UNE ÉTUDE EN JAUNE : GIALLOS ET THRILLERS EUROPÉENS

France – 2021
Genre : Cinéma
Auteur : Frédéric Pizzoferrato
Nombre de pages : 305 pages
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 05 novembre 2021
LE PITCH
Après une tentative de définition du giallo, « ce genre qui n’en est pas un », et un historique du genre, le livre s’intéresse aux grands maîtres du giallo (Mario Bava, Dario Argento, Umberto Lenzi, Lucio Fulci et Sergio Martino) dont les films sont chroniqués. Ensuite nous envisageons les trois grandes périodes de l’histoire du giallo et du thriller d’angoisse européen : l’âge d’or, le néo-giallo et enfin le renouveau (depuis le début des années 2000) avec les hommages, déclinaisons et autres tentatives de relancer le genre. Une courte annexe reprend de brèves bio / filmo de quelques acteurs et actrices incontournables du genre.
Toutes les couleurs du giallos
On le croyait disparu et pourtant la multitude de réédition DVD et Bluray, ou l’apparition d’itérations modernes qui ne cachent plus leurs filiations (Neon Demon de NWR, Malignant de James Wan, Last Night in Soho d’Edgard Wright…) viennent constamment témoigner du contraire. Un genre populaire par essence et par pulsions que le journaliste Frédéric Pizzoferrato autopsie de son vivant dans un large et très bel ouvrage.
Mine de rien, Artus Films est en train de se dresser une jolie petite collection d’ouvrages sur la culture bis, et italienne de préférence. Après 20 ans de western européen et une biographie de Jess Franco par Alain Petit, des détours sur la collection Gore et la carrière de Bruno Mattei par David Didelot et une célébration de l’œuvre de Joe D’Amato, l’éditeur poursuit son honorable mission avec un pavé entièrement dévouée au Giallo. Ce fameux thriller à l’italienne qui occupa les écrans avec force durant les années 60/70, persista de manière plus sanglante la décennie suivante avant de se diluer dans une production italienne mourante. Peut-être plus qu’une mode, le giallo reste profondément ancrée dans la culture transalpine et sa vision extrêmement populaire du 7ème art. Signature pour la revue L’écran fantastique, habitué de multiples fanzines et sites internet, Frédéric Pizzoferrato s’attaque ici à un gros morceau tant le corpus, malléable, peux rapidement s’avérer pléthorique, et que les contours même du genre ont toujours été extrêmement mouvants, incorporant toutes les modes environnantes aux lignes posées au départs par les romans de gare (d’où le Giallo, équivalent de nos Séries noires) et les bases posées par le Krimi allemand. Vaste en effet, à tel point que la partie inaugurale du livre, se montre sans doute un peu courte et, de l’aveu même de l’auteur, peine à donner une définition vraiment concrète du Giallo. Plutôt qu’une « étude », l’ouvrage prend surtout la forme d’un imposant guide, regroupant fièrement plus de 250 films tous chroniqués avec soin et (beaucoup de) fermeté, et regroupés par périodes avec une vision amorcée d’un enlisement de plus en plus prononcé dans l’érotisme, le gore et donc un cinéma d’exploitation de moins en moins artistique.
Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé
S’il est parfois aidé dans sa tâche par quelques collègues (David Didelot, Claude Gaillard…) bien connus des amateurs le temps d’un ou deux papiers, il délivre ici une masse impressionnante de productions plus ou moins connues, décortiquées (plutôt qu’analysées) pour l’occasion. On passe forcément par les incontournables essais des cadors que sont Mario Bava, Dario Argento, Lucio Fulci, Umberto Lenzi (moins cadors celui-là…) et Sergio Martino dans des chapitres dédiés, par les petits classiques que peuvent être Mais qu’avez-vous fait à Solange ?, La Maison aux fenêtre qui rient, La Dame rouge tua sept fois, La tarentule au ventre noir, Terreur sur la lagune ou Le Parfum de la dame en noir, mais aussi des tonnes de curiosités, de pelloches moins recommandables (mais qu’on a envie de voir forcément) jusqu’à quelques cousins anglo-saxons (Ne Vous retournez pas) et les ultimes jaillissements des années 2000. Impossible d’ailleurs de passer à côté des Amer et L’étrange couleurs des larmes de ton corps de Bruno Forzani et Hélène Cattet, duo qui se fend d’ailleurs d’une préface amoureuse. Avec ses 396 pages remplies à raz-bord d’évocations de crimes sanglants, de whodunnit tortueux, de poitrines exposées, de travellings interminables et des mélodies angoissantes signées Morricone, Nicolai ou Ortolani (rien que la question des BO mériterait un bouquin complet), Une étude en jaune ne prétend jamais être exhaustif et risque parfois, par certains choix et certains avis, de provoquer quelques surprises, voir stupéfactions, mais c’est aussi ça qui fait le plaisir de la lecture. Ça et la riche iconographie compilant affiches d’époques, photogrammes significatifs, le tout en grands format, couverture solide et papier glacé.