FRANKENSTEIN
Japon - 1999
Image de « Frankenstein »
Dessinateur : Junji Itô
Scenariste : Junji Itô
Nombre de pages : 210 pages
Distributeur : Tonkam
Date de sortie : 12 février 2014
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Frankenstein »
portoflio
LE PITCH
Le jeune savant Victor Frankenstein est persuadé que la science peut venir à bout de tout et même créer la vie. Il s’attelle à cette tâche avec ardeur et crée à partir de morceaux de cadavres un être humain qui sera acculé par sa différence à la méchanceté. Prenant conscience du monstre qu'il a créé, celui-ci va bientôt lui échappé...
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Le corps de prométhée

Dernier volume de l'intégrale de la première décennie des œuvres de Junji Itô (Tomié, Spirale, La Maison des poupées), Frankenstein offre un regard inédit sur la patte remarquable de l'auteur autant qu'un retour aux sources de son inspiration.

Chef d'œuvre de la littérature gothique signé Mary Shelley, Frankenstein fait partie des œuvres littéraires les plus adaptées au cours des années aussi bien au théâtre, au cinéma qu'en bandes dessinés. Un récit archi connu, rabâché même, mais surtout le plus souvent romancée avec d'énormes libertés, même dans les versions les plus célèbres que sont la vision mythique en noir et blanc de James Whale pour Universal (Frankenstein, La Fiancée de Frankenstein) ou la saga baroque de la Hammer avec Peter Cushing. La première particularité du volume édité par Tonkam est de s'efforcer de rester au plus près du texte original (à l'instar du métrage raté de Kenneth Branagh), tant dans son découpage que dans sa construction, permettant de retrouver toute la réflexion puissamment poétique sur le pouvoir destructeur de la science et de l'obsession humaine. La seconde particularité est d'être signé par l'illustre Junji Itô spécialiste des mangas d'horreur à la japonaise, culminant dans une étrangeté macabre et aberrante et dans une profusion de visions gores, scabreuses, peuplées de monstres atroces et mutants.

 

Cicatrices


De la rencontre inattendue entre le classicisme victorien du roman et l'horreur graphique du mangaka né une BD entre deux états, oscillant entre l'élégance verbeuse, les fioritures du 19ème, et le trait maladif et fiévreux des illustrations. Le résultat n'est certes pas toujours convaincant, en particulier dans la contraction un peu forcée du récit et la pesanteur ressentie, mais Itô impose définitivement sa marque lorsque rejaillit sa fascination morbide pour la monstruosité sous toutes ses formes. Ses illustrations des expérimentations de Victor Frankenstein, le détail malsain des corps découpés, violés, en pleine putréfaction, donnent la chair de poule, tout autant que les apparitions du fameux monstres, cadavre géant ambulant laissant apparaître sous les bandages une viande de charogne. Visuellement, le manga donne ainsi clairement la mesure de la terreur provoquée lors de ses rencontres avec une population rejetant ce qu'elle ne comprend pas, prenant ici l'apparence de l'innommable, voir au Grand Guignol lors de l'éveil de la «fiancée». Une lecture un peu bancale qui manque sans doute d'un soupçon d'amplitude et de dynamisme, mais qui véhicule un éclairage ténébreux et révulsant sur un texte que l'on imagine trop facilement daté.

Plus proches des essais habituels de l'artiste, les trois histoires courtes placées en fin d'album retrouvent toute sa démesure habituelle avec un humour noir, et/ou trivial, aussi délirant qu'une petite fille qui se transforme en poupée avant de pourrir lentement dévorée par un mille-pattes géant, ou un petit garçon qui se tâte pour savoir s'il doit s'acheter de superbes crottes en résine. Du Junji Itô, quoi.

ITOH JUNJI KYOFU MANGA COLLECTION © JUNJI ITO/THE ASAHI SHIMBUN COMPANY

Nathanaël Bouton-Drouard




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