GALKIDDEK T1 : LA PRISONNIèRE
France - 2013
Image de « Galkiddek T1 : La Prisonnière »
Dessinateur : Paolo Grella
Scenariste : Frank Giroud
Nombre de pages : 48 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 3 avril 2013
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Galkiddek T1 : La Prisonnière »
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LE PITCH
Depuis la mort d'Eloée, son épouse, le compte Galohan Galkiddek a basculé dans la folie, terrorisant son entourage comme ses ennemis. Du moins jusqu'à ce qu'il découvre une statue qui se révèle être l'exacte réplique de sa bien-aimée. Avec l'aide d'Alcantor, un mage aux sombres desseins, le comte se lance dans une entreprise aussi insensée que blasphématoire : ramener Eloée du monde des ombres.
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Chaud comme la pierre

Passionné de l'Histoire et auteur, entre autre, du célébré Décalogue, Frank Giroud change de crémerie et vient s'installer chez Delcourt pour lancer une toute nouvelle trilogie, dans un décorum médiéval certes, mais où le réalisme laisse la place à une grande histoire.

 

Pas toujours très agréable à entendre on s'en doute, mais dans le milieu de la BD, Frank Giroud fait désormais office de vétéran, reconnu pour sa justesse d'écriture, sa rigueur et surtout sa faculté à revisiter les grandes périodes du passé. Si Galikiddek détonne un peu dans sa bibliographie ce n'est pas uniquement parce que le titre est difficilement prononçable, mais bien parce que l'auteur s'affranchit de son réalisme directe pour s'essayer (avec bonheur) à une fresque médiévale largement influencée par les tréfonds de la Dark Fantasy, où guette toujours dans l'ombre mythes, mystères et sorcelleries. A ce titre, ce premier album, se révèle particulièrement envoutant car embrassant totalement sa fonction de mise en bouche, de présentation obligatoire du récit, de l'univers et des personnages. Malgré une ouverture barbare, La Prisonnière prend donc largement son temps pour construire avec le lecteur une relation sensible avec les différents acteurs de cet opéra fastueux : un comte devenu fou sanguinaire après la mort de sa femme (à rapprocher du mythe d'un certain Dracula), un pauvre sculpteur rongé par le remord et surtout rapidement deux egos voués à s'affronter : la jeune et belle Dame Lellewyn ivre de vengeance à l'encontre de Galohan et l'inquiétant Alcantor, alchimiste qui a promis à ce dernier de rendre la vie à Eloée.

 

Fantômes

 

Les buts et enjeux de chacuns se croisent, leurs personnalités se décantent, laissant apparaitre les parts d'ombres, les secrets et surtout une trame funeste qui ne cesse d'enfler dans les recoins de la traitrise et de l'absence de pardon. C'est brillamment écrit, constamment porté par un souffle tragique imposant, captivant. Une vraie grande et belle réussite (espérons que les deux volumes suivants seront aussi maitrisés) qui ne serait sans aucun doute pas aussi attractive sans le travail impressionnant de Paolo Grella. On avait déjà pu mesurer son talent sur le polar Le Manuscrit Interdit, mais c'était, presque, sans commune mesure avec la grâce des planches livrées ici. Parfaites dans leur découpage, amples dans leur mise en scène des batailles sauvages ou de la grandeur des citées moyenâgeuses, les illustrations démontrent les talents d'un peintre dans l'utilisation inspirée de couleurs directes (vade retro numérique) permettant pas ses anfractuosités, ses légères imperfections organiques de retrouver justement la puissance de certaines toiles de maître (les éclairages sont proches du travail de Goya). Une prouesse joliement attendrie par un pinceau capable d'évoquer dans une seconde partie la fraicheur de la vie au cœur de l'enceinte de Galkiddeck ou la roseur juvénile qui colore les joues de Lellewyn. Tour à tour délicat, grandiose, mais surtout ensorcelant, ce futur triptyque commence fort.

Nathanaël Bouton-Drouard


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