LES SENTINELLES T3 : YPRES
France - 2011
Image de « Les Sentinelles T3 : Ypres »
Dessinateur : Enrique Breccia
Scenariste : Xavier Dorison
Nombre de pages : 64 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 16 mars 2011
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Les Sentinelles T3 : Ypres »
portoflio
LE PITCH
Alors que la guerre prend son tournant le plus meurtrier, que le conflit s'enlise et que le désespoir gagne le front, une sentinelle d'un nouveau genre fait son apparition : Pégase, doté d'ailerons d'acier et filant dans les airs à plus de 100 secondes chrono. De leur côté, les Allemands ont mis au point une nouvelle arme... L'affrontement aura lieu en avril 1915 à Ypres, en Belgique.
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La ligue des bidasses extraordinaires

Presque un an et demi après l'arrivée de la série dans l'escarcelle de Delcourt et la sortie du second album, Les Sentinelles passe enfin la troisième pour un résultat toujours aussi brillant, excitant et original.

 

L'horreur des tranchées aura massacré des millions d'hommes. La faute aux balles de fusil, mais aussi aux maladies provoquées par la proximité, le manque de nourriture ou l'absence totale d'hygiène. Comme enterrés vivants, les soldats autant allemands que français campaient sur leur positions, se regardant en chien de faïence de part et d'autre du No Man's Land. L'arrivée de guerriers suréquipés et puissant aurait-elle pu vraiment changer la donne et réduire le carnage ? Plus axée super-héros que jamais, la BD de Xavier Dorison (Le Troisième Testament) fait apparaître aux côtés de Taillefer (sorte de Iron Man français) et Djibouti (militaire rendu presque invulnérable par des drogues) un certain Pégase, vision début du XXème siècle de Rocketeer. Le trio d'enfer, lancé sur les traces d'une cargaison de gaz assassin, fait autant office d'agents secrets peu discrets que d'armes de destruction massive dans les lignes adverses. Mais c'est surtout la création de Übermensh, cousin germain de la troupe, qui souligne avec un face-à-face très Jack Kirby la déplorable course à l'armement de la Première guerre mondiale et la folie des grandes guerres modernes.


I comme icare


Les deux nouveaux mastodontes de l'album sont présentés comme des gladiateurs perdus dans un duel tragique, où la moralité de chacun est mise à rude épreuve. Si Ypres joue beaucoup plus la carte de l'action que dans les deux premiers tomes, il n'élude en rien les thématiques humanistes des Sentinelles, illustrant même mieux que jamais la figure de chair à canon des simples soldats, aussi bien français qu'allemands. Car comme de bien entendu, les agissements des Sentinelles n'arrangent ni ne changent grand-chose à l'issue du conflit : les gaz moutardes vont rapidement devenir l'arme principale de cette « sale guerre » et les morts vont s'amonceler plus encore. On se demandait à la lecture de Moisson d'acier et La Marne si cette série ressemblerait plus à Adèle Blanc-sec (la vraie, pas le film pourri) ou Le Soldat Inconnu dans la bibliographie de Tardi, la réponse était pourtant évidente. L'oeuvre propose un mariage subtil et percutant entre la liberté de l'esthétique pulp et la chronique historique pointue, que subliment une nouvelle fois les planches détaillées et anguleuses d'Enrique Breccia (Les Trois Gauchos) dont le réalisme à l'espagnole et la colorisation au pinceau ravissent autant les yeux qu'ils accompagnent avec une expressivité mortuaire le carnage général. Une très grande BD, une fois encore.

Nathanaël Bouton-Drouard


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