LES SENTINELLES – T1 : MOISSONS D’ACIER / T2 : LA MARNE
France - 2008 / 2009
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Dessinateur : Enrique Breccia
Scenariste : Xavier Dorison
Nombre de pages : 72 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 20 mai 2009
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
À l'aube du XXe siècle, la "division Sentinelles" teste sa nouvelle arme : Taillefer, un soldat sur lequel ont été greffés des membres métalliques. Le soldat d'acier semble indestructible... Jusqu'à ce que ses batteries tombent à plat. Alors, lorsqu'un jeune scientifique conçoit la pile au radium, l'armée relance le projet et entrevoit de le tester dans le sang, le feu et la boue des tranchées.
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Le règne du fer

Le mercato des éditeurs peut parfois aboutir à de très belles surprises. Par exemple la réédition du premier tome des Sentinelles (agrémentée d'un cahier making of de 8 pages) en simultané avec la sortie attendue du second (accompagné du fac-similé d'un faux journal d'époque en bonus). Un double-événement qui, sous couvert de l'uchronie, donne naissance à notre propre « Homme de fer ».

 

Les artistes français ont souvent beaucoup de mal à s'intéresser au figures populaires nationales. A part massacrer la plupart de nos icones (Fantomas, Arsène lupin...), ils préfèrent le plus souvent ancrer leurs récits dans une mythologie plus anglo-saxonne. Scénariste méritant et prolixe, Xavier Dorison a lui-même versé dans ce travers (mais avec quel talent) pour certaines de ses séries, mais a également montré dès son script pour Les Brigades du tigre un amour et une compréhension rares de ce qui peut être excitant et passionnant dans notre patrimoine culturel. Cet angle farouchement populaire mais aussi analytique l'a directement mené à la création de son chef-d'œuvre : Les Sentinelles. Derrière son homme de fer, son équipe de super-soldats qui se réunit peu à peu et la mise en scène ultra-iconique de certaines planches pleines pages, plane l'ombre des super héros américains. Les X-Men, Iron Man, Jack Kirby, Stan Lee... Les grands noms et les grands classiques ne sont jamais loin. Mais Les Sentinelles n'est pas qu'une œuvre d'un fan bercé de souvenirs de lecture adolescentes.

 

Pour le drapeau

 

En créant le premier vrai super-héros français (et Super Dupont alors ? ndlr), Dorison ne sombre jamais dans l'ironie et la distanciation, préférant en donner une vision purement hexagonale. Surtout, avec son atmosphère sombre, réaliste où transpire également une idée très vieille Europe de la science-fiction, la série est sans doute plus à rapprocher des grands feuilletons populaires du début du XXème siècle. Il y a beaucoup de Tardi dans cette relecture convaincante du passé ; sans doute plus proche des Aventures d'Adèle Blanc-Sec que de La Véritable Histoire du Soldat Inconnu...quoique. Mais ce décorum historique (la première guerre mondiale donc), particulièrement bien documenté et crédible, ne plombe en rien le rythme de l'histoire. La narration est foncièrement moderne et la trame surprend de page en page alors que le pauvre Taillefer est obligé de combattre ses propres idéaux pacifistes. En résulte une BD faire de contrastes, de multiples niveaux de lecture, qui maîtrise aussi l'action en grande partie grâce aux sublimes planches signées par l'argentin Enrique Breccia. Un trait fin, anguleux, presque sculpté qui crée un lien évident avec les différentes photos d'époque qui viennent ponctuer les dialogues fleuris et les batailles sanglantes. Malgré ses multiples références et filiations, Les Sentinelles est une œuvre foncièrement inédite, novatrice et brillante. A lire absolument !

Nathanaël Bouton-Drouard

 

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