GRANT MORRISON PRéSENTE BATMAN TOME 8 : REQUIEM
Etats-Unis - 2012/2013
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Dessinateur : Chris Burnham
Scenariste : Grant Morrison
Nombre de pages : 320 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 23 mai 2014
Bande dessinnée : note
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portoflio
LE PITCH
La tête de Damian Wayne, fils de Bruce et de Talia al Ghul a été mise à prix par sa propre mère! Celui qui agit depuis quelque temps sous l’uniforme de Robin est désormais la cible de l’organisation Léviathan. Batman Incorporated va devoir mettre toutes ses ressources en œuvre pour protéger le Jeune Prodige. Mais peut-être est-il déjà trop tard
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Le Dernier rempart

Cas unique dans la grande histoire de Batman, Grant Morrison aura orchestré sa saga pendant plus de sept ans, et fait extrêmement rare, aura construit l'ensemble comme un puzzle gigantesque dont les dernières pièces révèlent un tableau renversant. Une conclusion qui remue et démontre une fois encore les talents de manipulateur du scénariste.

Dès le départ le long run de Morrison avait imposé sa différence, mêlant l'apparition de nouvelles menaces, la réinvention constante d'anciens événements, dans une volonté gargantuesque de réinterpréter totalement la chronologie éditoriale du personnage. Son univers fantasque, sombre ou bigarré, ses origines, ses relations avec la Bat-family tout cela a été manipulé, trituré, avec autant d'amour et de connaissances (Morrison est une encyclopédie vivante de l'univers DC) que d'irrévérence post-moderne. Le Black Glove, Mr Pyg, Batwoman, le voyage dans le temps, la mort de Bruce Wayne... On découvrait à la fin du tome précédent que tout cela, ou presque, avait été sadiquement instigué par la sublimement dangereuse Talia, fille de Ra's al ghul et ce de manière bien plus convaincante que dans le Dark Knight Rises de Christopher Nolan. Faisant fi du reboot de DC en 2001, Grant Morrison achève en toute liberté son grand dessein avec la maxi-série Batman Incorporated, réunie ici en un seul volume. Un confort idéal pour déguster cette ultime et dévastatrice confrontation entre la Batman Inc. (regroupant des dizaines de collègues et copies du Crusader) et Leviathan, organisation d'assassins qui menace le monde et transforme à nouveau la pauvre Gotham en terrain de jeu destructible, au bord du chaos. Les pages sont explosives, les nombreux combats spéctaculaires et souvent définitifs, mais Deuil est aussi et surtout teinté d'une mélancolie étonnante, se construisant autour d'un énorme flasback dont on se doute immédiatement de l'issue tragique.

 

Many soldiers of victory


Bataille finale, quasi-apocalyptique, et pourtant Morrison recentre définitivement sa narration sur ce qui faisait l'essentiel de son gigantesque scénario : la relation complexe entre Bruce Wayne et son fils Damian, nouveau Robin frondeur et capricieux, et par répercursion celle d'une famille décomposée en conflit permanent. Une mère bafouée, un père qui peine à ratrapper les années avec le fiston, dans les histoires de ce genre, ce sont toujours les enfants qui trinquent. Doué pour jouer avec les attentes, pour mesurer ses effets de surprise (en relisant le run depuis le début TOUT devient logique), le créateur de The Invisibles l'est tout autant pour teinter le Batman d'émotions presque inédites et colorer le duel intime d'une hyperbole superhéroique excitante et pleine d'emphase. Drole, émotionnellement puissant, élétrique et délirant cet ultime album est une véritable démonstration de force narrative qui pousse le vice jusqu'à reprendre la figure de l'ouroboros (le nom de la menace brandie par Talia) jusque dans son dernier élan, faisant de tous les recueils de Grant Morrison Présente Batman, une grandiose bulle autosuffisante, un serpent qui se mort la queue et laisse à cet éternel recommencement un goût sec et âpre. Seul reproche à faire ici, vu l'ambition de l'obget on peut regretter que les planches n'aient pas été confiées à l'un des collaborateurs précédents du scénariste sur la saga (Frank Quitely, Andy Kubert, Tony Daniel, J.H. Williams III, Yanick Paquette... la classe) ) plutôt que le sympathique Chris Burnham. Parfaitement adequate pour illustrer les aspects les plus déglingués des épisodes (la Batvache, excellent) où les références assumées à l'ère pop de la série TV, Burnham (Hack/Slash, Elephantmen) manque d'une certaine élégance et d'une vraie évidence dramatique pour affermir une lecture qui reste tout de même excessivement complexe et tarabiscotée par ses multiples ramifications. Un final qui n'en reste pas moins une apothéose géniale, une véritable révolution dans la trajectoire du Batman et qui fait déjà date.

Nathanaël Bouton-Drouard




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