GOLEM
Italie - 2014/2015
Image de « Golem »
Dessinateur : LRNZ
Scenariste : LRNZ
Nombre de pages : 280 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 13 janvier 2015
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Golem »
portoflio
LE PITCH
Steno ne peut pas s’arrêter de rêver. Pour une raison quelconque, dans un monde où le moindre besoin est déjà satisfait par le « système », Steno sent qu’il devra, tôt ou tard, réaliser son rêve par lui-même. Il n’imagine alors pas que le monde entier a besoin de lui, de cette capacité à rêver...
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colosse

Ayant déjà fait une infidélité aux auteurs américains avec Orphelins, la collection Glénat Comics s'intéresse de nouveau à une BD italienne récente, Golem, véritable melting-pot d'influences, récit d'anticipation spectaculaire et parabole aussi pessimiste sur le monde contemporain qu'optimiste sur notre avenir.

Artiste déjà assez connu en Italie, mais totalement inédit chez nous, LRNZ, alias Lorenzo Ceccoti de son vrai nom, a semble-t-il réfléchi à sa plus longue création, Golem, pendant une vingtaine d'années. Une lente maturation qui se ressent constamment tant cette Italie, leader d'un continent eurasien réunifié, construite autour d'une fausse démocratie entièrement conditionnée par des multinationales, est constamment crédible et complexe. Les pages sont baignées de références, d'allusions plus ou moins perceptibles, mais surtout le contexte est terriblement crédible, allusion à peine masquée aux dépravations du XXIe siècle, et en particulier à une société consumériste à outrance comblant le vide existentiel par un confort matériel matraqué par les médias. Ici tout semble beau, frais et confortable, alors que la technologie et les modes sont presque offertes sur un plateau, tandis qu'en dehors de Rome, la nature dépérie et qu'en définitive la liberté n'est plus qu'un vaste slogan publicitaire. Une réflexion puissante, que LRNZ peut parfois marteler avec un peu trop de didactisme (oui mais si le message est entendu, pourquoi pas ?), mais qu'il glisse tout de même intelligemment dans un imposant volume (presque 300 pages) qui se lit d'une traite.

 

Indignés


Grâce à un découpage ultra-nerveux et magnifiquement fluide, il embarque immédiatement le lecteur dans une sorte de version papier et électrique de Matrix, faisant du combat entre la résistance, les Shorai, et l'état fasciste, un divertissement percutant, constamment souple et dynamique, mis en image autant par un jeu d'accélérations décoiffantes que par l'apparition de pleines ou doubles pages puissantes. Une incontestable science de la mise en page, qui se marie naturellement avec les expérimentations visuelles du bonhomme. Visiblement marqué par l'art de Katsuhiro Otomo (Akira) pour le plus visible, son coup de crayon très léger, souvent tremblotant pour signifier les effets de vitesse, joue sur une belle palette d'expressions et sur une démesure (le fameux Golem) bien sentie. De sa façon de dépeindre une société lissée et ultra-technologique jusqu'à son travail sur les couleurs (opposition de teintes vives et d'arrière-plans monochromes) voir même certaines illustration peintes, LRNZ est constamment cohérent, même lorsqu'il recentre sa minisérie sur la trajectoire de Sténo, jeune garçon préservant ses rêves, à la manière d'une fable archétypale (comme Avatar de James Cameron) où seule l'amour innocent peut nous sauver. Simple d'apparence, mais foisonnant, Golem est clairement la naissance d'un nouveau grand nom de la BD.

Nathanaël Bouton-Drouard




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