HUMAN TARGET VOL.1
Human Target vol.1 #1-4 ; Human Target: Final Cut ; Human Target vol.2 #1-5 ; Action Comics #419 - Etats-Unis - 1999/2003
Image de « Human Target Vol.1 »
Scenariste : Peter Milligan, Len Wein
Nombre de pages : 392 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 29 août 2014
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Human Target Vol.1 »
portoflio
LE PITCH
Capable de reproduire jusque dans les moindres détails le physique mais aussi la personnalité de ses clients, pour peu qu’ils y mettent la somme, Christopher Chance est une cible vivante professionnelle, payé pour protéger et remplacer des personnes menacées de mort. Seulement, combien de personnalités un homme peut-il emprunter avant de perdre la sienne à jamais ?
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Sans identité

La collection Vertigo Essentiels d'Urban Comics continue de s'enrichir de ce que le label « adulte » de DC Comics aura produit de plus surprenant. Entre deux aventures du Maître des rêves de Neil Gaiman et des Vikings de Brian Wood, il y a bien une petite place pour Christopher Chance, la Cible humaine !

Quand un scénariste talentueux s'empare d'un concept fort, il y a de forte chance que cela donne un résultat audacieux, pour ne pas dire carrément exceptionnel. Et en exemple de cette improbable équation, le Human Target de Peter Milligan se pose là ! Personnage secondaire de l'univers DC apparu dans les pages de Detective Comics en 1953, la «Cible humaine» n'aura pas immédiatement trouvé sa voie, quand bien même l'idée d'un super garde du corps spécialisé dans l'art du déguisement étant tout de même porteuse d'un certain génie. Troisième incarnation du concept, créé par Len Wein et Carmine Infantino en supplément du numéro 419 d'Action Comics (en bonus dans cette édition), le « héros » Christopher Chance se retrouve au cœur de la série qui nous intéresse ici, véritable plongée en apnée dans la psyché d'un protagoniste qui, à force d'endosser les personnalités de ses clients, en vient à douter de la sienne. En une minisérie, un one-shot et une série de 21 épisodes, Peter Milligan aura réussi à porter dans ses retranchements le concept-même de la Cible humaine.

 

In medias res


Dessinés par le regretté artiste croate Edvil Biuković (Grendel), les débuts de Milligan sur la série se composent de quatre épisodes, qui permettent aux lecteurs d'entrer de plein pied dans l'univers déroutant, à la fois explosif et psychologiquement trouble, de Human Target. Dans la peau d'un révérend noir en lutte contre les gangs de sa ville, Christopher Chance se trouve donc rapidement en proie au doute quand à sa « mission », alors même que l'identité de son client en vient à déteindre sur la sienne, l'humanisme et les contradictions de l'homme d'église s'arrangeant mal du caractère impulsif (il sait se servir de ses flingues et aime bien le montrer) et des talents de caméléon de Chance. Par un rythme savamment dosé, une bonne giclée de violence déstabilisante, des dialogues souvent sibyllins et une écriture des personnages plus portée sur l'intime que sur l'esbroufe (même quand il décrit un chef de gang particulièrement hargneux), Peter Milligan parvient à décrire avec minutie la plongée progressive dans la paranoïa et la perte de repère de son (anti-)héros aux identités multiples, tout en donnant quelques pistes sur l'univers de Chance (l'autre Cible humaine, la tueuse à gage chargée de l'éliminer...) et les possibles futures intrigues. Une introduction véritablement prodigieuse, et qui propulse immédiatement la série dans les hautes sphères du comics-book contemporain.

 

L'autre c'est moi


Avec une telle entrée en matière, il fallait forcément maintenir le cap sur la durée. Et un peu à la manière de ce qu'il fera avec le célèbre John Constantine lors de son passage mémorable sur la série Hellblazer, Milligan va pousser le concept encore un peu plus loin avec ce sublime récit unique qu'est Clap de fin (Human Target: Final Cut), en emmenant, quatre ans après la minisérie originale, Chance sur les terres du faux-semblant et du paraître, Hollywood. 90 pages de pur génie, alternant polar, espionnage, drame intime et satire corrosive, et qui voit le très bon Javier Pulido prendre les commandes de la planche à dessin. Le futur dessinateur de Hawkeye chez Marvel, à l'œuvre pour DC sur quelques épisodes du Catwoman d'Ed Brubaker et le très bon Robin : Année un, dont le style, volontiers « rétro », évoque parfois celui de l'illustre Darwyn Cooke, se charge donc de dessiner Christopher Chance, en fuite sur la côte Ouest, et qui va se retrouver dans la peau d'un célèbre producteur hollywoodien victime d'un maître-chanteur ayant enlevé son fils. Sombre, violent, et pourtant emprunt d'un certain romantisme et d'une vraie attention pour les personnages, tous très humain, Clap de fin achève finalement de faire basculer le héros de la série dans la folie et la perte de son identité, croyant définitivement qu'il est devenu un « autre ».

 

New York avec toi


Se terminant dans un feu aussi destructeur que purificateur, Clap de fin aura laissé son protagoniste littéralement dévasté, Chance ayant à nouveau perdu son visage, sa réelle identité, et, du coup, sa raison propre. Embrayant directement à la suite de ce récit incroyable, comme on en lit trop peu dans une vie de bédéphile, Milligan - toujours accompagné de Javier Pulido au dessin - fait le pari d'une série régulière, contant de courts récits regroupés d'un ou deux épisodes, et qui tout en emmenant à chaque fois notre héros à endosser une nouvelle identité, va permettre au scénariste de traiter divers sujets, Human Target devenant alors une véritable radiographie, parfois acide (c'est sans doute l'esprit british de Milligan qui s'exprime), parfois touchante, de l'Amérique post-11 septembre. Passé un épisode de transition qui voit Chance quitter l'identité du producteur hollywoodien, la série se déplace à New York, et s'en va fureter du côté des banquiers de Wall Street, des victimes du World Trade Center ou des sportifs de haut niveau. Retrouvant peu à peu ses esprits, la Cible humaine va désormais servir de rencontre providentielle, de conscience passagère, à des hommes perdus dans leur rêve de gloire (le sportif victime de chantage au dopage) ou dans leur peur d'affronter les conséquences de leur action. Moins porté sur la paranoïa, moins porté sur l'action, les premiers épisodes de la série donnent à voir l'évolution d'un personnage, et donc d'un auteur, qui n'a pas fini de surprendre ses lecteurs, les possibilités de son concept archi-ludique n'ayant sûrement pas fini d'être explorer. Vivement la suite, et fin !

Frédéric Wullschleger






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