WONDER WOMAN ANTHOLOGIE
Etats-Unis - 1942/2015
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LE PITCH
De ses débuts dans les années 1940, au beau milieu de la Seconde Guerre mondiale, à sa réactualisation moderne par Brian AZZARELLO et Cliff CHIANG, retrouvez toutes les facettes de la Princesse Amazone, dévoilées par ses plus grands auteurs.
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The woman of steel

Seule héroïne majeure de DC, aussi importante dans son cheptel que Superman ou Batman, Wonder Woman a enfin eu le droit à un retour en grâce depuis son apparition remarquée dans Batman vs Superman, avant d'arriver en tête d'affiche dans son propre film. Avec cette très attendue Anthologie, Urban Comics surfe sur ce retour et entend bien délivrer un regard pertinent sur 75 ans de comics.

Si déjà aux USA l'amazone a toujours un peu de mal à s'imposer face aux ténors, en France le constat est encore plus dur car en dehors de ses dernières itérations publiées en albums, quasiment tous les épisodes historiques restent inédits ou n'ont connu que quelques sorties chez Artima il y a bien longtemps. Un manque qu'il faudrait combler rapidement d'ailleurs et que cette Anthologie permet d'amorcer en traversant toutes les grandes étapes de cette guerrière unique. Une femme oui, et clairement la première vraie super-héroïne importante, qui fut d'ailleurs imaginée en 1942 par le psychologue William Moulton Marston (qui a participé à la création du détecteur de mensonge) qui osait défendre les comics à une époque où ceux-ci étaient accusés de pervertir les enfants. Fan de Superman, entre autres, celui-ci veut offrir aux bambins, et plus particulièrement aux petites filles, une héroïne nouvelle, un modèle de courage et de féminité. Une amorce féministe un peu particulière comme on le redécouvre dans ses trois épisodes réunis en ouverture ici (Wonder Woman #1 mais aussi les numéros 7 et 28) puisque si la demoiselle se bat dans l'arène contre ses sœurs sur son île paradisiaque, observe le futur ou combat d'étranges personnages comme Sheeta, Giganta et le Docteur Poison, l'orientation est souvent bien étrange entre sa propension à se retrouver enchainée (vive le bondage !) et ses amis qui disposent, au cas où, son sac à main à portée pour qu'elle puisse se refaire une beauté. Une autre époque pour sûr, mais déjà la mythologie est en place avec ses inspirations antiques évidentes, des injections de SF kitch et la question récurrente de la femme dans la société (américaine pour l'instant) l'amenant même à concourir pour la présidence.

 

déesse


Bien entendu, comme tout ses collègues, Wonder Woman sera appelée à évoluer au cours des années et des revirements éditoriaux, présentant ses aventures adolescentes à la manière de Superboy (Wonder Woman #107), perdant ses pouvoirs pour devenir une adepte des arts martiaux sous forte influence de Chapeau Melon et bottes de cuir (#179) sous l'impulsions du grand Dennis O'Neil, ou relisant ses origines de manière plus cruelles (#204) avant d'être "urbanisée" par les sublimes illustrations de Gene Colan (#288). Le choix des épisodes est ici toujours censé, éclairant justement ces variations et cette constante recherche de nouveauté de la part des équipes de DC Comics. Mais clairement, c'est avec le reboot post Crisis on Infinite Earth que Wonder Woman va trouver un nouveau souffle et une amplitude colossale, réinventée par l'incomparable George Perez (Teen Titans). Son premier opus, avec un nouveau départ au numéro #1 dans lequel l'auteur / artiste réécrit à nouveau ses origines, développe plus que jamais les relations avec le panthéon grec, mais aussi replace de manière centrale le féminisme sous-jacent de cette immense aventurière dont les sœurs ont été crées à partir des âmes de femmes maltraitées. Les planches ultrafines, détaillées, où malgré la démesure le facteur humain revient toujours au centre des cases, font aujourd'hui encore autorité. A quand une intégrale en France ?

 

combattante


Si la suite restera en deçà de cet épisode historique, la deuxième partie du volume n'en reste pas moins intelligemment construite, se concentrant sur ses facettes plutôt que ses hauts faits d'armes ou sa galerie d'ennemis. Ce qui permet de croiser une version plus violente et sexuée made in 90's signée William Messner-Loebs & Mike Deodato Jr. dans la foulée du succès d'Image Comics, d'embrayer avec l'apparition de l'amusante Wonder Girl concoctée par l'indispensable John Byrne, avant d'explorer la nouvelle place de Wonder Woman dans le monde moderne : une défense de la cause féminine bien entendu, mais aussi un agent de paix qui voyage au Proche-Orient (#142)Elle devient même une ambassadrice incontournable sous l'impulsion de Phil Jimenez et enfin un symbole absolu de la Femme comme l'atteste le touchant et réaliste Sensation Comics Featuring Wonder Woman #7 datant de 2015. Une revue numérique et donc peu connue où l'on peut s'amuser aussi du débarquement de la guerrière au milieu de la folie de Gotham avec Gail Simone (Birds of Prey) au stylo et Ethan Van Sciver (Green Lantern) aux crayons. Autre curiosité, publiée en marge du sublime et rétrospectif The New Frontier de Darwyn Cooke, une parodie des premières aventures de la belle qui honore Gloria Steinem, figure de proue des débuts du féminisme.... La boucle est bouclée en somme.

Comme toujours avec les Anthologie signée Urban Comics l'ensemble de tous ces comics piochés à travers le temps, avec un simple et hommage Wonder Woman #0 de Brian Azzarello et Cliff Chiang pour initier l'ère The New 52, est accompagné de textes d'introductions, de mini-biographies des auteurs et de rétrospectives sur les grandes périodes historiques des comics. Mais attention, cerise sur le gâteau, l'ouvrage se paye le luxe d'être introduit par Linda Carter pour une préface qui résume efficacement la place de l'amazone dans le cœur des américaines. Un tel recueil sur Wonder Woman, ouvert par Wonder Woman en personne, c'est classe.

Nathanaël Bouton-Drouard






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