BATMAN ANTHOLOGIE
Etats-Unis - 1939/2013
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LE PITCH
La légende du plus célèbre des héros de comics en vingt récits réalisés par ses plus grands auteurs. Bill FINGER, Bob KANE, Frank MILLER, Dennis O’NEIL, Paul DINI, Neal ADAMS, et bien d’autres se retrouvent au sommaire de cette anthologie inédite. En conclusion de cet ouvrage, la première partie inédite de « Batman Année Zéro » par Scott SNYDER et Greg CAPULLO !
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Batman Rises

La volumineuse et impérieuse collection Anthologie d'Urban Comics revient avec une icône de choix : tout simplement le super-héros le plus populaire et connu du monde, Batman. Un album historique qui au travers de 20 récits redonnent au cape crusader toute sa force et sa complexité.

A peine plus jeune que son collègue Superman, Batman a tout d'abord été conçu comme un complément de ce dernier. L'un symbolisait la lumière, l'espoir, l'autre descendant direct de héros de pulp comme The Shadow, était un défenseur de la justice ultime, symbolisant par son costume ténébreux et son totem, la terreur que cette dernière devait provoquer chez les truands de tout poil. D'ailleurs sa première apparition dans Detective Comics 27 n'est ni plus ni moins qu'un copier-coller d'un épisode de The Shadow où le scénariste Bill Finger (enfin auréolé de son statut de co-créateur) présente en quelques pages un héros sombre, violent et expéditif n'ayant aucun soucis à provoquer la mort de ses adversaires. Encore assez malhabile, Bob Kane ne brille pas forcément par son trait, et ses ambiances, très empruntées au célèbre Dick Tracy, montrent un personnage encore balbutiant. Là où Superman s'imposait immédiatement, inscrivant son identité comme un label (presque) indéboulonnable, Batman fait presque office d'esquisse, celle d'un personnage que les années ne vont cesser de peaufiner, de rééquilibrer, de remanier, quitte parfois à œuvrer en totale contradiction de décennies en décennies. C'est d'ailleurs sa principale qualité, la solitude d'un personnage traumatisé par la mort de ses parents devant ses yeux, qui sera rapidement remise en question dès l'année suivante avec le fameux Robin, le garçon prodigue. Un épisode fondateur pour les comics américains qui provoquera la naissance de dizaines de sidekicks juvéniles, mais qui montre surtout dans l'univers de Batman, la propension des auteurs à vouloir l'adoucir en lui offrant une famille, certes dysfonctionnelle, mais tempérant son jusqu'au-boutisme. Après le petit Robin adepte des bons mots bien placés, ce sera au tour de ce cher Alfred de passer de la figure de gaffeur invétéré (voir Accident intentionnels dans Detective Comics 83) à père de substitution, mais aussi au commissaire Gordon (présent dès le 1er épisode) de devenir un grand-frère, à ce cher Superman de travailler avec lui main dans la main (comme dans World's Finest Comics 94) et enfin à la bondissante Batgirl (alias Barbara Gordon) de venir bousculer un monde encore trop masculin (vive les répliques sexistes) dans le bien nommé Les début fracassant de Batgirl. Une approche bien plus colorée, fantasque où viennent se mêler jusqu'à la fin des années 60 des aventures plus rocambolesques, plus super-héroïques, teintées de science-fiction et d'humour cartoon qui mèneront à une Batmania incroyable portée par la délirante série TV.

 

The real Gotham


Compliqué, l'historique du personnage tel que présenté dans le volume Batman Anthologie, connait un revirement massif à l'orée des années 70 avec (entre autres) l'arrivée du duo Dennis O'Neil / Neal Adams (futur auteurs d'un indispensable Green Lantern / Green Arrow) faisant glisser ce héros désormais presque trop « comic » (ou comique), vers des épisodes de plus en plus complexes, plus matures, se tournant vers une identité de polar plus réaliste, reflétant (enfin) le contexte social qui l'entoure. C'est forcément à la même époque que la « bat-famille » se délite avec le changement de Robin (de Dick Grayson à l'ingérable Jason Todd) et que le Dark Knight reprend des airs de vengeur inquiétant sous l'impulsion graphique d'artistes comme Neal Adams, Gene Colan (malheureusement absent ici), Jim Aparo, Marshall Rogers... Ouvrant la voie à la génération sauvage des années 80 symbolisée par le révolutionnaire The Dark Knight Returns de Frank Miller (dont on découvre dans cet album le premier épisode illustré par ses soins) et bien entendu le dévastateur The Killing Joke d'Alan Moore et Dave Gibbons. Deux récits indispensables, mais non présents ici, puisque le but du volume n'est pas de contenir les épisodes les plus célèbres du Batman, mais bien d'en offrir un travelling complet, touffu et représentatif, tout en glissant quelques pépites rarissimes comme l'unique numéro dessiné par le grand Alex Toth. De petit bijous aussi, comme le sublime  Les Belles gens concocté en 2006 par Paul Dini (la série animé Batman) et J.H. Williams III (Batwoman) qui soulignent dans une enquête auréolé d'un style art nouveaux, l'exercice passionnant des auteurs depuis le début des années 90 qui ne cesse de questionner justement les différentes identités du personnage, tour à tour détective terre-à-terre, vigilante noir, sympathique figure de la pop-culture et terrain d'expérimentation scénaristique et graphique sans pareil (comme l'atteste le run de Grant Morrison).

Une fois encore Urban Comics réussit à confectionner un album excellemment pensé, à la fois petite trésor pour les fans invétérés et efficace présentation d'une saga éditoriale pour les néophytes, bien entendu toujours accompagné d'une reproduction idéale, de nouvelles traductions qui adaptent le ton de chaque époque (ce qui n'est pas forcément le cas chez Panini par exemple) et de textes de présentation des épisodes, des périodes et des auteurs. Du bel ouvrage. On attend le prochain Joker Anthologie avec une très grande impatience.

Nathanaël Bouton-Drouard






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