KRAKEN
Etats-Unis - 2012
Image de « Kraken »
Dessinateur : Jordi Bernet
Scenariste : Antonio Segura
Nombre de pages : 176 pages
Distributeur : Drugstore
Date de sortie : 18 avril 2012
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Kraken »
portoflio
LE PITCH
Quelque part dans le futur, les sous-sols de la ville tentaculaire de Métropolis sont habités par une bête immonde et malfaisante : le Kraken. Le Lieutenant Dante et son équipe sont envoyés pour le traquer, le combattre et l'anéantir. Malheureusement, parmi les ordures et les rats, ils vont surtout tomber nez à nez avec la lie de l'espèce humaine, une faune malsaine d'individus pétris de haine, de violence et de peur. Et si le Kraken n'était qu’une incarnation de la face obscure de l...
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Vicié jusqu'à la moelle

Série culte de Métal Hurlant, éditée de façon parcellaire chez différents éditeurs (Les Humano, Soleil) et le plus souvent dans une version colorisée bien fichue mais apportant bien trop de lumière, l'étrange Kraken revient enfin en France dans un volume intégral en noir & blanc, à peine quelques mois après la mort de son créateur Antonio Segura. Un joli et nécessaire hommage.

 

Souvent éclipsé par les productions française, américaine ou italienne, la BD espagnole était tout aussi productive et fébrile au milieu des années 80, profitant de l'esprit de liberté né de la fin du franquisme. Symbole de ces retrouvaille avec la création pure, la revue Metropol permit à de nombreux auteurs et créateurs de faire leurs premières armes autour d'un univers commun, celui d'une ville tentaculaire et futuriste où le fascisme aurait gagné le combat, noircissant les cœurs, bouchant l'horizon et anéantissant tout espoir. C'est pourtant encore plus bas que descend Antonio Segura (Tex Willer), en se consacrant aux mésaventures du Lieutenant Dante et de ses quelques soldats gardant les égoûts de la ville. Si dans l'ombre attend patiemment une étrange et monstrueuse créature (que l'on n'aperçoit qu'à de rares occasions), le mal est surtout le même qu'à la surface : trafiquants, mafia, policiers et politiques véreux, violeurs, sadiques, assassins... La liste est longue et nourrit une succession de courtes histoires directes, toujours entre polar et SF post-Mad Max, efficace, mais surtout d'une noirceur abyssale. Dans un paysage obstrué par les ombres, les tunnels et les tuyaux, ce microcosme qui sent la pourriture est habité de clodos ex-gauchistes exilés ou d'anciens révolutionnaires oubliés tout autant que de fœtus balancés dans les toilettes.

 

tentaculaire

Pas de limite ici entre le gore et l'érotisme brutal (les femmes sont toutes belles mais utilisées comme de la viande), Kraken est une œuvre qui cultive résolument sa culture bis, voire Z, à outrance comme seule justement la BD des 80's savait le faire. Entre exorcisme des années de plomb, explosions hormonales adolescentes, fortes descriptions sociales et exploration politique, l'album est une grande redécouverte, d'autant plus savoureuse qu'elle laisse à nouveau rejaillir tout le talent de Jordi Bernet. Surtout connu aujourd'hui pour les aventures délurées (mais amusantes) de Bang Bang, cet élève d'Alex Thot livre ici sans aucun doute son meilleur travail. Entre la précision d'une ligne encrée, un noir et blanc contrasté, des ombres expressionnistes, les formes superbes des donzelles et cette petite touche caricaturale (rappelant le Chester Gould de Dick Tracy), l'ouvrage est plus que remarquable, littéralement éclatant, aussi pur dans son approche d'une certaine perfection que sulfureux et menaçant. Pas étonnant que Jean-Pierre Dionnet s'en soit emparé à l'époque pour la mythique revue Métal Hurlant. Ce dernier revient d'ailleurs sur ce coup de cœur dans une introduction poétique et nostalgique qui a tout de même les gros défauts de saper le travail des critiques en résumant en quelques mots tout le bien que l'on peut penser de Kraken. Sacré J.P. !

Nathanaël Bouton-Drouard


 

 

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