THE SPIRIT T.1
The Spirit #1-8 - Etats-Unis - 2010
Image de « The Spirit T.1 »
Dessinateur : Moritat
Scenariste : Mark Schultz, David Hine
Nombre de pages : 160 pages
Distributeur : Ankama Editions
Date de sortie : 18 octobre 2012
Bande dessinnée : note
Jaquette de « The Spirit T.1 »
portoflio
LE PITCH
Après ses péripéties dans la jungle sauvage en compagnie de Batman et de Doc Savage, le Spirit se serait bien accordé un peu de répit. Mais c’est mal connaître le destin éternellement contrarié de Denny Colt, qui le voit toujours tomber de Charybde en Scylla… Pour étendre son influence sur Central City, l’organisation criminelle Golden Tree envoie l’un de ses plus impitoyables assassins pour épauler Octopus, le « boss » local, et mettre un terme définitif aux galipettes du S...
Partagez sur :
increvable

Après un retour aux côté d'un Batman des premiers jours et de son confrère proto-super-héros Doc Savage, le mirifique Spirit de Will Eisner se refait une série en solo. Un premier volume (sur trois) qui tente de démontrer que ce cher Denny Colt peut encore avoir sa place dans les colonnes de DC et des comics modernes.

C'était d'ailleurs là en grande partie l'intention de la minisérie First Wave, et le rôle de Brian Azarello qui tentait de reconfigurer l'univers de certains personnages rétro détenus par l'éditeur américain. Cette gamme, hors de la continuité classique et donc tous logiquement intitulée « nouvelle vague », jouait ainsi sur deux tableaux : l'hommage et le dépoussiérage. Presque décalé dans cette aventure, le Spirit méritait largement de refaire sa carrière en solo et de tenter de retrouver sa place d'icône et de modèle. Créé en 1940 par Will Eisner qui en gardera les commandes jusqu'en 1952, ce héros dont finalement les deux plus grands pouvoirs sont d'être quasiment immortel (ce détail ne sera jamais clarifié) et de séduire toutes les pépées qui passent, ne se sera que très rarement égaré bien loin de son géniteur.  Beaucoup de rééditions, une série épisodique très fidèle signée Darwin Cooke en 2007... Confier aujourd'hui la destinée du personnage à une équipe créative ne pouvait de toute façon pas s'apparenter au scandale que constituait l'adaptation cinématographique inbouffable de Frank Miller. On en est ici évidemment très loin, les scénaristes Mark Schultz (l'excellent Cadillac & Dinosaures) et David Hine (The Joker's Asylum) réussissant à retrouver l'univers poisseux, très polar noir des origines, où les gangsters en sont encore à leurs mitraillettes de la prohibition et où les femmes fatales mettent à chaque mouvement leurs courbures en avant.

 

morsure à froid

 

Une BD agréablement pulp, qui décortique au cours des deux mini-récits qui composent se premier tome un héros constamment dépassé par la pourriture avancée de la ville, la violence qui l'habite... voire même toujours précédé d'une tête par les représentants du sexe « faible ». Entre une tueuse sans pitié qui se trémousse devant son nez et une bande de gamines au courant de tous les petits secrets bien longtemps avant lui, l'aspect outsider, voire un poil loser du Spirit est bel et bien prégnant. Un trait de caractère forcément compensé par son habileté à la castagne et sa faculté déconcertante à faire tomber les filles comme des mouches. Une grande brute au grand cœur, adepte du « laissez le charme agir ». Du charme, il en est bien question ici, puisque cette nouvelle série se laisse lire plaisamment, entre ses petits côtés comédie de moeurs et ses grands côtés polars, même si l'on ne retrouve jamais vraiment le génie qui circulait autrefois dans l'œuvre de Will Eisner. Un manque d'autant plus flagrant que les illustrations signées Moritat (All-Star Western), très capable dans son design du personnage et dans le découpage de ses pages (avec quelques hommages plutôt réussis), s'avèrent souvent instables et surtout trop lourdes dans les contours. Les demoiselles en finissent souvent avec des traits presque vulgaires, les corps en mouvement se perdent dans des poses ridicules ou improbables. Il y fait défaut cette nécessaire légèreté (pourtant présente dans les superbes couvertures de Ladrönn), cette capacité à séduire tout en jouant avec sa propre création qu'avait l'immense Eisner, détournant une œuvre pulp vers un terrain d'expérimentation qui marquera des générations entières d'artistes. Un monument, que ce premier album ravive timidement... mais ravive tout de même. A quand la réédition en France de la vraie intégrale ?

Nathanaël Bouton-Drouard




Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2021