ENIGMA
Enigma #1-8 - Etats-Unis - 1993/1995
Image de « Enigma »
Dessinateur : Duncan Fegredo
Scenariste : Peter Milligan
Nombre de pages : 224 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 12 juin 2015
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Enigma »
portoflio
LE PITCH
Michael Smith mène une existence morne et sans surprise qui sombre dans la folie le jour où apparaît dans le monde réel son personnage de BD préféré : le super-héros Enigma. Faisant équipe avec le créateur de ce dernier, Michael s'engage dans une quête initiatique qui va bouleverser tout ce qu'il pensait savoir sur son identité, voire la fabrique même de la réalité.
Partagez sur :
Existenz

Loué soit Urban Comics qui depuis son lancement s'efforce de piocher abondamment dans le catalogue tutélaire de Vertigo afin de permettre aux lecteurs français d'en découvrir toute le contenu révolutionnaire et explosif qui a fait sa légende. Dernière trouvaille, Enigma, minisérie manifeste et psyché de Peter Milligan (Human Target) et Duncan Fegredo (Kid Eternity, Star Wars La Chute des Sith).

Label indépendant en grande partie fondé sur les séries les plus excitantes et bouleversantes publiées chez DC les années précédentes (Swamp Thing, Sandman), Vertigo est rapidement devenu le refuge pour les creator owned matures des auteurs maisons, mais aussi un réceptacle pour les concepts ambitieux perdus chez les petits éditeurs indépendants. Ce fut le cas pour Enigma, minisérie qui aurait du être lancée chez une nouvelle gamme de Disney Comics (étonnant non?) avant de trouver une terre plus accueillante et surtout une meilleure corrélation avec la dynamique de son éditeur. C'est que à l'instar de nombreuses autres publications de Vertigo, Enigma est l'un des portes-étendard de la saine invasion des scénaristes anglais, adeptes des mythes du super-héros, mais dont l'écriture et la modernité les obligeaient à malmener, à amener vers un âge adulte plus self-conscient, voir carrément punk, cette culture purement US. Alan Moore (Watchmen), Grant Morrison (Animal Man)... et Peter Milligan qui à sa manière opère un même regard introspectif sur le statut de l'homme costumé, ici étrange créature dénuée de notion de bien et de mal directement expulsée d'un comic Silver Age.

 

Avancer masqué


Une méta-œuvre, où héros, narrateur et lecteur se retrouvent mêlés dans un maelström où se télescopent des super-vilains improbables (la femme qui empacte ses victimes, Vérité qui les pousse à la folie...) et une chronique existentielle et réaliste sur le parcours intime de Michael Smith. Un jeune homme ordinaire, sans doute trop, qui en découvrant les mystères derrière les origines d'Enigma, va se révéler à lui-même, trouver un nouveau souffle et... accepter son homosexualité. Un traitement qui a d'ailleurs fait de ce comic l'un des symboles de la tolérance au début des années 90, mais qui est heureusement loin de la thèse lourde, préférant un regard plus tendre , en relation directe avec la quête initiatique qui sous-tend le comic. Une œuvre souvent touchante, romantique mais pas mélo, qui est marquée au passage par la frénésie d'écriture du jeune Peter Milligan, jouant constamment avec les niveaux de lecture, les références et les courants de pensées des 90's, pour une BD où se meut une poésie horrifique et sensuelle digne de certains textes de Clive Barker. Cet esprit contemporain, urbain et sociétal, est tout autant véhiculé par le travail graphique de Duncan Fegredo, alors encore très loin de sa touche très (trop) propre que l'on a pu trouver dans ses épisodes de Hellboy et BPRD, cultivant ici un fouillis tripant, kinésique, symbole d'évènements bouillonnants, de réflexions impétueuses, de rêveries moites, et d'épouvantes perturbantes. C'est étonnement jamais très « beau », mais fait miroiter une vraie réalité (les expressions des personnages, certains détails scabreux) impressionniste. Avec Enigma, le lecteur entre de plein pied dans un univers à la fois proche et distant, brilliant et brouillon, tape-à-l'œil et subtile, où même la place du narrateur, incisif, ironique et nihiliste, finit par tourner au coup de génie... ou à la farce. A vous de choisir.

Nathanaël Bouton-Drouard


Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2021