BATMAN : UN DEUIL DANS LA FAMILLE
Batman : A Death in the Family / A Lonely Place of Dying - Etats-Unis - 1988/1989
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Dessinateur : George Pérez, Jim Aparo
Scenariste : Jim Starlin, Marv Wolfman
Nombre de pages : 296 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 26 avril 2013
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Batman : Un Deuil dans la famille »
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LE PITCH
Jason Todd, le deuxième Robin, retrouve la trace de sa mère, disparue depuis des années. Mais, au tournant, l’attend également le Joker, le pire ennemi de Batman… Le Chevalier Noir va connaître l’une des heures les plus tragiques de sa carrière. Un Batman peut-il poursuivre sa lutte sans un Robin à ses côtés ?
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En plein vol

Les morts définitives dans les comics ça n'existe pas vraiment. Celle de Jason Todd, second Robin, est ce qui s'en approche le plus puisqu'elle aura durée plus de quinze ans. Une durée conséquente pour un fantôme qui n'aura de cesse de venir hanter ce pauvre Batman (voir la minisérie Silence), mais dont le décès n'est pas forcément à la hauteur de sa légende.

 

Dans la vie d'un super-héros, certains actes laissent des traces. Des traces indélébiles (ou presque, merci reboot éditorial), des traumatismes qui viennent étoffer considérablement la logique du personnage. Avec Batman, ces évolutions se font forcément dans la douleur. Du meurtre initial de ses parents jusqu'à la balle qui coupe la colonne vertébrale de Barbara Gordon (Batgirl) dans l'indispensable Killing Joke d'Alan Moore, Bruce Wayne accumule les raisons de culpabiliser et de remettre en question autant son devoir que son équilibre mental. A ce titre, le fameux Un Deuil dans la famille est une véritable pierre angulaire de la trajectoire du personnage, impliquant pour la première fois l'élimination pure et simple d'une figure indispensable à l'univers crée il y a bien longtemps par Bob Kane (et beaucoup d'autres) : Robin. Et quelle élimination ! Une exécution pure et simple par un Joker en pleine phase psychopathe sadique armé d'un pied de biche et qui finira par l'achever en l'enfermant aux cotée d'une bombe qui ne manquera pas de lui exploser en plein visage. Les quelques pages qui se concentrent sur l'acte proprement dit sont absolument violentes, choquantes et impitoyables, montrant des planches ultra-fragmentées auxquelles répondra plus loin l'illustration ample d'un Batman portant le corps de son sidekick inanimé.

La chute


Mais plus que du boogeyman rigolard, Jason Todd (personnage au fort potentiel injustement sacrifié) est surtout la victime de ses lecteurs à qui DC avait proposé de prendre en main le destin du jeune homme en votant par téléphone. Un pari éditorial, mais en définitive qui paraît aujourd'hui assez mal maitrisé, car trop fabriqué, répondant surtout au départ à l'envie de relancer le personnage, devenu trop tête brulée, trop colérique pour certains. La réponse est pourtant définitive, même si à la lecture il est évident que Jim Starlin, monsieur séries cosmiques chez Marvel (La Mort de Captain Marvel, Le Gant de l'Infini), œuvre pourtant dans le sens inverse en tentant désespérément de donner un passé au personnage (une mère cachée... mouais) et de renouer une symbiose entre le Dark Knight et le Boy of Wonder. Mais cet univers à la fois gothique et réaliste, Starlin n'y semble pas franchement à l'aise, tentant de combiner une vision très américaine du Moyen-Orient, un éclairage politique complètement foireux et un Joker qui n'en fait qu'à sa tête. Pas idéal pour parler du deuil, le story-arc évènement de quatre épisodes glissant constamment vers une farce malhabile que l'illustrateur Jim Aparo (très présent dans les publications Batman) relève par un découpage efficace, mais alourdi par son trait finalement assez passe-partout.

 

trapézistes et équilibristes


En dehors du meurtre lui-même et des superbes couvertures de Mike Mignola, Un Deuil dans la famille n'a au final rien de bien exceptionnel. C'est là qu'intervient la très bonne idée de l'éditeur Urban Comics : compiler le réçit avec sa suite indirecte, Les Morts et les vivants qui retrace au travers de trois épisodes de la revue Batman et tout autant des Teen Titans (dans lesquels œuvre le premier Robin, Dick Grayson), la nécessaire recomposition d'un duo où la jovialité et la juvénilité de l'un équilibre la noirceur et la violence intérieure de l'autre. Une passation de pouvoir entre Nightwing et le nouvel arrivant Tim Drake orchestré avec un  talent certain par le duo Marv Wolfman / George Perez, qui réussit assez brillamment à reposer sur ses personnages (retour aux origines, jeux des parallèles), une émotion palpable et une véritable compréhension des personnages. On n'en attendait pas moins de la part des créateurs de la fabuleuse série des Teen Titans, qui amène Wayne et son ancien acolyte (en même temps que le lecteur) à accepter l'intégration d'un nouveau jeune détective en prouvant autant sa nécessité (éditoriale et psychologique) que sa place naturelle au sein de la grande Bat-famille. Après le drame, c'est le temps de la reconstruction : les dialogues sont parfaitement écrits, le retour dans le monde du cirque particulièrement bien vu et même l'alternance visuelle George Perez / Jim Aparo fonctionne à merveille par dichotomie.

 

C'est tout le paradoxe de ce très beau volume : faiblard dans son run principal, parfaitement juste dans l'élaboration de ses conséquences, indispensable dans les jalons historiques de Batman, mais pas franchement sa meilleure histoire. Un Deuil dans la famille est surtout le récit d'une exécution sommaire que viendra rapidement soigné d'un sourire le bondissant Tim Drake.  

Nathanaël Bouton-Drouard




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