LOCKE & KEY T4 : LES CLéS DU ROYAUME
Locke & Key: Keys to the Kingdom - Etats-Unis - 2011
Image de « Locke & Key T4 : Les Clés du royaume »
Dessinateur : Gabriel Rodriguez
Scenariste : Joe Hill
Nombre de pages : 160 pages
Distributeur : Milady
Date de sortie : 22 mars 2013
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Locke & Key T4 : Les Clés du royaume »
portoflio
LE PITCH
Le manoir Keyhouse s’est transformé en champ de bataille. Les enfants Locke découvrent toujours plus de clés magiques dissimulés dans leur ancienne demeure, attisant sans relâche la convoitise du sinistre Lucas Caravaggio. Et si la vie semble continuer malgré tout à Lovecraft, un fantôme du passé ne va pas tarder à faire ressurgir de vieux souvenirs familiaux. Le mystère qui entoure leur père pourrait bien être enfin dévoilé. À conditions que les forces démoniaques ne s’y op...
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A corps et à clés

Lorsqu'une nouvelle série devient instantanément culte, la tentation est grande d'abandonner toute subjectivité et de se laisser aller à toute une série de superlatifs aussi vains que ronflants. Mais quand cette série est un authentique bijou de narration et de dessin, il serait dommage de se retenir !

 

Sans doute renforcés dans leur voie par le succès de leur fantastique saga familiale, Joe Hill et Gabriel Rodriguez semble envisager ce quatrième story arc comme le terrain de toutes les expérimentations, qu'elles soient formelles ou narratives, avec un culot et une absence de retenue qui laisse pantois. Car non content de rendre de multiples et savoureux hommages à leurs idoles (on y reviendra), les deux auteurs de Locke & Key vont utiliser les spécificités de leur médium pour offrir à chaque chapitre de cette nouvelle aventure sa propre identité. Ayant permis à leurs attachants protagonistes de faire, en quelque sorte, le deuil de leur père, Hill et Rodriguez vont se lâcher comme rarement, ouvrant grandes les vannes de leur imagination débordante, et donner à leur œuvre une nouvelle impulsion. Collant aux basques des enfants Locke, plus intrépides (ou irresponsables, c'est selon) que jamais, le récit multiplie les clés magiques, et leur application de plus en plus délirantes, notamment lors d'un chapitre dont chaque page, ou case, représente un jour du mois de février. L'occasion pour Rodriguez de s'amuser à mettre en image des plantes agressives, des écureuils et des ours en peluches vindicatifs, ou de donner des ailes à ses héros. Jouissif !

 

Délires en tous genres

 

Mais là où le talent insolent de Hill et Rodriguez se manifeste totalement, c'est dans deux chapitres en forme d'hommage à deux de leurs aînés : Bill Watterson et Jack Kirby. Créateur de l'excellente série Calvin & Hobbes, le premier est à l'honneur d'un épisode centré sur la transformation du jeune Bode en moineau, Rodiguez adoptant même le style graphique de Watterson, le tout agrémenté d'un soupçon de gore poisseux et de Merlin l'enchanteur. Plus connu que son confrère, le « Roi des comics » voit son concept de kid gangs (séries mettant en scène des équipes de jeunes héros) mêlé à celui des Toy Story, le tout introduisant un nouveau protagoniste. Une ambition dans la narration que l'on accueille avec joie, tant elle fait souffler un vent de frais sur une série déjà exemplaire. Mais loin de se contenter de jouer la carte du clin-d'œil ou de l'expérimentation, les deux auteurs n'en oublient pas leur intrigue principale, ni leurs personnages, et remettent in-extremis leur récit sur les rails, le temps d'un beau plaidoyer antiracisme, et surtout d'un double chapitre laissant la part belle au fantastique pur et à la résolution (partielle) des mystères de Keyhouse. En terminant cet opus sur un retournement de situation déchirant et inattendu, ils confirment leur incroyable audace et rendent l'attente du prochain (et avant-dernier) volume totalement impatiente. Quelle série !

Frédéric Wullschleger


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