE PITCH
Par une nuit orageuse, Lucky Luke arrive dans la bourgade boueuse de Froggy Town. Comme dans de nombreuses villes de l'Ouest, une poignée d'hommes y poursuit le rêve fou de trouver de l'or. Luke souhaite y faire une halte rapide. Mais il ne peut refuser l'aide qui lui est demandée : retrouver l'or dérobé aux pauvres mineurs du coin la semaine précédente. Avec l'aide de Doc Wesnedsay, Lucky Luke mène une enquête dangereuse, car il est confronté à une fratrie impitoyable qui fait sa loi...
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The Ecstasy of Luke

Annoncée dans les couloirs de l'exposition L'Art de Morris à Angoulême et pré-publiée, comme il se doit, dans les pages de Spirou, la dernière aventure de Lucky Luke n'est pas comme les autres. Ce n'est pas le Lucky Luke de Morris, enfin pas tout fait, et c'est en tout cas celui de Matthieu Bonhomme : plus sérieux, plus adulte, plus ancré dans le réel... Mais toujours aussi rapide. Ouaip.

Crée et travaillé des années durant par un Morris quasiment monomaniaque, Lucky Luke a aujourd'hui ses 70 ans bien tapés, et a même réussi à survivre, difficilement certes, à la disparition de l'immense René Goscinny dont la langue avait définitivement fait galoper la série à partir des années 60. Aujourd'hui pas toujours aux firmaments de sa carrière dans de nouvelles aventures franchement anecdotiques produites sans le créateur, l'homme qui tire plus vite que son ombre avait sérieusement besoin d'un vrai coup de projecteur. Bon anniversaire alors, et pour bien faire sonner les choses, Lucky Comics s'inspire d'un petit groom et offre à un auteur une authentique carte blanche en dehors de la série canonique. Déjà grand amateur de western et d'aventure comme l'ont démontré avec talent les séries Esteban et Texas Cowboy (avec Lewis Trondheim), Matthieu Bonhomme se dit depuis longtemps un grand fan de la série originelle. Et cela se voit immédiatement. Le trait est plus longiligne, moins « comique », mais l'artiste retrouve à sa manière les panoramas hérités du Cinemascope, le travail pétant et émotionnel d'une colorisation vive et contrastée en bichromie, le défilé de second couteux pleins de caractère et surtout cet ouest sauvage qui tient fondamentalement du phantasme de petits européens.

 

hors-la-loi


Mais si les clins d'œil abondent, ils sont souvent discrets, et Bonhomme travail surtout son hommage en ravivant la flamme, préservant l'esprit, tout en lui apportant une personnalité inédite. Un regard semi-réaliste sur cette légende de l'Ouest, toujours entre John Ford (L'Homme qui tua Liberty Valence) et Sergio Leone (Mon Nom est personne), préférant l'humour et l'ironie au bon gros gag, et qui justement malmène avec tendresse la légende du Lonesome Cowboy. On le découvre abattu le visage dans la boue dès les premières pages, mais aussi adulé par la populace de FroggyTown rappelant certaines de ses plus célèbres aventures ou tendu par la pénurie de tabac dans la région. L'anecdote est souriante et peut se voir comme une explication plausible à l'arrêt de consommation clopes de Lucky Luke dans les années 80, cependant elle n'entame en rien à la crédibilité et la structure d'un scénario plus complexe qu'à l'accoutumé. Reprenant là encore de nombreux ingrédients d'albums de Morris & Goscinny (La Mine d'or de Dick Digger, La Ville fantôme), L'Homme qui tua Lucky Luke en joue tout en prenant une certaine distance et s'étoffe vers un authentique script de grand western cinématographique avec enquête retorse et drame familiale complexe à la clef. Comme Laurent Gerra devenant scénariste de notre Cowboy préféré, cet hors série annoncé en grande pompe aurait pu tourner au sacrilège, à la modernisation poussive et au fan-service à outrance. Avec la beauté de son trait, la superbe de son découpage, l'efficacité de son écriture et surtout l'amour omniprésent qu'il porte au cowboy franco-belge, Matthieu Bonhomme signe là un excellent album. Hommage ou pas d'ailleurs.

Nathanaël Bouton-Drouard




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