ELRIC T.1 : LE TRôNE DE RUBIS
France - 2013
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Scenariste : Julien Blondel
Nombre de pages : 64 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 22 mai 2013
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Empereur de l’antique île aux Dragons de Melniboné, Elric, albinos et malade, règne sur un peuple plurimillénaire à la puissance héritée des dieux. Mais sa santé fragile l’oblige à user de drogues et de magie pour survivre. Son cousin Yyrkoon, qui méprise ces faiblesses, tente de remettre en cause sa légitimité à posséder le trône de rubis. Apprenant qu’une attaque de pirates sanguinaires se prépare, Elric saisit l’occasion pour tenter de restaurer son autorité. Il va r...
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Le souffle du dragon

Saga littéraire vaste et complexe, évocation déliquescente d'une Heroic Fantasy sombre et metaphysique, Le Cycle d'Elric de Michael Moorcock devient une BD. Pas un comic, une BD. Car il semble aujourd'hui évident que seuls des auteurs / artistes européens pouvaient comprendre pleinement la préciosité de ce chef d'œuvre.

 

Lorsqu'il crée au milieu des années 50 le désormais célèbre Elric de Melniboné, le très grand Michael Moorcock construit son personnage en réaction à la mode récurrente de la sword & sorcery célébrant les masses de muscles, les guerriers vindicatifs et la virilité exacerbée. Pas franchement adepte de Nietzsche, il donne plutôt à son héros l'apparence d'un être malade, fatigué, albinos presque chétif, rongé par le doute et sauvé in extremis dans sa quête par une épée sadique vampirisant ses victimes. Une figure inoubliable, excessivement graphique, mais que curieusement la plupart des adaptations en BD (surtout américaines) vont s'efforcer constamment de standardiser, de ramener dans le giron d'une norme plus conquérante. Pas étonnant dès lors que le romancier ait accueilli bras ouverts la toute nouvelle version éditée aujourd'hui par Glénat, soignant avec passion un travail particulièrement respectueux du matériau d'origine et creusant même ses aspects les plus scabreux. Jamais depuis les quelques pages du fascicule signé Philippe Druillet (valant une fortune aujourd'hui) la cité des derniers seigneurs du chaos, Melniboné, n'avait paru si dévoré par la gangrène de la décadence, la corruption, la consanguinité... Tous les signes d'une fin de règne, d'un royaume en bout de course.

 

avant l'orage


Si à l'époque Moorcock jouait sur une excessive évocation de la société britannique pudibonde, vieil empire colonial qui s'accroche à ses gloires d'antans, galvanisée ici par des délires architecturaux acérées mêlées à quelques visions lovrecraftiennes, les décors se découvrent une puissance visuelle renouvelée, plus inquiétante, que viennent habiter des orgies animales, organiques et gores avec une inspiration marquée à chercher du coté des œuvres les plus traumatisantes de Clive Barker (Hellraiser).  Certaines planches sont incroyablement fortes et malsaines, portant aux nues la réussite étonnantes du pari visuel qu'est ce début de cycle. Trois artistes se chargent ainsi de la partie graphique : Didier Poli (Seigneurs de guerre) forme la base avec ses esquisses et ses constructions, Robin Recht (Le Dernier rituel) rend son travail plus anguleux, plus cruel par son encrage et Jean Bastide (La Guerre des Sambre) colore le tout en imprégnant le spectacle d'une sensualité macabre. Un album d'une beauté vénéneuse qui souligne de ses visions à la fois épiques et baroques, le travail de réécriture impressionnant fournis par Julien Blondel (Le Serment d'Aÿna), se réappropriant pleinement le roman, tout en préservant sa verve aristocratique, appuyant le charisme des personnages (le cousin Yyrkoon est parfait), apportant même plus de profondeur et de personnalité à la belle Cymoril, autrefois réduite au rôle de « damoiselle en détresse ».  Aucun doute que tous les lecteurs dont l'adolescence a été bercée par cette saga chaotique mais inoubliable n'en attendaient pas tant. De l'autre coté, ceux qui n'ont jamais lu Elric risquent d'avoir un sacré choc et une envie furieuse de s'y vautrer allègrement.

Nathanaël Bouton-Drouard




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