THE CROW – EDITION DéFINITIVE
Etats-Unis - 1989/2010
Image de « The Crow – Edition Définitive »
Dessinateur : James O’Barr
Scenariste : James O’Barr
Nombre de pages : 272 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 24 octobre 2012
Bande dessinnée : note
Jaquette de « The Crow – Edition Définitive »
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LE PITCH
La veille de leur mariage, Eric Draven et Shelly Webster sont sauvagement assassinés par un gang de truands. Un an après leur mort, un mystérieux corbeau se pose sur la tombe d'Eric : il est venu le guider pour assouvir sa vengeance...
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Sérendipité

Devenu un film culte signé Alex Proyas (et marqué par la mort de Brandon Lee), mais aussi quelques suites cinéma oubliables, une série laborieuse et quelques extensions BD courageuses, The Crow est surtout un comics fondateur. Une œuvre tragique et puissante qui a marqué par sa poésie macabre toute l'esthétique moderne du gothisme.

 

Une inspiration telle que ce pauvre Eric Draven est devenu une icone presque rabâchée, dont le maquillage excessif (le sourire redessiné, le mascara sur les yeux comme un clown triste ou un Joker sans humour) fait systématiquement fureur à chaque halloween ou orne les t-shirt délavés de vieux ados. Pourtant au départ The Crow est véritablement une œuvre personnelle, une BD presque underground publiée par un éditeur balbutiant dans des conditions presque artisanales. Jeune artiste en devenir, James O'Barr a ainsi créé sa série uniquement dans le but d'exprimer ses peurs, ses angoisses et surtout sa colère, comprimées en lui depuis la mort tragique de sa petite amie. Deux destins brisés, et beaucoup de culpabilité, qui se transforment par un romantisme exacerbé en un récit de vengeance d'outre-tombe : un fantôme fardé qui élimine un à un les truands et toxicos qui l'ont assassiné, lui et sa promise.

 

In a lonely place

 

En découle une rage furieuse, cruelle et rare qui rejaillit sur la plupart des pages, faisant travailler le trait de l'artiste avec des lignes encrées puissantes, épaisses, des personnages aux visages volontairement moches, pathétiques et crasseux qui se perdent dans une cité puante et écrasante. Pas d'espoir, pas de lumière, ces séquences urbaines laissent apparaître un véritable ange de la mort, au design aussi classieux qu'inquiétant, aux méthodes aussi violentes et expéditives que remarquables par un détachement dandy. Pour qui n'a jusqu'ici vu que son adaptation cinématographique, cette barbarie étalée et ce nihilisme dévastateur ont de quoi surprendre, l'icône du gothisme emprunté coupant à coups de sabre les têtes et les jambes de ses ennemis, leur enfonçant des seringues dans le corps ou leur éclatant directement la cervelle sur mur. Un ange de l'apocalypse sans pitié, qui représente toutes les ténèbres bouillonnant dans la cervelle de O'Barr. Mais loin d'être un comics bêtement violent et primaire, il démontre aussi ce besoin évident qu'a son auteur de guérir, de trouver une nouvelle voie plus lumineuse.

 

can't rain all the time

 

Puisant dans la mélancolie de grands poètes (Rimbaud...), O'Barr contraste cet exorcisme impudique par des chapitres poétiques, visuellement esquissés et doux, où il se remémore quelques instants intimes vécus avec sa belle, et où peut aussi s'inviter un symbolisme touchant. Beau, puissant, déchirant, The Crow faisait l'effet d'une bombe en 1989, et a aujourd'hui gardé toute sa force, sa sincérité qui fait totalement oublier les petites maladresses graphiques des premières pages, la naïveté presque adolescente avec laquelle l'auteur mélange ses pulsions de mort avec des emprunts à Iggy Pop ou The Cure, ou la brutalité aveugle d'un rape & revenge sans discernement. Unique en tout cas, l'oeuvre n'avait d'ailleurs pas connu de réédition en France depuis 1996. Nommé Edition Définitive, le volume en présence vient réparer cette longue absence, incluant au passage quelques planches légèrement arrangées par son créateur, d'autres réintégrées et surtout deux séquences oniriques totalement inédites : un dialogue adorable échangé entre Eric et Shelly dans leur salle de bain et surtout une fin moins fermée, laissant espérer une rédemption possible. Signe que James O'Barr (comme il le dit en substance dans sa préface) a depuis fait un bon bout de chemin. Des petits changements qui n'ont rien du révisionnisme stupide, et qui étoffent encore la profondeur de ce monde en noir et blanc scarifié, la sensibilité gothique (dans le bon sens du terme) d'un comics inoubliable.  

Nathanaël Bouton-Drouard




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