SUPERMAN & BATMAN : L’ETOFFE DES HéROS
Superman - Batman : The World’s Finest - Etats-Unis - 1990
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Dessinateur : Steve Rude
Scenariste : Dave Gibbons
Nombre de pages : 176 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 5 juillet 2013
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Quand le Joker et Lex Luthor décident d’échanger le terrain de leurs méfaits, Metropolis et Gotham City subissent des vagues de crime sans précédents. Superman et Batman vont s’allier pour la première fois et mettre de côté leurs différends pourtant profonds.
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A tale of two cities

Prochaines stars d'un film évènement les réunissant sur grand écran, Superman et Batman ont, malgré leurs grandes différences, passés leur carrière à se côtoyer, s'opposer, collaborer, presque comme un vieux couple, s'agaçant mutuellement mais ne pouvant se passer l'un de l'autre. Dave Gibbons et Steve Rude, content avec L'Etoffe des héros leur première vraie travail d'équipe.

Publication largement appréciée par les jeunes lecteurs au cours de quelques quatre décennies, The World's Finest faisait quelque peu figure de titre anachronique à la fin des années 80 lorsque DC décida de le stopper : des aventures décontractées, très premier degré, où les têtes de gondole Batman et Superman faisaient alliance (parfois avec d'autre guests) pour déjouer quelques menaces anecdotiques. Du bon vieux comics de super-héros à l'ancienne, naïf, qui faisait forcément tache à coté de la nouvelle garde comme le Killing Joke d'Alan Moore dans lequel le Joker se montrait d'une folie et d'une sauvagerie sans pareil mesure. Pourtant, à peine quatre ans après sa pause éditoriale, la revue revenait en 1990 sous la forme d'une première minisérie de trois épisodes, confiés intelligemment à Dave Gibbons, largement célébré pour sa collaboration sur le révolutionnaire The Watchmen. Première fois que le bonhomme se retrouvait seul au scénario, il opère pourtant un revirement de taille, embrassant avec ferveur l'identité oldies de la revue, en faisant même un porte-étendard pour un retour à l'esprit des comics d'autrefois. Le Joker y est donc aussi insupportablement hystérique que drôle, Lex Luthor terriblement machiavélique et dénué d'humour, tandis que les légendes en cape, Superman et Batman, campent gentiment sur leurs positions : l'un prend les poses de Golden Boy, l'autre plombe systématiquement l'ambiance.

 

"We can be heroes"


Retour aux fondamentaux, mais Gibbons en profite justement pour dessiner une véritable mise en parallèle des deux figures antinomiques, soulignant à la fois leurs oppositions presque idéologiques, tout les confrantant par le biais de flashbacks et un récit d'arrière plan (très mal maitrisé) à leurs statut d'orphelin et à leur manière de combattre une solitude inscrite dans leurs gènes. La plus jolies trouvaille étant ici d'opérer un échange de terrain de jeu lorsque le Joker et Luthor se livrent une petite guerre de territoire : Batman déboulant dans la lumière chaude de la fier Metropolis, Superman côtoyant la misère et la crasse dans les ténèbres de Gotham. Un jeu des contrastes dans lequel excelle le trop rare Steve Rude (Nexus), illustrateur qui retravaille ici les héros en se rapprochant avec élégance des esquisses premières : le Batman de Bob Kane (et ses nombreux assistants) d'un coté, le Superman un peu rond et rayonnant des cartoons des frères Fleischer de l'autre. Même travail postmoderniste du coté des vilains de circonstances et des collègues de BD (Alfred Pennyworth, Lois Lane, Perry White, Gordon...) qui pourtant s'intègrent à merveille à une population et un contexte parfaitement identifiée 90's. Rude préfigure parfois les recherches graphiques épurées de Tim Sale, mais impose surtout sa propre vision des super-héros DC, avec une ligne simple, figurative où les ambiances gothiques et art-nouveaux habillent une vision pop des plus européennes. Dommage finalement que sous ces premières qualités, la minisérie n'arrivent jamais à trouver véritablement son rythme de croisière entre des aller-retours pas toujours limpides, une trame secondaire (l'orphelinat) qui ne fonctionne jamais vraiment, une principale qui aurait mérité bien plus d'ampleur (où est la guerre attendu entre le Joker et Luthor ?), une structure de conte qui se fracasse sur une narration trop elliptique et un retour final au statut quo qui rend l'ensemble presque anecdotique. Un essai assez touchant, agréablement rétro et superbement illustré, mais qui montre une fois encore que la cohabitation Superman / Batman, c'est pas facile, facile.

Nathanaël Bouton-Drouard





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