MANIAC

France – 2025
Genre : Horreur
Auteur : Stéphane Bourgoin
Nombre de pages : 220
Éditeur : Fautes de frappe
Date de sortie : 28 mars 2025
LE PITCH
« Son long cri finit par un gémissement. Frank Zito se réveille en sursaut sur son lit, dont les draps et l’oreiller sont trempés, le visage couvert de sueur. Son regard est hanté, ses yeux hagards. A-t-il rêvé, ou plutôt cauchemardé, cette double scène meurtrière sur la plage ? Un mannequin de femme est allongé à ses côtés. Le visage strié de traces de sang, qui cascadent depuis sa chevelure maintenue en place par un clou. »
« Don’t kill me. Don’t kill me. Frank, don’t kill me. »
La petite bibliothèque de la collection [Compact] de l’éditeur Faute de frappe continue de s’agrandir en piochant allègrement dans le catalogue des grands classiques contemporains du cinéma d’horreur et de la série B. Véritable film culte et cauchemar nauséeux ayant repoussé les limites du psycho thriller, Maniac, n’avait pas encore eu sa propre novélisation. C’est enfin chose faite… et pas par n’importe qui…
Sorti sur les écrans en 1980, mais surtout largement popularisé par une consommation à domicile sous la forme de VHS bien craspecs, Maniac restera éternellement le coup de génie de William Lustig, le réalisateur, et Joe Spinell, interprète principal mais aussi scénariste de la chose. Une plongée comme jamais dans le quotidien et l’imaginaire d’un serial killer à la fois terrifiant et pathétique, hantant les rues d’un New York exsangue, à la recherche de femmes à transformer en trophées : des scalps qui viendront orner sa collection de mannequins en plastique. Un voyage sans détour, violent, crasseux, malaisant mais hypnotique et surtout inoubliable, devenue une authentique référence au cours des années. Et s’il semblerait qu’une adaptation littéraire ait été un temps envisagée (cela reste un exercice très commun aux USA), il aura finalement fallu attendre 45 ans pour que celle-ci voit le jour. Joli coup pour Faute de frappe qui jusque-là oscillait entre la traduction d’ouvrages américains et de variations « non officielles » par des plumes françaises. Voici donc l’autre particularité de ce petit livre, la présence à l’écriture de Stéphane Bourgoin, spécialiste proclamé de la question des serial killer, mais dont la réputation fut largement entachée par plusieurs enquêtes et sujets télévisées attestant de sacrés élans de mythomanie.
Cheveux bas !
On laisse donc de côté les ouvrages documentaires et toute forme de polémique, pour profiter uniquement de la plume de monsieur, simple, directe, presque clinique même, mais aussi de son expertise sur le genre. Ses connaissances sur la psychologie et les mécanismes du tueur en série lui permettent en effet de prendre de la distance avec le traité presque atmosphérique et halluciné du long métrage, pour lui donner plus de corps et de détails. La grande trajectoire centrale est la même, les meurtres décrits et certaines scènes ou dialogues recoupent forcément l’œuvre de Lustig, mais Bourgoin l’étoffe constamment en se permettant de véritablement entrer dans la tête de Frank Zitto, de s’efforcer d’aborder directement ses névroses, ses visions, sa logique, tout autant qu’un passé qui ne cesse de rejaillir sous la forme de flashbacks pulsionnels. On ne savait finalement presque rien du tueur. On découvre ici les maltraitances subies enfants, et le milieu familial sordide dans lequel il a grandi, sa lente chute dans la néphrose, l’apparition de ses fascinations morbides et enfin ses premiers crimes, maladroits, avant qu’il ne devienne le croquemitaine de la ville. Le roman capture très efficacement l’ambiance dérangeante et malsaine du film, mais lui donne aussi une dimension nouvelle, peut-être plus explicative et moins mystérieuse, mais qui justement renouvelle la découverte pour les fans de la première heure. C’est bien là la qualité qu’on attend d’une bonne novélisation : rendre hommage à l’œuvre initiale, rejouer la même partition, mais avec quelques notes différentes, voir dissonantes.
Une proposition des plus intéressantes qui ne peut qu’intriguer les amateurs du film Maniac, et devrait largement les satisfaire. L’éditeur peut d’ailleurs se vanter d’avoir réussit à dégotter les droits officiels, mais aussi une préface inédite du William Lustig qui se remémore forcément à cette occasion sa collaboration avec l’imposant Joe Spinell (décédé en 89), persuadé dès le départ de la pérennité à venir de son film. L’édition comporte aussi en fin de volume une note de l’éditeur (sur la question Bourgoin, mais aussi son lien personnel à Maniac) et un épais cahier thématique sur les serials killers.

