DOGGYBAGS T.8
France - 2015
Image de « Doggybags T.8 »
Nombre de pages : 120 pages
Distributeur : Ankama Editions
Date de sortie : 28 août 2015
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Doggybags T.8 »
portoflio
LE PITCH
Soledad : À Esteli, au Nicaragua, une jeune femme prénommée Soledad vit avec son frère Luis qui, ces derniers temps, fréquente la bande de Tuco. Celui-ci roule des mécaniques et drague lourdement la jeune femme qui travaille dans un restaurant. Un soir, alors qu'elle finit tard, il propose de la reconduire chez elle... To serve and protect : Une nuit, à Milwaukee, un jeune homme entièrement nu déambule dans une ruelle, le visage ensanglanté. Deux jeunes femmes et leur mère le remarq...
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3 Extrèmes

Même sous la torpeur d'un été caniculaire, la revue horrifique d'Ankama sait faire bouillir les pires pulsions de l'être humain. Trois nouveaux récits terrifiants, violents et effrayants... Trois nouvelles chroniques d'un sick, sad world.

Gourou de l'anthologie depuis son premier numéro et auteur incontournable de ses pires excès, Run (sans doute très occupé par le dernier tome de Mutafukaz), fait une pause du coté de l'écriture. Amusant du coup de lire comment ElDiablo (Pizza Roadtrip) par le choix de son histoire et sa description crue et sordide d'un fait divers, le remplace à merveille... même si ce n'est pas forcément l'adjectif qui sied le mieux à To Serve and Protect. Une chronique tristement froide de l'un des haut fait de Konerak Dahmer, serial killer bien connu des États-Unis au début des années 90. Il n'est pourtant nommé que dans les mini-dossiers qui agrémentent le chapitre, et de toute façon ElDiablo prend un malin plaisir à laisser planer longuement le doute sur l'atrocité qui est en train de se dérouler, alors que les deux flics appelés par des témoins alarmés par l'état d'un jeune garçon errant nue dans la rue, se font gentiment balader. De la pure réalité sordide ou surnage au milieu d'une horreur barbare, les petits charmes du racisme lambda et des lieux-communs sur l'homosexualité. Nouveau venu dans la bande, Luché impacte le malaise avec son style tranchant et underground.

 

vies maudites


Figure plus habituelle du catalogue Ankama, Mathieu Bablet dont on a largement pu apprécier les contours anguleux, fins et surtout fouillés sur La Belle Mort et Adrastée, donne corps à un thriller oppressant dans les ruelles exigües d'un quartier chinois. Pas très loin du malsain Nouvelle cuisine de Fruit Chan, la trentaine de page concoctée par Jonathan Garnier (Chemin Perdu, Ed. Soleil) est certes assez prévisible, mais délivre tout de même quelques sensations fortes et surtout un regard oppressant, presque poétique, sur la vie urbaine.
Last but not least (hou que non), l'histoire qui ouvre le volume, toujours autant garni de bonus improbables (fausses pubs, pages culturelles, poster...), est un petit évènement éditorial puisqu'il révèle en quelques pages deux très grands talents de la BD. Deux jeunes femmes, nouvelles venues dans le milieu, qui pourtant avec Soledad offre un conte morbide brillant et intense. D'origine amérindienne, Noëllie Pravia ravive la légende de La Cegua, créature vengeresse qui poursuit les hommes infidèles et violents, tout en s'imprégnant de la réalité sociale du Nicaragua. Un soupçon de polar, un beau portrait de femme, un fantastique ancré dans la réalité historique, la trame à beau être directe, l'émotion qui s'en dégage est réelle. Il faut dire que le travail graphique de Juliette Le Hégarat, à priori très réputée dans le milieu du tatouage, est incroyablement riche. La simplicité des décors, la fluidité des courbes, l'expressivité des personnages, le choix de couleurs, confèrent à la nouvelle une sensation constante de moiteur, de mouvement et même de sensualité malgré une propension affirmée à l'horreur presque gothique. C'est aussi pour ça qu'on l'aime la revue Doggybags : donner son lot de sensations fortes, de BDs branques et faire découvrir d'authentiques et futurs incontournables talents.

Nathanaël Bouton-Drouard


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