NICK FURY, AGENT DU S.H.I.E.L.D. INTéGRALE 1965/1967
Strange Tales #135-153 / Tales of Suspense #78 / Fantastic Four #21 - Etats-Unis - 1963/1967
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Nombre de pages : 288 pages
Distributeur : Panini Comics
Date de sortie : 8 octobre 2014
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Soldat sans peur. Super-espion, agent du S.H.I.E.L.D... Nick Fury est tout cela et bien plus encore. Pour protéger son pays et la planète des dangers qui les menacent, Nick Fury est prêt à tout, même à des actes que les super-héros se refuseraient.
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Bons baisers de Fury

Personnage devenu un pivot de l'univers Marvel, que ce soit dans les BD ou au cinéma, Nick Fury est le directeur du S.H.I.E.D., organisation secrète qui surveille le monde. Et voici enfin ses premiers pas au sein de cette agence hors norme, regroupés dans un premier volume Intégrale en France, où se croisent parmi les plus grands noms de la BD américaine de l'époque, pour une version délirante de James Bond.

En pleine explosion de l'age d'or de Marvel, Stan Lee qui vient de donner naissance à de multiples super-héros aussi charismatiques que Les 4 Fantastiques, Iron Man et consorts, a bien envie lui aussi de plonger joyeusement dans la grande mode des agents secrets popularisés sur grand écran par le british James Bond et ses nombreuses copies (dont la série TV The Man from U.N.C.L.E.). Pour cela, il ne va pas chercher bien loin et récupère l'unede ses récents personnages, croisé comme militaire furibard dans Sgt. Fury and his howling commando, comic militaire se déroulant durant la second guerre mondiale, et déjà transporté dans le monde moderne via Fantastic Four #21 (présent en fin de volume) dans lequel il aide Red Richard et ses collègues à combattre un certain Maître de la haine, métaphore très appuyée des résurgences possibles des théories nauséeuses du nazisme. Un authentique vétéran au caractère bien trempé, de ces « hommes à qui on ne la fait pas », adepte du rentre dedans, du courage patriotique et grand fumeur de cigare devant l'éternel. On est loin ici de la personnalité suave et séductrice du héros de Ian Fleming, et pourtant avec son arrivé tonitruante comme nouveau directeur du S.H.I.E.L.D., ce dernier va se retrouver en plein milieu d'une série farouchement marquée par son époque, pop et survoltée, défilé improbable et réjouissant de complots tarabiscotés, d'organisations cachées se rêvant maître du monde (l'Hydra, l'A.I.M...) qui restent d'ailleurs aujourd'hui encore des menaces récurrentes dans les revues Marvel. Un énorme jalon historique de la maison des idées (voir le run de Brubaker sur Captain America ou l'architecture du Marvelverse au cinéma), mais qui n'est ici jamais traité avec beaucoup de sérieux. Certes on reconnaît immédiatement les analogies avec la guerre froide et la menace omniprésente d'un conflit nucléaire, mais Stan Lee préfère s'amuser avec Fury, l'envoyant brancarder virilement les états généraux, les différents représentants des gouvernements du « monde libre », et ajoutant (c'est un peu sa signature) de nombreux commentaires pleins de second degré.

 

Law & DisOrder


Publié dans un premier temps dans Strange Tales, Nick Fury Agent du S.H.I.E.L.D. partage la pagination avec les aventures du Doctor Strange imaginé comme un véritable trip ésotérique par Steve Ditko (à quand une intégrale ?), et se résume donc à une dizaine de pages par chapitre. Le rythme est excessivement soutenu, voir rocambolesque, surtout qu'en grand chef d'orchestre, le king Jack Kirby, expérimente à loisir dans les massives constructions mécaniques (envahissant les pages de leurs excroissances presque organiques), impose des cadres toujours dynamiques et percutants, et savoure autant les saillies excessives, presque caricaturales, que les perspectives forcées. C'est tout simplement sublime visuellement, et même si ce dernier laisse rapidement la place à d'autres déssinateurs comme John Severin, Don Heck ou John Buscema (un seul mais manifique épisode), il chapote le titre tout au long de ce 1er volume en effectuant les storyboards, voir directements les premiers crayonnés. Inutile de préciser à quel point sa patte est omniprésente, et surchage les pages de concepts totalement excessifs allant d'androides mutants, de clones robotiques, de vaisseaux kitchs et poétiques (dont le désormais célèbre gigantesque Héliport) et d'une multitude de gadgets qui renvoient James Bond à l'âge de pierre. Un réapropriation remarquable justement entre les codes du récits d'espionnage, mais poussés dans leurs derniers retranchements (on se balance des bombes atomiques dans la tronche à tout va), et la narrations pop des supers-héros Marvel. Il y a alors une certaine ressemblance dans le ton, les gags, et l'improbabilité générale, avec la fameuse série TV yéyé de Batman, et Nick Fury Agent du S.H.I.E.L.D. affiche un charme irrésistible, en particulier dans sa liberté totale, rejettant finalement la moindre trace de réalisme. Et si déjà le délire va ici souvent très loin (l'hydra qui combat sur des skates, les armes soniques, les multiples morts de Fury), le niveau va encore monter d'un cran avec l'arrivé de Jim Steranko. Présents sur les trois derniers épisodes de l'album, ce dernier se contente pour l'instant de suivre le tracé de Kirby, mais lorsqu'il va s'en émanciper et même scénariser lui-même ses élucubrations trépidantes, la série va devenir une immense leçon de mise en scène et de découpage. C'est dire si l'on attend fébrilement la prochaine intégrale.

Nathanaël Bouton-Drouard




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