TREES T.1 : EN PLEINE OMBRE
Trees #1-8 - Etats-Unis - 2014/2015
Image de « Trees T.1 : En pleine ombre »
Dessinateur : Jason Howard
Scenariste : Warren Ellis
Nombre de pages : 174 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 16 octobre 2015
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Trees T.1 : En pleine ombre »
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LE PITCH
Cela fait maintenant dix ans qu'ils ont atterri. Ils sont présents sur toute la surface du globe. Depuis, rien. Aucun contact. Ils se tiennent là, profondément enracinés tels des arbres d'une espèce extra-terrestre. Dix ans qu'ils maintiennent cette pression silencieuse sur notre monde, sur notre activité, indifférents à notre présence. Cela fait dix ans que nous avons découvert la présence d'une autre forme de vie dans l'univers, mais cette forme de vie n'a jamais reconnu notre exist...
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à l'ombre des grands arbres

Lorsque le grand Warren Ellis s'associe au très bon Jason Howard pour nous conter une nouvelle invasion extraterrestre, il y a fort à parier qu'on ne va pas se retrouver face à une énième variation lambda sur le thème des envahisseurs de l'espace. Nouvelle série choc proposée par Urban Comics, Trees a tout d'un futur coup de maître.

Dernier scénariste arrivé aux États-Unis à la fin de la « vague anglaise » ayant déferlé sur l'industrie des comics à la fin des années 80 (Alan Moore, Grant Morrison ou Peter Milligan en furent les précurseurs), Warren Ellis s'est fait connaître aux yeux des lecteurs par le biais de ses différents travaux chez DC/Vertigo, parmi lesquels nous retiendront le mastodonte Transmetropolitan, l'étrange Planetary ou un court - mais remarqué - passage sur Hellblazer. En perte de vitesse depuis plusieurs années, le voici qui revient avec une nouvelle série en tout point fabuleuse, tout juste après son excellente reprise, chez Marvel, du personnage de Moon Knight. Le point de départ de Trees (publié chez Image aux États-Unis) est des plus simples : il y a dix ans, des extraterrestres se sont implantés en divers points du globe. Là où la série parvient à innover, c'est bel et bien dans le traitement que fait Ellis de ce point de départ, qu'il soumet dès les premières pages à son envie d'un récit global, aux protagonistes multiples, et au propos aussi désenchanté que profondément humaniste. Dans Trees, pas d'envahisseurs belliqueux aux motivations hégémoniques. Seulement de gigantesques « arbres », qui font peser sur l'humanité tout le poids de leur présence.

 

Les hommes et les arbres


Du jeune Chenglei, l'artiste chinois en découverte de lui-même, à la belle et redoutable Eligia, la femme fatale sicilienne, en passant par Marsh, le scientifique obsessionnel, tous les protagonistes de ce premier volume sont des personnages en quête d'un absolu, qu'il s'agisse d'une recherche intime, d'une volonté de survie ou de comprendre. C'est bien la grande force du scénario virtuose d'Ellis, qui tisse une trame aux multiples concordances, tant intimes que sociales ou géopolitiques, et dont chaque parcelle fait le portrait d'une humanité en sursis, et dont les règles de civilisation semblent avoir définitivement changé avec l'apparition de ces « arbres » monumentaux. Plutôt que d'en faire une simple menace, Warren Ellis les utilise comme révélateur de comportements tout sauf stéréotypés (le traitement du vieux sicilien, mentor d'Eligia, est à ce titre exemplaire), tout en se gardant bien d'oublier d'instaurer un suspense terrifiant quand à leur rôle véritable dans ce qui s'apparente bel et bien à une fable tendant vers l'universalité.

 

tableaux d'une humanité


Pour accompagner un scénario aussi carré et surprenant, il fallait bien un artiste à même de retranscrire l'angoisse et la beauté des personnages, de même que les transformations géographiques inévitables à la présence de ces « monstres » immobiles et silencieux que sont les Arbres. Artiste méconnu capable d'adapter son style aux récits qu'il illustre, Jason Howard troque ici les couleurs pétaradantes et les postures cartoonesques de Wolf-Man ou Super Dinosaure, pour une approche plus réaliste, plus terre-à-terre, aux couleurs contrastés et aux visages ultra-expressifs. Qu'il dessine l'effervescence de la Zone Culturelle Spéciale de Shu, l'hiver angoissant de la Station polaire Blindhail ou la chaude douceur d'un été sicilien, Howard n'a pas son pareil pour rendre justice à la fresque de Warren Ellis. Une fresque dont les futurs se dessinent plus sombres encore que ce qui nous est conté dans ce premier volume, à l'aune d'une page finale pleine de mystère et d'inconnu. À n'en pas douter, Trees est LA découverte de cette fin d'année.

Frédéric Wullschleger




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