ED BRUBAKER PRéSENTE CATWOMAN T.1 À 4
Detective Comics 759-762 ; Catwoman 1-10, 12-24 ; Catwoman Secret Files 1 - Etats-Unis - 2001/2004
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Scenariste : Ed Brubaker
Nombre de pages : 640 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 30 août 2013
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Disparue depuis des semaines, Selina Kyle, alias Catwoman, serait-elle arrivée au terme de ses neuf vies ? C’est ce que le détective Slam Bradley tente de découvrir, mais la pègre de Gotham, ainsi que sa haute société, ne semblent pas enclins à répondre à ces questions. Le retour de Catwoman ne se fera pas sans peine et la conduira à affronter un tueur de dames particulièrement étrange.
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Les neufs vies de Selina Kyle

Quand un auteur d'exception se penche sur un personnage d'exception, le résultat ne peut qu'être forcément explosif. En parallèle de ses rééditions de Superman et Green Lantern par Geoff Johns, et de Batman par Grant Morrison, Urban Comics nous aura donc proposé ces quatre volumes reprenant le run qu'Ed Brubaker consacra à la plus féline des héroïnes de DC.

Spécialiste du polar et des récits urbains, Ed Brubaker est surtout connu comme le co-créateur de la série Gotham Central, plongée dans le quotidien de la police de Gotham City. Il était donc le scénariste tout désigné pour redonner vie à la femme-chat. Au début de son récit, Catwoman n'est plus, et Selina Kyle, considérée comme morte, cherche à retrouver sa place au sein du décorum ghotamite. En ressortant du placard le personnage de Slam Bradley, détective privé créé par les papas de Superman (et apparu dès le premier numéro de Detective Comics en 1937), Brubaker annonce clairement la couleur : sa vision de Catwoman ne sera pas celle d'une super-héroïne classique. Dans la continuité évidente du Batman : Année Un de Miller et Mazzucchelli (dont il reprend le personnage d'Holly), le scénariste propulse le privé roublard et son héroïne retrouvée dans un pur récit hard boiled, que ne viendra jamais atténuer la présence furtive du Batman. Une introduction parfaite, donc, avant une première saga malheureusement peu convaincante, qui voit la féline affronter un tueur de femme bien trop « fantaisiste » pour trouver vraiment sa place dans cette série. Reste que ce premier tome pose les bases des aventures à venir, et, surtout, bénéficie des dessins de plusieurs pointures, dont on citera le génial Darwyn Cooke (Catwoman - Le grand braquage) et le non moins excellent Cameron Stewart (Batman Incorporated).

 

L'enfer est pavé de bonnes intentions...


Principalement illustré par Brad Rader (Les Simpsons), le second tome fait la part belle à Holly Robinson, tout en développant l'idée d'une Catwoman désireuse de faire régner l'ordre, à sa manière, dans les bas-fonds de Gotham. En enquêtant sur un trafic de drogue, la jeune assistante de Selina met les pieds dans une sombre histoire de flics corrompus. En délaissant les supers-vilains pour une « banale » intrigue policière, Ed Brubaker continue de tracer sa route toute personnelle, et se joue des personnalités de ses trois protagonistes (Slam Bradley est toujours de la partie) pour générer de l'émotion, de la tension, de l'humour, maintenant un rythme énergique et une atmosphère de roman noir parfaitement adaptées à la situation. Plus proche que jamais, dans son attitude, du Batman, Catwoman continue de dévaliser les riches, mais le fait désormais dans un but beaucoup plus altruiste, celui de rendre la vie meilleure au petite gens de l'East End de Gotham. Mais comme la belle voleuse/justicière va l'apprendre dans le tome suivant, il y a toujours des conséquences à nos actes, même les plus sincères et généreux. La lutte de Catwoman la pègre des bas-fonds de la ville va dès lors prendre un tournant des plus violents et tragiques. En effet, Brubaker se décide à faire intervenir l'un des « boss » du crime organisé de la ville, le terrible Black Mask. Sous son impulsion, et toujours illustrée par le très bon Cameron Stewart, l'intrigue principale du troisième tome prend des allures de chemin de croix pour l'héroïne, le gangster au visage de mort se lançant dans une très sanglante vendetta, manipulant les proches de Catwoman et s'acharnant plus particulièrement sur la fragile Holly, jusqu'au point de non retour. Le ton est amer, psychologiquement très dur pour les protagonistes, chacun étant poussé dans ses ultimes retranchements, et l'on imagine difficilement comment Selina et ses amis vont bien pouvoir remonter la pente après une telle épreuve. C'est ce que montrent les derniers épisodes de ce tome, illustrés par le très bon Javier Pulido (Hawkeye), et emprunt d'une tristesse et d'une gravité réellement émouvantes.

 

La dernière virée


Comme se reconstruire après une tragédie ? En prenant la route ! Voilà comment Ed Brubaker et Cameron Stewart abordent la dernière partie de leur run consacré à Selina Kyle, en quittant les sombres allées de Gotham pour une virée entre copines. Car pour que Holly puisse retrouver sa confiance perdue et s'émanciper de la tragédie du tome précédent, Selina décide de lui offrir un voyage sur les routes américaines, avec à la clef une surprise qui pourrait tout changer dans leur relation. Slam Bradley est quelque peu en retrait (même s'il se paye un excellent épisode où il se bat avec le Batman pour les beaux yeux verts de la féline), mais le procédé permet à Brubaker et Stewart de convoquer d'autres personnages de l'univers DC, au gré des villes traversées par les deux jeunes femmes. Wildcat, Captain Cold, le couple Hawkman/Hawkgirl ou le truand repenti Bobo Bennetti sont donc de la partie, ainsi qu'une poignée de ninjas égyptiens (!) dont l'implication restera malheureusement en suspend (DC Comics n'ayant pas édité la fin du run en librairie, elle reste également inédite chez nous). Légèreté de ton (le récit est conté par Holly elle-même), cambriolages rocambolesques, dialogues ciselés et clins d'œil malicieux... Comme en réaction à la noirceur du passage avec Black Mask, les deux auteurs relâchent la pression, et offrent ainsi au personnage de Catwoman la plus belle des déclarations d'amour. Catwoman, qui peut désormais envisager l'avenir avec une sérénité retrouvée. C'est bien la moindre des choses pour la plus troublantes des héroïnes.

Frédéric Wullschleger






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