THE WITCHER : LA CROISÉE DES CORBEAUX

Wiedźmin Rozdroże Kruków – Pologne – 2024
Genre : Fantasy
Auteur : Andrzej Sapkowski
Nombre de pages : 320 pages
Éditeur : Bragelonne
Date de sortie : 1 octobre 2025
LE PITCH
Avant d’être connu sous le nom du Loup Blanc ou du Boucher de Blaviken, Geralt de Riv était un jeune sorceleur formé à Kaer Morhen, faisant ses premiers pas dans un monde incapable de comprendre ni d’accepter ceux de son espèce. Lorsqu’un acte d’héroïsme naïf tourne mal, Geralt n’est sauvé de la corde que par Preston Holt, un sorceleur au mystérieux passé et aux motivations secrètes. Sous son aile, Geralt apprend peu à peu ce que signifie réellement s’engager sur la Voie, protéger les humains qui le craignent et survivre dans un environnement hostile en adoptant ses propres règles…
Le printemps de la légende
Sans doute non sans une petite pointe d’amertumes, les lecteurs de The Witcher avaient certainement fait leur deuil des aventures littéraires de Geralt de Riv. Et pourtant, un peu moins de dix ans après le dernier roman en date, Andrzej Sapkowski revient à son œuvre phare avec La Croisée des corbeaux, récit inédit d’une jeunesse fondatrice… déjà confrontée à l’injustice et la barbarie du monde.
Énorme saga de la Fantasy moderne dérivée autant en série TV (sur Netflix), en comics qu’en jeux vidéo, The Witcher ou Le Sorcelleur comme on dit chez nous, avait achevé son voyage en 2012 avec La Dame du lac. Un final dramatique et déchirant mais assez éblouissant (et osé), il faut bien le dire. Après un chapitre supplémentaire très réussi publié en 2015, La Saison des orages, on n’imaginait pas effectivement que Sapkowski se pencherait à nouveau directement sur cet univers. Pourtant avec La Croisée des corbeaux, il propose une vision inédite de la destinée de son « loup blanc » en revenant à ses toutes premières missions, à peine échappé de la citadelle de Kaer Morhen. Un jeune sorcelleur encore frais, presque naïf, plein de bonnes intentions même si déjà mutique et froid, qui manque de se faire condamner pour avoir voulu protéger l’honneur d’une demoiselle. Sauvé in extremis par un vétéran, Preston Holt, qui va le prendre sous son aile, plus ou moins comme apprentis. Une prequelle certes, mais aussi et avant tout une véritable genèse du personnage que l’on voit se façonner de pages en pages, se durcir, s’affuter, mais surtout s’endurcir, confronté à un monde qui méprise et craint les sorcelleurs… jusqu’à ce qu’un monstre terrifiant ne vienne les attaquer.
Le choix de Geralt
Celui qui pensait pouvoir sauver tranquillement son prochain doit à apprendre à se méfier de tous, à cheminer entre les lois, les règles et les jeux de pouvoirs de divers nobles, magiciens ou bandits locaux, sans oublier de zigouiller quelques créatures trop voraces. Les grandes scènes de batailles et d’affrontement épiques de manquent pas, et les passes d’armes, bourrées de bottes et de tactiques vives, sont toujours aussi solidement décrites, mais ce Sorcelleur se forge moins dans le sang que dans la trahison, les manipulations et les vieux secrets bien gardés. Ici la structure du roman reprend plus ou moins celle du Dernier vœux alternant les missions diverses et variées (un succube qui terrorise un château, une autruche géante au bec acéré, une horde de félins mythologiques…) au gré des déambulations du protagoniste sur les routes du royaume, mais avec peu à peu une ligne logique qui se met en place et tisse une toile bien plus complexe et qui surtout enferme, déjà, Geralt vers une destinée dramatique. Avec sa plume acérée, incisive et toujours ironique, l’auteur s’amuse aussi à retrouver l’humour noir des premières nouvelles, jamais très loin des détournements de contes et codes bien connus (ici Romeo & Juliette et autres amours courtois), mais toujours pour mieux souligner un environnement corrompu, impitoyable et injuste.
Entre aventure fantasy et voyage philosophique, fresque puissante et second degré rafraichissant, La Croisée des corbeaux fait ce que la saga The Witcher fait le mieux : questionner la place d’un monstre au sein d’une société monstrueuse, discuter les notions de bien et de mal, révéler un héros fascinant et plus humain que jamais. De belles retrouvailles en sommes.

